(Toronto) La Banque Royale a haussé son dividende, mercredi, alors qu’elle faisait état d’une augmentation de ses bénéfices au quatrième trimestre par rapport à l’année dernière, même si ceux-ci ont été touchés par de plus faibles marges, en partie à cause des faibles taux d’intérêt et d’une concurrence accrue.

Publié le 1er déc. 2021
Ian Bickis La Presse Canadienne

La Royale versera désormais un dividende trimestriel de 1,20 $ par action, en hausse de 11 % par rapport à celui de 1,08 $ par action qui prévalait jusqu’à maintenant. Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) avait interdit aux banques et assureurs d’augmenter leurs dividendes au début de la pandémie, mais a levé le mois dernier les restrictions à cet effet.

La Banque Royale a également annoncé son intention de racheter jusqu’à 45 millions d’actions, ce qui représente environ 3 % de ses actions existantes – une autre opération qui était visée par les restrictions du BSIF.

L’activité hypothécaire a atteint de nouveaux sommets au plus récent trimestre, la Royale ayant augmenté le total de ses prêts hypothécaires résidentiels à 330 milliards au cours du trimestre se terminant le 31 octobre. Il s’agissait d’une hausse de 2,5 % par rapport au trimestre précédent, de 12,5 % par rapport à l’année précédente et de 25 % par rapport au dernier trimestre de 2019.

La marge nette d’intérêts, une mesure de la rentabilité, a diminué de neuf points de base par rapport au trimestre précédent dans le secteur bancaire canadien en raison de plusieurs problèmes, notamment un rétrécissement des écarts sur les prêts hypothécaires.

« Vous avez vu l’élan dans les chiffres d’un trimestre à l’autre, ce qui nous positionne bien », a souligné le chef de la direction de la banque, David McKay, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes. « Notre déception était également que nous n’avons pas alimenté le résultat net autant que nous le ferions normalement avec ce genre de volume. »

Le chef de groupe des services bancaires personnels et commerciaux à la Banque Royale, Neil McLaughlin, a expliqué que le volume de prêts hypothécaires avait été exceptionnellement élevé dans l’industrie pour un nombre record de prêts octroyés, ce qui a engendré une pression sur les prix des activités hypothécaires.

« Avec ce marché vraiment fort et toute cette demande, vous savez, la pression sur les prix a augmenté avec la concurrence. C’est donc un marché très tendu. »

Les bénéfices de la banque ont également été touchés par une marge d’intérêt plus mince dans ses activités aux États-Unis, avec une baisse de 20 points de base à son enseigne City National Bank, notamment à cause des frais liés au programme fédéral de protection des chèques de paie, ainsi que de la composition globale de l’actif.

À l’avenir, la banque s’attend à bénéficier de taux d’intérêt plus élevés, alors que les banques centrales réagissent aux pressions inflationnistes.

M. McKay a noté que la baisse des taux d’intérêt avait réduit les revenus de la banque d’environ 1 milliard par an au cours des deux dernières années, principalement dans le secteur bancaire canadien et celui de la gestion de patrimoine aux États-Unis, tandis que la directrice financière de la banque, Nadine Ahn, a indiqué qu’une augmentation de 25 points de base des taux d’intérêt pourrait faire grimper les revenus de 250 millions $ sur 12 mois dans ces deux divisions.

Résultats en hausse au 4e trimestre

La faiblesse des taux d’intérêt a amélioré le portrait de crédit du portefeuille de prêts de la banque, en lui permettant de réduire ses provisions pour pertes sur créances de 616 millions $ par rapport à il y a un an.

Cela a contribué à augmenter les bénéfices à 3,9 milliards pour le plus récent trimestre, contre 3,2 milliards pour la même période l’an dernier.

La Banque Royale a affiché un bénéfice par action de 2,68 $ pour le trimestre clos le 31 octobre, contre un profit de 2,23 $ par action un an plus tôt. Les revenus ont totalisé 12,4 milliards, contre 11,1 milliards au même trimestre l’an dernier.

Le bénéfice ajusté s’est élevé à 2,71 $ par action, contre 2,27 $ par action un an plus tôt.

Les analystes s’attendaient en moyenne à un bénéfice ajusté de 2,81 $ par action, selon les prévisions recueillies par la société de données financières Refinitiv.

« (La Banque Royale) a subi une compression des marges des deux côtés de la frontière, avec une forte croissance des prêts incapable de contrebalancer la pression sur les revenus », a noté l’analyste John Aiken, de Barclays.

Selon lui, les prêts bancaires autres qu’hypothécaires, tels que les soldes de cartes de crédit, pourraient contribuer à augmenter les marges d’intérêt, tandis que la croissance dans des domaines moins dépendants des marges, comme les marchés des capitaux et la gestion de patrimoine traditionnelle, pourrait également faire croître les bénéfices.

M. Aiken a également noté que les défis auxquels la Royale est confrontée sont présents à l’échelle de l’industrie.

« Le trimestre n’a pas été aussi robuste que nous l’aurions souhaité, mais cela semble être un phénomène à l’échelle du secteur […] ce trimestre. »

Un autre défi sectoriel qui se profile à l’horizon est la proposition de surtaxe de trois points de pourcentage sur le revenu des grandes banques et des assureurs, que le Parti libéral a promis lors de sa campagne électorale.

M. McKay a fait valoir lors de la conférence téléphonique que ce n’était pas le moment pour de telles mesures, et que distinguer certaines industries n’était pas utile pour attirer des capitaux.

« Nous traversons une énorme transition de notre économie, une transition de la chaîne d’approvisionnement et une transition climatique pour lesquelles nous aurons besoin de jusqu’à 2000 milliards et, par conséquent, de créer un environnement qui attire les capitaux et où les règles économiques sont certaines pour une période plus longue est vraiment importante », a-t-il affirmé.

« Lorsque vous commencez à proposer des impôts dès maintenant, de cette manière précise, cela peut avoir un réel préjudice pour la thèse d’investissement globale pour le Canada. »

La Banque Royale a refusé d’estimer l’impact de cet impôt, car les détails de la proposition n’ont pas encore été publiés.