Les clients sont de retour en magasin et les ventes sur le web se stabilisent, voire diminuent, constatent des détaillants, qui clament que le proverbial « briques et mortier » n’est assurément pas mort. Devant ce changement dans les habitudes d’achat, Altitude Sports, qui fait sa marque dans la vente de vêtements et d’articles de plein air uniquement en ligne, réfléchit à l’idée d’un possible retour en magasin.

Publié le 12 mai
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Entre mars 2020 et mars 2022, le chiffre d’affaires d’Altitude Sports a presque doublé, confirme Maxime Dubois, coprésident de l’entreprise, au cours d’une entrevue accordée à La Presse. Or, récemment, bien que la croissance se poursuive, elle n’est pas aussi forte qu’au début de la pandémie, reconnaît-il, ajoutant dans la foulée que son équipe et lui vivent des semaines « en montagnes russes ».

« Il y a une certaine conjoncture qui est différente. Moi aussi, je vois qu’il y a un retour en magasin », dit-il. Selon lui, le comportement du consommateur est actuellement bien difficile à prédire. Le printemps tardif et les problèmes d’approvisionnement pour des équipements de camping fabriqués en Chine et des souliers de course conçus au Viêtnam, par exemple, jouent également dans l’équation. On a une hausse, mais pas aussi haute que si on avait tout le stock. »

Misant sur le commerce en ligne, l’entreprise, qui semblait avoir fait une croix définitive sur les magasins physiques après la fermeture de sa dernière boutique à Mont-Tremblant en 2019, ouvre maintenant la porte à la possibilité de renouer avec un concept de succursale où les clients pourraient venir magasiner. « Oui, on regarde ça. On regarde quelles sont les possibilités », indique M. Dubois, qui avait pourtant balayé l’idée d’un revers de main l’an dernier lorsqu’il avait été questionné à ce sujet.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Maxime Dubois, coprésident d’Altitude Sports

On n’est pas nécessairement en train d’ouvrir un magasin, on est plus en train de travailler le concept. Quand on va avoir un concept viable, on va trouver le lieu et on va passer à l’action.

Maxime Dubois, coprésident d’Altitude Sports

Altitude Sports utilise un entrepôt de 160 000 pieds carrés avec des plafonds de 32 pieds de hauteur. Situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, il permet d’entreposer les chaussures de course, les chandails, les poussettes et autres équipements d’escalade avant que ceux-ci ne soient directement livrés aux clients, le jour même à Montréal et le lendemain dans 2000 villes dans tout le pays.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Altitude Sports utilise un entrepôt de 160 000 pieds carrés situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.

« C’est comme ça qu’on vient effacer la frontière entre la gratification instantanée d’un magasin physique versus le commerce électronique », explique Maxime Dubois.

« C’est sûr que si on lance un magasin, ça ne sera pas une grande surface, précise-t-il. Un entrepôt de 160 000 pieds carrés où tout est bien tassé, tu ne peux pas transporter ça dans un magasin grande surface. L’expérience Altitude en termes de sélection est inégalée dans tout ce qui est magasin physique. Même le plus gros ne va pas avoir le tiers de notre sélection. »

Expérience unique

Également dans l’industrie du plein air, La Cordée, qui a ouvert en avril à Québec son sixième magasin, ne « voit pas le jour » où les magasins physiques disparaîtront du paysage, selon son président, Cédric Morisset. Un autre emplacement La Cordée ouvrira également à Montréal à l’automne.

« On est dans l’expérience, dans les connaissances, affirme-t-il. Les gens qui veulent acheter un vélo, un kayak ou une tente, tu peux les trouver sur l’internet, mais c’est très important d’avoir des conseils en magasin. »

Un vélo à 4000 $, tu en achètes peut-être un dans ta vie. Ce sont des articles pour lesquels tu as besoin de conseils. On s’est tous acheté une casquette ou une paire de bas en ligne. Mais pour des items plus dispendieux, les magasins de briques et de mortier sont super importants.

Cédric Morisset, président de La Cordée

Malgré tout, M. Morisset affirme que tout détaillant se doit aujourd’hui d’avoir un « site web fort ». À La Cordée, les ventes en ligne représentent environ de 20 % à 25 % du chiffre d’affaires. « C’est notre modèle d’affaires, on n’est pas Amazon. »

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La boutique Mode Choc compte dix magasins à travers le Québec, dont un à Sainte-Thérèse (notre photo).

Copropriétaire de 10 magasins Mode Choc à travers le Québec, Jessika Roussy admet pour sa part qu’en ce moment, « il est plus difficile de faire augmenter les ventes en ligne ».

« Mais pendant la période de fermeture, elles ont sauvé notre année financière », souligne-t-elle toutefois. Son entreprise continue de se pencher sur différentes stratégies pour développer ce créneau, sans laisser tomber les magasins, où l’achalandage est en augmentation depuis le début de l’année.

« On va continuer d’en ouvrir d’autres », affirme Mme Roussy. La prochaine succursale, d’une superficie de 28 000 pieds carrés, sera située au Méga Centre Sainte-Foy. Elle accueillera ses premiers clients en mars 2023.

En savoir plus

  • « En 14 ans de carrière, je n’ai jamais vu autant de variation d’un mois à l’autre, d’une semaine à l’autre, dans les ventes. C’est assez difficile à suivre. »
    Maxime Dubois, coprésident d’Altitude Sports