La pression s’accroît sur Transat A.T., qui verra un rival aux reins solides émerger dans le tourisme d’agrément, puisque WestJet achètera Sunwing et Vacances Sunwing, bien implantée au Québec, qui abrite son siège social régional.

Mis à jour le 2 mars
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Avec l’émergence de nouveaux acteurs comme Flair, Lynx Air et les visées expansionnistes de Porter, les analystes ne croient pas que la consolidation annoncée mercredi viendra miner la concurrence et faire grimper le prix des billets. Ceux-ci estiment toutefois que le voyagiste québécois est pris entre l’arbre et l’écorce.

Transat doit faire un tour d’horizon de ses activités pour savoir ce qu’elle veut faire. Il y a eu quelques ajustements, mais l’entreprise devra se pencher longuement sur son modèle. Ça sera intéressant à suivre.

Robert Kokonis, président de la société de conseil AirTrav

Le président et chef de la direction de Vacances Sunwing, Stephen Hunter, ne le cache pas : l’entreprise a bien l’intention de s’enraciner davantage dans la province après que le deuxième transporteur aérien au pays l’a officiellement prise sous son aile.

« Nous avons l’outil pour accélérer notre croissance au Québec », a indiqué M. Hunter, en visioconférence avec La Presse en compagnie du chef de la direction de WestJet, Alexis von Hoensbroech. « On a la capacité d’accélérer nos plans d’une année ou deux. »

L’achat de Sunwing permettra à WestJet de bonifier considérablement son exposition dans le créneau du voyage d’agrément, un marché prisé par Transat A.T. et dans lequel Vacances Air Canada est présent. Des compagnies comme Flair veulent aussi s’établir dans ces destinations convoitées par les vacanciers.

Après deux années de pandémie, Air Canada s’active aussi sur le marché transatlantique, sur lequel la société mère d’Air Transat mise pendant la saison estivale, en recommençant à offrir des liaisons qui étaient suspendues à cause de la pandémie.

Le plus grand transporteur aérien au pays serait également en pourparlers avec Airbus pour ajouter des Airbus A321LR à sa flotte – les appareils sur lesquels mise Transat A.T. pour son redécollage. Si la rumeur se concrétise, M. Kokonis croit qu’Air Canada pourrait être tentée d’aller jouer dans les platebandes du voyagiste québécois sur certaines destinations européennes.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Air Transat a vu son mariage avec Air Canada annulé il y a un peu plus d’un an.

Encore un peu de temps

Expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill, John Gradek croit que Transat A.T. risque d’avoir du fil à retordre à l’hiver 2023. Lynx Air risque de garder un œil sur le créneau du voyage d’agrément, dit-il. Pour être épargné, le voyagiste établi à Montréal doit « créer une forteresse au Québec », affirme l’expert.

« Ça commence à être sérieux pour Transat dans ses marchés traditionnels, dit M. Gradek. Il va y avoir plus de concurrence qu’avant. »

Contrairement aux analystes, Transat A.T. fait valoir que le regroupement entre Sunwing et WestJet n’est pas une « bonne nouvelle » pour les consommateurs. L’entreprise, qui a vu son mariage avec Air Canada annulé il y a un peu plus d’un an, prévient qu’il y aura une « diminution de la concurrence » vers des destinations comme le Mexique.

« Nous allons examiner le projet en détail pour évaluer ses effets sur le marché et sur Transat », a expliqué le porte-parole de la compagnie, Christophe Hennebelle.

Peu surpris du regroupement de WestJet et Sunwing, Stéphane Corbeil, président du Conseil régional au Québec de l’Association canadienne des agences de voyages (ACTA), estime que la nouvelle entité aura les moyens de rehausser la concurrence envers Transat A.T. et Air Canada.

Alors que les voyageurs pourraient être avantagés par une croissance de l’offre de la part de WestJet et Sunwing, j’anticipe qu’il pourrait en être autrement pour une entreprise comme Transat, dont la situation financière semble encore fragile après cette longue crise de pandémie et l’échec du projet d’achat par Air Canada.

Stéphane Corbeil, président du Conseil régional au Québec de l’Association canadienne des agences de voyages

En affaires, M. Corbeil est copropriétaire et président de Club Voyages Dumoulin, qui compte quatre succursales et une centaine d’employés dans la région métropolitaine. Environ 12 000 conseillers et 1500 agences de voyages font partie de l’ACTA. Quelque 1500 conseillers et 200 agences de voyages se trouvent au Québec.

Ici pour de bon

Établie à Calgary, WestJet compte environ 8500 employés et exploite 180 avions. L’effectif de Sunwing, dont le siège social se trouve à Toronto, est estimé à 2400 salariés. Avec un peu plus de 560 employés au Québec, Vacances Sunwing exploite un siège social régional à Laval, inauguré en septembre dernier, qui a coûté 15 millions.

M. Hunter affirme qu’il n’est pas question de plier bagage ou de sabrer l’effectif québécois de Sunwing.

« Nous allons peut-être venir voler des parts de marché, mais ce n’est pas notre objectif, dit le patron de Vacances Sunwing. Nous sommes ici pour accroître le nombre de voyageurs. »

Avant la pandémie, Sunwing était présente à Montréal et Québec, en plus d’offrir le service dans les régions de Saguenay, Val-d’Or et Mont-Joli, rappelle M. Hunter. Les deux entreprises font miroiter une « croissance régionale » dans la province. Elles n’ont pas dévoilé leur plan.

Selon l’entente, WestJet accueillera une unité qui comprendra Vacances Sunwing et Vacances WestJet. Elle sera dirigée par M. Hunter.

La plus récente tentative de consolidation dans l’industrie aérienne avait reçu un accueil défavorable du Bureau de la concurrence du Canada, qui s’inquiétait des chevauchements de Transat A.T. et d’Air Canada sur le marché transatlantique et les destinations soleil. MM. Hunter et von Hoensbroech croient que cette fois, le dénouement sera différent.

« On parle d’une véritable fusion d’activités complémentaires, contrairement à certaines autres compagnies qui ont essayé de s’associer à Montréal il y a quelques années », a affirmé M. Hunter.

Les deux partenaires estiment que la transaction sera conclue dans un an. C’est le bureau du ministre des Transports, Omar Alghabra, qui aura le dernier mot.

Sunwing et Vacances Sunwing 

Fondateur : Colin Hunter
Création : 2002 pour Vacances Sunwing. Premier vol : 2005
Siège social : Toronto
Actionnariat : la famille Hunter et Groupe TUI (49 %)

WestJet 

Premier vol : 1996
Propriétaire : firme d’investissement Onex
Siège social : Calgary

En savoir plus

  • 375
    En février 2021, Sunwing avait accès à 375 millions offerts par Ottawa en raison de la pandémie. La somme empruntée sera remboursée quand la transaction avec WestJet sera officielle.
    SOURCE : SUNWING