Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Luc Desbiens, chef des placements au bureau de Montréal du groupe financier suisse Lombard Odier, spécialisé en gestion privée pour gens fortunés.

Publié le 16 sept. 2015
LA PRESSE

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE

C'est l'accalmie relative des marchés après quelques semaines de grande volatilité et de correction déclenchées par la dévaluation-surprise du yuan par la Chine. Cette dévaluation a amplifié les préoccupations des marchés envers le ralentissement de l'économie chinoise, et son impact sur la croissance mondiale déjà fragile.

Ces tensions se sont un peu atténuées depuis. Mais les marchés boursiers demeurent nerveux dans l'attente du prochain énoncé de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), attendu cette semaine.

Avec une petite remontée de taux, tel qu'attendu, les marchés boursiers reviendraient aux fondamentaux - conjoncture économique, résultats des entreprises, etc. -, au lieu de continuer à spéculer sur la politique monétaire.

L'INDICATEUR À SUIVRE

Évidemment, nous surveillons les principaux indicateurs de l'économie américaine, comme le taux de chômage, parce qu'ils sont aussi les plus cités par la Fed.

Mais plus spécifiquement, nous surveillons les prix des matières premières, incluant le pétrole, parce qu'ils sont des indicateurs avancés pour l'économie mondiale. Aussi, ces prix reflètent le sentiment des investisseurs boursiers envers la prise de risque.

En ce sens, la rechute récente du pétrole et des matières premières démontrait l'appréhension accrue des investisseurs envers le risque de déflation sur l'économie mondiale et les prochains résultats des entreprises.

Aussi, cette rechute fait craindre à plusieurs investisseurs que la décélération économique en Chine s'accentue et affaiblisse davantage la croissance de l'économie mondiale.

OÙ INVESTIR ?

Certes, la récente volatilité et la correction des marchés boursiers ont rabaissé le coût de plusieurs placements à des niveaux plus attrayants.

De nouvelles opportunités ont émergé, notamment sur la Bourse canadienne, qui sous-performe depuis des années par rapport à sa voisine américaine.

Dans ce contexte, nous devenons moins frileux envers le secteur pétrolier, alors qu'une certaine stabilisation de prix se pointe. Ce secteur a été délaissé par les investisseurs, mais nous y voyons maintenant des occasions à prix attrayants.

La prudence demeure de mise, toutefois, en se concentrant exclusivement sur les grosses pétrolières intégrées et bien capitalisées, comme Suncor au Canada, ExxonMobil aux États-Unis et Royal Dutch Shell en Europe.

Par ailleurs la Bourse américaine demeure intéressante, mais avec un potentiel limité de valorisation additionnelle.

PLACEMENTS À ÉVITER



C'est envers les Bourses des économies émergentes que nous sommes le plus sous-pondérés, malgré leur dépréciation depuis plusieurs trimestres.

En fait, c'est probablement dans ces marchés émergents qu'il y a maintenant le plus de potentiel de revalorisation à moyen et à long terme.

Toutefois, ces économies émergentes, dont la Chine et l'Inde, font encore face à des défis importants de politique monétaire (taux d'intérêt, taux de change de devise) pour soutenir leur croissance.

Pour les investisseurs internationaux, ça accroît le risque de volatilité des devises d'un impact négatif sur le rendement des placements après conversion.

CE QUI EST SOUS-ESTIMÉ



C'est la persistance de bas taux d'intérêt dans les principales économies du monde. Même aux États-Unis, en dépit de la hausse minime de taux attendue cet automne.

En fait, même si la crise financière de 2008 et la Grande Récession datent déjà de quelques années, les principales économies ne sont pas encore prêtes pour une remontée des taux d'intérêt.

Au Canada, nous ne serions pas surpris de voir une autre baisse de taux directeur, peut-être jusqu'à 0 %. La croissance de l'économie est anémique, et les Canadiens n'ont pas encore fait le ménage de leur bilan (endettement) comme l'ont fait les Américains il y a quelques années.

LUC DESBIENS EN BREF

Luc Desbiens est chef des placements au bureau du groupe financier suisse Lombard Odier. Ce bureau, qui regroupe 40 personnes, est le seul en Amérique du Nord pour cette firme de gestion privée qui administre l'équivalent de 250 milliards CAN en actifs financiers provenant d'une clientèle internationale de gens fortunés.