Louis et Geneviève s'apprêtent à faire un changement qui leur vaudra 13 000 $ par année : ils ont vendu leur grande maison à la campagne pour s'installer dans un duplex, plus petit, dans la ville voisine, où ils travaillent.

Publié le 23 sept. 2015
Isabelle Ducas LA PRESSE

L'élément déclencheur : un compte d'électricité de plus de 350 $, à l'hiver 2014. « Ça m'a vraiment donné un choc, raconte Geneviève. Je me suis mise à réfléchir à ce que la maison nous coûtait, et je trouvais qu'on n'en profitait pas tant que ça. »

En 17 ans, son conjoint et elle ont investi beaucoup de temps et d'argent pour retaper leur jolie maison ancestrale, où sont nés leurs deux enfants. Ils ont construit un garage, installé une piscine, soigné l'aménagement du grand terrain. « Mais avec toutes nos occupations, nous sommes rarement là, et l'entretien devient une corvée, dit-elle. Sans compter le temps et le coût du transport pour nous rendre au travail et conduire les enfants à leurs nombreuses activités. »

DANS LA BONNE DIRECTION

La difficulté du couple à épargner faisait aussi partie de la réflexion. Geneviève s'inquiétait de ne pouvoir mettre d'argent de côté pour les études universitaires des enfants et pour la retraite. Elle aimerait voyager, aussi.

« Je veux vraiment vivre selon mes moyens. On n'a aucune marge de manoeuvre dans notre budget, alors dès qu'il y a une dépense imprévue, on doit utiliser nos cartes de crédit. » - Geneviève

Ils viennent de faire un grand pas dans la bonne direction : la vente de leur propriété et leur déménagement dans une maison plus modeste leur permettront de liquider leurs dettes de consommation, de réduire leurs dépenses mensuelles de 530 $ et d'augmenter leur revenu de 550 $ par mois, grâce au loyer à l'étage de leur nouveau duplex. Bilan annuel : 13 000 $ de surplus. Et pas d'autres dettes que l'hypothèque.

Ils ont payé la propriété moins cher que le prix obtenu pour l'ancienne. Ils profitent de l'opération pour rembourser leur prêt auto et un prêt personnel. Avant de vendre leur maison, ils ont dû faire des travaux de mise à niveau, financés par leur marge de crédit et leur carte de crédit, dont ils régleront aussi le solde au complet.

Même si leur prêt hypothécaire croît, tout comme leurs mensualités, les économies d'essence et d'électricité, en plus des revenus de loyer, leur permettront de dégager une bonne marge de manoeuvre.

Comment utiliser cette latitude financière ? Comment s'assurer qu'elle ne disparaisse pas en dépenses diverses, sans lien avec les priorités de la famille ? « Ce n'est pas arrivé souvent qu'on ait des surplus dans notre compte en banque, souligne Geneviève. On risque d'être tentés de dépenser cet argent s'il est disponible. »

PORTRAIT DE LA SITUATION

Geneviève, 41 ans, employée municipale

Revenu : 33 300 $

Louis, 44 ans, contremaître

Revenu : 62 800 $

Deux enfants de 12 et 14 ans

REER : 70 000 $ pour les deux

12 % du salaire de Geneviève y est versé (6 % de sa part, 6 % de son employeur), soit 3960 $/an

Pas de régime collectif pour Louis

REEE : 5000 $

BILAN DE LA VENTE DE LA MAISON

Prix de vente : 290 000 $

Dettes à rembourser : 211 500 $

Dépenses liées à la vente : 20 900 $

Profit net de la vente : 57 600 $

PRIX D'ACHAT DE LA NOUVELLE MAISON : 250 000 $ (surplus de 7600 $)

PLANIFIER LES SURPLUS

Choisir de réduire son train de vie, alors que bien des consommateurs profitent plutôt de l'accès facile au crédit pour consommer au-delà de leurs moyens, est une décision pleine de bon sens.

« Pour assainir leur situation, ils devaient faire ce changement, souligne le planificateur financier François Morency. Ça leur permet de nettoyer leur endettement et de réduire leur coût d'habitation. »

Comme bien des ménages, Geneviève et Louis ont l'habitude de dépenser la totalité de l'argent qu'ils gagnent, sans faire de plan et sans objectifs clairs pour l'avenir. Avec les sommes qu'ils dégageront grâce à leur déménagement, ils doivent absolument s'imposer un programme d'épargne systématique.

« Ils auront une marge de manoeuvre, mais pas si importante. Elle peut disparaître rapidement s'ils n'ont pas de plan pour épargner automatiquement des sommes fixes, dans un but précis, dit le conseiller de la firme Aviso. C'est précieux de pouvoir dégager une capacité d'épargne, mais si on ne lui donne pas une direction précise, cette épargne va s'évaporer. »

LES PRIORITÉS À LA BONNE PLACE

Où diriger ces beaux dollars ? Selon François Morency, le couple doit d'abord commencer à planifier sérieusement sa retraite. Son niveau d'épargne actuel est insuffisant.

Geneviève a un REER collectif auquel contribue son employeur - au total, 3960 $ y sont versés chaque année. Mais Louis doit se charger lui-même d'assurer ses vieux jours.

