La journée du 13 novembre restera gravée à jamais dans la tête et le coeur de Marcel, de Montréal. Dans moins d'un mois, cela fera déjà quatre ans que sa bien-aimée Sylvie est décédée d'un cancer du poumon, après avoir lutté durant 47 mois contre la terrible maladie. Elle avait 41 ans, n'avait jamais fumé et courait 5 kilomètres par jour. «Un accident biologique», avait dit les médecins pour expliquer ce mauvais sort.

René Lewandowski, collaboration spéciale LA PRESSE

«Ce fut une période très dure mais je suis du genre à regarder en avant», dit Marcel, aujourd'hui âgée de 48 ans.

Dur est un euphémisme. Entre le moment où sa conjointe a appris le diagnostic, en 2003, et son décès, en 2007, la vie de cette petite famille - ils ont deux garçons - a été complètement chamboulée, autant dans ses habitudes de vie que sur le plan financier. Traitements de chimiothérapie intenses, arrêt de travail pour Sylvie, médicaments à n'en plus finir, ils ont tout essayé pour gagner la bataille. Il ont même tenté les médecines douces et naturelles... jusqu'au cartilages de requins qui coûtent une fortune.

«On pouvait dépenser 1000$ par mois en médicaments», se rappelle Marcel, qui a espéré jusqu'au bout.

Tout cela a eu des conséquences, qui se répercutent aujourd'hui sur les finances de Marcel. Surtout que, durant la maladie de Sylvie, la famille a vécu intensément, faisant notamment quelques croisières, avant de dire adieu à Sylvie pour toujours. Marcel avait alors pigé dans ses REER pour couvrir ces dépenses imprévues.

Si bien que ce directeur des ventes est un peu inquiet aujourd'hui pour sa retraite, qu'il aimerait prendre à 58 ans. Il n'a pas de grands projets pour ses vieux jours, outre quelques voyages avec ses garçons de 21 et 23 ans - qui demeurent encore avec lui -, et faire du jardinage et de la décoration à la maison. Il voudrait aussi pouvoir consacrer trois jours par semaine à du bénévolat auprès de personnes en traitement de chimiothérapie.

«Je sais ce qu'ils ressentent, je l'ai vécu pendant 4 ans et j'aimerais leur donner un coup de main», dit-il.

La retraite comme un marathon

La première étape d'une planification de la retraite est de recueillir une information complète et fidèle, rappelle le planificateur financier d'Aviso François Morency, qui a analysé les finances de Marcel. Ainsi, Marcel ignorait la valeur de la rente de son fonds de retraite et, selon sa première compilation, avait estimé son coût de vie à 34 800$ alors qu'après validation, il était de 41 000$, soit un écart de 6200$.

«Qui peut vraiment se permettre de tels écarts dans un budget personnel?» demande M. Morency.

N'empêche, à première vue, la situation financière de Marcel ne paraît pas si mal. Il possède pour environ 240 000$ en actifs financiers (REER, hors REER, assurance-vie), en plus d'une propriété évaluée à 405 000$, libre hypothèque. Ses revenus actuels sont de 86 000$ par an; à la retraite, ses revenus espérés pour maintenir son train de vie sont évalués à 52 000$, en tenant compte de l'inflation.

Malgré ces jolis chiffres, Marcel a quand même bien fait de se questionner, car selon les calculs du spécialiste, l'épuisement complet de son patrimoine aura lieu en 2041. Il aura alors 78 ans. François Morency aime bien comparer un candidat à la retraite à un coureur de fond qui doit maintenir son rythme durant une période d'au moins 25 ans. Ce super marathon est nécessaire pour assurer un capital suffisant pour maintenir un train de vie durant une bonne trentaine d'années. Les dernières estimations de la longévité de la population prévoient qu'une personne sur deux âgée aujourd'hui de 65 ans dépassera les 90 ans. Pour Marcel, qui vise une retraite à 58 ans, on parle donc d'un horizon minimum de retraite de 32 ans. Que doit-il faire pour maintenir le rythme?

Un plan en cinq points

François Morency souligne que le rôle du planificateur financier est de trouver des solutions réalistes pour permettre au client d'atteindre ses objectifs. Ce n'est pas toujours possible, mais dans le cas de Marcel, les nouvelles sont bonnes. Il devra toutefois suivre un plan en cinq points imaginé par le planificateur financier.

En premier lieu, Marcel doit maintenir son niveau d'épargne à 15 000$ par année, jusqu'à la retraite. Depuis que ses deux fils sont devenus autonomes, il avait quelque peu relâché le rythme. Ensuite, il devra investir tous les ans ce 15 000$ à raison de 5000$ dans son CELI et 10 000$ dans son REER. Marcel devra également modifier sa politique de placement (actuellement de 35% en actions et de 65% en revenus fixes) afin d'atteindre une répartition de 50% en actions et 50% en revenus fixes. Le but de cette recommandation est d'atteindre l'objectif de 6% de rendement annuel. D'ici la retraite, Marcel devra vendre sa propriété pour en racheter une plus petite; cela dégagera un capital net estimé de 100 000$, pour investissement, selon la politique recommandée. Enfin, et Marcel n'y voit pas d'inconvénients, à partir de sa retraite, il devra travailler à temps partiel pour obtenir un revenu annuel de 20 000$ entre son 58e et son 65e anniversaire, date de sa retraite totale.

S'il suit ce plan à la lettre, tout devrait bien aller, selon M. Morency. Il pourra prendre une semi-retraite en 2021 comme souhaité et se consacrer trois jours par semaine à du bénévolat sans se soucier d'épuiser son capital qui, soit en dit en passant, vaudra plus de 1,8 million de dollars en 2062. Marcel aura alors 99 ans!