Chaque samedi, un financier différent répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Philippe Ithurbide, d'Amundi...

Stéphanie Grammond LA PRESSE

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

Ce qui m'a le plus frappé c'est la contagion qui a gagné du terrain depuis septembre. Auparavant, la dette des pays émergents se comportait comme des obligations de pays de haute qualité. Ces dernières semaines, il y a eu une reconnexion entre les actifs risqués, comme en 2008. Ça change la donne pour la rencontre du G20 qui aura lieu les 3 et 4 novembre. La plupart des pays qui seront autour de la table sont aux prises avec le même problème : la chute de leur marché.

Quel indicateur surveillez-vous le plus attentivement en ce moment?

Deux choses: le G20 à Cannes et les indicateurs de croissance dans la zone euro.

L'Europe est sur le fil du rasoir. La croissance économique a fléchi. Le stress financier est à son comble. Les banques sont obligées de se désendetter. Dans certains pays, la croissance très faible pourrait se muer en récession.

Mais le beau côté des choses, c'est que les Européens travaillent sur des solutions. En général, moins ils parlent, plus ils travaillent. Depuis deux ans, c'est la cacophonie... et il y a peu d'avancées. Mais en ce moment, on les entend peu, alors c'est bon signe.

Et lors de la prochaine rencontre du G20, tous les pays seront concernés. Il y a des Chinois, des Russes, des Canadiens qui commencent à se poser des questions avec la baisse de la Bourse.

Que feriez-vous avec 10 000 $ à investir?

En terme de valorisation, mes catégories d'actifs préférées sont le crédit corporatif, les pays émergents, et les actions. Est-ce que j'ajouterais de l'argent dans ces catégories d'actifs aujourd'hui? Réponse : non! Mais s'il y a des avancées majeures le soir du 4 novembre, alors oui. Si rien ne sort du G20, je n'ajouterai pas un kopek dans des actifs risqués.

En ce moment, les portefeuilles devraient être surpondérés en argent et sous-pondérés en actifs risqués et en actions.

Pour ceux qui aiment le risque, il y a des occasions extraordinaires. En Europe, il y a des entreprises dans des secteurs porteurs qui font de beaux profits, qui réalisent l'essentiel de leurs profits dans les pays émergents où il y a de la croissance, mais qui ont souffert considérablement de la situation de la dette souveraine. Des financières, des entreprises de télécommunication, des fabricants d'automobiles...

On commence à regarder, mais on ne touche pas encore. C'est trop tôt. Ça peut baisser encore. Tant qu'on est dans un environnement de grande volatilité, il est imprudent de déployer du risque dans son portefeuille.

Quel placement évitez-vous à tout prix?

On préfère les pays émergents aux pays avancés. Mais pas tous les pays émergents : ceux qui n'ont pas de dette, qui ont une croissance interne et dont la devise n'est pas surévaluée. On préfère les pays émergents de l'Asie (Chine, Corée) qui ont une croissance autonome, aux pays émergents de l'Europe de l'Est qui dépendent trop de la zone euro. Et l'Europe de l'Est souffre parce que le cycle est baissier et la liquidité est faible.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus présentement?

Je pense que la majorité des gens n'ont pas compris que l'Europe s'est construite par des crises depuis 50 ans. Toutes les avancées ont eu lieu en période de crise. Et je pense que la prochaine avancée sera considérable parce que la crise actuelle est considérable. Le dos au mur, il y a toujours une solution qui ressort.

Les gens sous-estiment aussi la capacité des États à digérer les dettes. Imaginons un défaut de 25 % sur la dette de la Grèce, de l'Irlande, du Portugal, de l'Espagne et l'Italie (même si l'Espagne et l'Italie ne feront jamais défaut). On parle de 200 milliards d'euros. C'est 2 % de la dette publique en Europe. Est-ce qu'on croit une seconde que les États européens vont s'arrêter pour ça? Certainement pas!