Julie, de Québec, est arrivée à un âge où beaucoup de ses collègues de travail n'ont qu'un mot à la bouche: retraite! Ils sont un petit peu plus vieux qu'elle; c'est donc compréhensible qu'ils y songent davantage. Mais elle, à 51 ans, n'a pas du tout l'intention de raccrocher pour le moment. Elle adore son métier d'enseignante et, avec l'espérance de vie à la hausse, elle sait qu'elle a de bonnes chances de vivre encore longtemps.

René Lewandowski, collaboration spéciale LA PRESSE

«Je n'ai pas du tout envie de passer les 40 prochaines années à ne rien faire!» dit cette divorcée qui enseigne au secondaire.

Pourtant, à force d'en entendre parler, elle commence néanmoins à y songer. Mais pour l'instant c'est plus une curiosité qu'un véritable projet. En fait, elle ne sait pas quand elle aimerait se retirer pour de bon. Ce qu'elle voudrait savoir, en revanche, c'est à quel âge elle pourrait prendre sa retraite si jamais l'envie lui prenait. Maintenant? Dans cinq ou dix ans? Julie veut une date précise!

Plusieurs facteurs influencent la date de la retraite, souligne le planificateur et actuaire Dany Provost, qui a analysé la situation de Julie. Les revenus, les dépenses, les actifs, les hypothèses de rendement et d'inflation, les imprévus. C'est donc en combinant les données de tous ces paramètres que le spécialiste en est arrivé à une date. Mais avant de vous la dévoiler, jetons un coup d'oeil aux chiffres.

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D'abord, les actifs. En placements enregistrés, Julie possède pour 149 000$ en REER, en plus d'un montant de 51 000 placé dans le fonds de travailleurs FTQ. Elle a pour environ 10 000$ en placements non-enregistrés. Elle a aussi un régime complémentaire de retraite évalué à 115 000$. Enfin, elle est propriétaire d'une maison évaluée à 174 000$, libre d'hypothèque.

Ensuite, les revenus et les dépenses. Comme enseignante au secondaire et chargée de cours à l'université, Julie tire un revenu annuel brut de 95 260$. Après impôts et cotisations REER et régimes de retraite, il lui reste 54 485$. Pour déterminer son train de vie à la retraite, Dany Provost a déduit de ce montant une somme de 11 611$ pour ce qu'il appelle les dépenses non-permanentes, c'est-à-dire celles qui auront disparues une fois retraitée (dépenses liées à son fils encore aux études, assurance-invalidité, automobile, prêts divers). On arrive à un résultat de 42 874$. De ce chiffre, Julie a clairement identifié 11 963$ de dépenses; le reste, soit environ 31 000$, a été arbitrairement réparti par le planificateur: 10 000$ au poste «qualité de vie» et 21 000$ à «autres dépenses». Le montant de 31 000$ est maintenu comme hypothèse tout au long de la vie de Julie.

Parlant d'hypothèses, Dany Provost a jugé que le profil d'investisseur de Julie était conservateur, vu que le gros de son portefeuille était composé de titres à revenu fixe. Pour la portion enregistrée, il a donc fait ses calculs avec un taux de rendement projeté de 4% par année (2% pour les fonds de travailleurs). Pour le portefeuille non enregistré, il a pris en considération des intérêts de 2% par année, des dividendes de 0,24% par année ainsi qu'un gain en capital de 1,76% par année. Les intérêts et dividendes ont été considérés encaissés en totalité pendant l'année.

Une date, un plan

Alors, ça donne quoi? Avec ces hypothèses, le planificateur évalue que Julie sera mesure de prendre sa retraite à l'âge de 59 ans et 10 mois, soit au milieu de l'année scolaire 2019-2020.

Voila qui est précis!

Elle pourra ainsi se rendre jusqu'à plus de 94 ans. Dany Provost note qu'une femme de 50 ans aujourd'hui a une probabilité de 25% de vivre aussi longtemps, selon la table de mortalité recommandée par l'Institut québécois de planification financière.

Alors tout est beau? Oui, mais le spécialiste souligne que pour atteindre cet objectif, Julie devra tout de même suivre un plan. Elle devra continuer de cotiser au maximum à son REER en plus de verser un montant supplémentaire, variant entre 3000$ et 12 000$ par année, dans un CELI et le reste dans un compte non enregistré ordinaire. Pour 2011, ce montant est fixé à 1000$ étant donné la partie de l'année écoulée. Les premiers 5000$ de REER devraient être investis dans un fonds de travailleurs. Fondaction donne un crédit de 40% de la cotisation alors que le Fonds de solidarité de la FTQ donne un crédit de 30%.

Concernant les dettes de Julie, Dany Provost mentionne que si le taux d'intérêt sur les prêts est supérieur au taux de rendement de l'épargne (ici à 4%), elle aurait avantage à les rembourser le plus rapidement possible avant d'investir. Dans le cas contraire, les dettes peuvent être «étirées» car elles coûtent moins chères que ne rapportent les placements.

Attention au écarts!

Comme mentionné plus tôt, la date de la retraite est influencée par divers facteurs, notamment les dépenses et le taux de rendement. Julie devra constamment avoir cela en tête. Par exemple, les postes «qualité de vie et autres dépenses» estimés ici à 31 000$ peuvent bien sûr varier selon les années. Mais, le simple fait de dépenser 1000$ de moins par année permettrait à Julie de prendre une retraite 6 mois plus tôt.

De la même façon, chaque point de pourcentage additionnel de rendement en plus ou en moins a une influence. Chaque point de plus pendant toute sa vie lui permettrait de prendre une retraite 12 mois plus tôt, alors qu'un point de pourcentage additionnel d'ici la retraite lui garantit une retraite d'environ 2 ans plus tôt...

«D'où l'importance que Julie puisse maximiser son rendement compte tenu de sa tolérance au risque», conclut Dany Provost.