En supposant qu'ils prendront leur retraite à 65 ans, alors que leur coût de vie sera à 75 % de son niveau actuel, François Morency a calculé qu'ils devront verser 12 400 $ de plus dans leurs REER chaque année.

La quasi-totalité des économies qu'ils comptent réaliser en déménageant (12 960 $ par année) devra donc être consacrée à l'épargne-retraite.

Si Geneviève et Louis veulent réaliser leurs autres objectifs - épargner en prévision des études des enfants et voyager - ils devront revoir leur budget pour voir quelles dépenses ils pourraient réduire. S'ils veulent verser 5000 $ de plus par année dans le Régime enregistré d'épargne-études (REEE) de leurs enfants et réserver 5000 $ pour un voyage, ils devront donc réduire leurs dépenses de 10 000 $ dans d'autres postes budgétaires.

Leur problème semble être le même que celui de bien d'autres consommateurs, selon M. Morency.

« Leurs décisions de consommation sont prises sans tenir compte de leur capacité réelle, sans une vue d'ensemble de toutes leurs dépenses et de leurs revenus. » - François Morency, planificateur financier

« Sans plan financier, c'est comme si on conduisait en aveugle. Les petites dépenses s'additionnent sans qu'on s'en rende compte. »

LE SECRET EST DANS LE BUDGET

Pour remédier à cette situation, le secret, c'est le budget. Il permet de traquer toutes les dépenses, de voir où va notre argent et de faire les ajustements nécessaires pour être en mesure d'atteindre nos objectifs. On n'avait pas réalisé qu'on dépensait autant au restaurant, au café ou en produits de beauté ? On peut alors décider de réduire ces dépenses pour mettre chaque semaine quelques dollars de plus dans notre compte « voyage ».

Lorsque nous avons demandé à Geneviève et Louis un aperçu de leurs dépenses actuelles, ils sont arrivés avec un total de 42 000 $ par année. Or, leur revenu net totalise environ 60 000 $. En théorie, ils dégageraient donc un surplus de 18 000 $ par année. Ce n'est évidemment pas le cas, ils dépensent plutôt tout ce qu'ils gagnent, ou presque.

« Cet exercice montre qu'ils n'ont pas d'idée précise de leurs dépenses et les sous-estiment beaucoup, note François Morency. Le couple doit vivre avec un meilleur contrôle budgétaire. C'est la différence entre rêver et réaliser ses rêves. »

Le planificateur fait une autre observation : pour éviter d'avoir des mensualités trop élevées, Geneviève et Louis ont amorti leur nouvel emprunt hypothécaire sur 25 ans, alors qu'il leur restait 20 ans à payer sur leur hypothèque précédente. Ils n'auront donc pas fini de payer leur maison au moment de prendre leur retraite, à 65 ans, et paieront des frais d'intérêt plus élevés au bout du compte. La marge de manoeuvre budgétaire qu'ils se donnent actuellement a donc un prix...

PENSER RVER ET ÉPARGNE SYSTÉMATIQUE

Louis aura la possibilité dans quelques mois d'épargner pour sa retraite par l'intermédiaire d'un régime volontaire d'épargne-retraite (RVER). Les entreprises qui comptent plus de 20 employés, comme celle où Louis travaille, sont tenues d'offrir un RVER à leur personnel au plus tard le 31 décembre 2016.

La date butoir est le 31 décembre 2017 pour les entreprises de 10 à 19 employés, et le 1er janvier 2018 pour celles qui emploient 5 à 9 personnes (aucune obligation pour les firmes de 4 employés et moins).

Les taux de cotisation prévus ne sont pas suffisants pour amasser la totalité de l'épargne nécessaire pour la retraite du couple, mais il s'agit tout de même d'un premier pas.

Taux de cotisation par défaut au RVER

2 % du salaire brut jusqu'à la fin de 2017

3 % en 2018

4 % à partir de 2019

L'ÉPARGNE AUTOMATIQUE

Pour s'assurer de mettre de côté le reste des sommes voulues pour la retraite et pour réaliser leurs autres projets, Geneviève et Louis doivent « systématiser » leur épargne.

Comment ? Tout simplement en instaurant des prélèvements automatiques, dès le dépôt de leur paie, de leur compte courant vers un compte d'épargne ou un REER ou encore un REEE, en fonction de leur objectif.

Il est même possible de demander à son employeur de prélever une somme directement sur son chèque de paie, pour la transférer à l'endroit voulu.

L'épargne des ménages est en chute libre depuis plusieurs années. Le taux d'épargne moyen au Québec est de 3,1 %, selon Statistique Canada, alors qu'il avoisinait plutôt les 15 % au début des années 80, et 10 % au début des années 90. La faiblesse de l'épargne explique notamment le recours accru aux cartes de crédit, souvent utilisées en cas d'imprévu par les consommateurs qui n'ont pas de coussin financier.

EN CHIFFRES



42 %

Proportion des Québécois qui n'ont pas épargné ni investi en 2014. Chez les 18-34 ans, cette proportion atteint 55 %.

Source : Sondage CROP pour Universitas

75 %

Proportion des Québécois qui n'ont jamais calculé l'épargne nécessaire pour leur retraite

Source : RRQ

47 %

Proportion des travailleurs québécois qui ne contribuent à aucun régime de retraite collectif

Source : Rapport D'Amours sur l'avenir du système de retraite québécois