Les amateurs de vins et spiritueux devront mettre davantage la main dans leur poche, puisque dès dimanche, le prix de 2550 produits courants, offerts sur les tablettes de la SAQ et en ligne, augmentera en moyenne de 3,7 % ou de 0,78 $. Les vins français seront particulièrement touchés par ces ajustements.

Mis à jour le 16 mai
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Dans l’espace Cellier, le prix de 1328 produits de spécialité montera de 3,3 %. La hausse des coûts de transport ainsi que celle des coûts de production comptent parmi les raisons invoquées par la société d’État pour justifier cette décision. Les annonces d’augmentation surviennent généralement deux fois par année, en novembre et en mai, mais la société d’État ne peut « exclure » la possibilité qu’il y en ait trois en 2022, comme ce fut le cas l’an dernier.

Cet ajustement de prix réjouit par ailleurs A3 Québec, une association réunissant près de 75 agences de vins et spiritueux, qui estime même que, dans certains cas, les hausses auraient pu être plus significatives.

« Tel que j’ai eu l’occasion de le mentionner dans les dernières semaines, nos fournisseurs font face à des défis importants alors que l’inflation connaît des sommets partout sur la planète. Nos équipes ont négocié rigoureusement auprès de nos fournisseurs afin de maintenir le nécessaire équilibre entre offrir un prix juste et compétitif à nos clients et répondre aux demandes légitimes de nos fournisseurs qui doivent relever des défis importants », a déclaré la présidente et chef de la direction de la SAQ, Catherine Dagenais, dans un communiqué publié lundi.

Les vins du Beaujolais, de la Bourgogne et de la Loire font partie des régions principalement touchées par cette augmentation. Leur prix augmentera respectivement de 6,4 %, 7,7 % et 5,5 %. Les vins français représentent entre 30 % à 35 % des ventes de la Société des alcools du Québec (SAQ).

Au cours d’une entrevue accordée à La Presse il y a quelques semaines, Luc Bourdeau, vice-président, chaîne d’approvisionnement, de la SAQ, avait indiqué que les producteurs, confrontés notamment à des problèmes liés au transport ainsi qu’à la difficulté de s’approvisionner en bouteilles et en étiquettes, avaient demandé des hausses de prix.

Il avait alors rappelé que certains producteurs, s’ils n’obtiennent pas le prix voulu, pourraient bouder la SAQ. « Si on n’accepte pas le prix, il se peut qu’on se prive de produits. »

Hausses plus importantes

A3 Québec partage également ce point de vue. « La politique du plus bas prix, ça ne peut pas être viable, a affirmé au bout du fil la directrice générale, Catherine Lessard. Si les producteurs sont trop serrés, il se pourrait qu’ils décident de réserver moins de stocks pour la SAQ. »

Est-ce que les hausses auraient dû être plus importantes ? « Dans certains cas, probablement, répond-elle. Ce qu’on cherche, c’est le juste prix pour qu’un producteur puisse continuer à trouver le marché du Québec intéressant, pour pouvoir survivre et être rentable. »

Mme Lessard rappelle qu’en plus des problèmes d’approvisionnement causés par la pandémie, le climat a joué des tours aux vignerons, nuisant, dans certains cas, à leur production.

« Les hausses de prix, c’est leur seule porte de sortie, ajoute-t-elle. Ils ne peuvent pas réduire la quantité dans les bouteilles et ne peuvent négliger la qualité. Ils sont coincés. »

Deux autres hausses en 2022 ?

En principe, le prochain et dernier ajustement de prix devrait se faire en novembre. La société d’État n’a toutefois pas mis de côté la possibilité qu’il y en ait un troisième. « À l’heure actuelle, une troisième hausse des prix n’est pas prévue et ce n’est pas dans nos intentions, indique la porte-parole de la SAQ, Clémence Beaulieu Gendron. Or, nous ne pouvons pas l’exclure considérant que nous sommes présentement dans un contexte instable, que ce soit avec la guerre en Ukraine, l’inflation qui augmente, la perturbation de la chaîne d’approvisionnement et bien d’autres. Chose certaine, nous continuerons de communiquer avec transparence sur ces enjeux à nos clients et aux Québécois le cas échéant. »

Par ailleurs, l’augmentation qui entrera en vigueur dimanche ne fait pas l’unanimité. Québec solidaire réclame l’annulation de la hausse. « C’est carrément scandaleux que la SAQ augmente ses tarifs alors qu’on vient d’apprendre qu’elle va verser 9 millions de dollars en bonis à ses hauts dirigeants ! a dénoncé Ruba Ghazal, porte-parole du parti en matière de finances. Notre société d’État ne sert pas à signer des chèques à ses patrons, elle sert à garantir aux Québécois de bons produits à un prix raisonnable, a-t-elle voulu rappeler par voie de communiqué. Les contribuables n’ont pas à payer plus cher pour leurs bouteilles de vin parce que les dirigeants préfèrent se donner de gros bonis que de garder leurs tarifs abordables. »

En bref

  • Nombre de produits courants dont le prix augmentera : 2550 (de ce nombre, 80 augmenteront en juillet puisqu’ils sont présentement en promotion)
  • Nombre de produits de spécialité dans l’Espace Cellier dont le prix augmentera : 1328
  • Nombre de produits dont le prix demeurera stable : 606
  • Nombre de produits courants dont le prix diminuera : 182
  • Nombre de produits de spécialité dans l’Espace Cellier dont le prix diminuera : 157

Source : SAQ