Une coentreprise pour s’établir dans le marché asiatique ainsi que du financement pour construire une usine à Bécancour : l’entreprise de recyclage Loop Industries estime avoir conclu le plus important partenariat de sa jeune histoire en s’associant au géant sud-coréen SK Global Chemical (SKGC).

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Environ huit mois après avoir été ébranlée par la publication d’un rapport émanant d’un vendeur à découvert qui mettait en doute sa technologie, l’entreprise de Terrebonne a cédé une participation de 10 % au conglomérat SKGC, présent dans des secteurs comme la chimie et la finance, en échange d’un investissement de 69,5 millions de dollars.

« Dans le passé, quand je songeais à une expansion vers l’Asie, j’étais convaincu qu’il fallait trouver le partenaire idéal pour aller dans cette région du monde », a expliqué le fondateur et chef de la direction de Loop Industries, Daniel Solomita, mercredi, au cours d’une entrevue téléphonique.

L’annonce a fait bondir le cours de l’action de l’entreprise au NASDAQ. Le titre a pris 20,55 %, ou 2,71 $ US, pour clôturer à 15,90 $ US. Cela confère une valeur boursière de 691 millions US à la société.

Fondée en 2014, Loop Industries dit avoir conçu une technologie chimique lui permettant de recycler un type de plastique très répandu, connu sous l’acronyme PET, dont sont notamment faites les bouteilles d’eau et de boissons gazeuses. Cette technologie créerait des sous-produits si purs qu’ils pourraient être réutilisés dans l’emballage alimentaire.

L’entreprise compte utiliser l’argent obtenu grâce à l’investissement de SKGC pour financer la construction d’une usine de plastique recyclé à 100 % sur le terrain d’un site du parc industriel de Bécancour qui a récemment été acheté.

En Asie en 2024

En ce qui a trait à la coentreprise, elle sera détenue à 51 % par SKGC et à 49 % par Loop Industries, et prévoit la construction de quatre usines de production de plastique recyclé d’ici 2030. La première devrait voir le jour en Corée du Sud vers 2024. Parallèlement à sa participation, Loop aura droit à des redevances sur les revenus générés par ces usines.

L’Asie représente 60 % de la population mondiale. Il y a des villes où la population est plus importante qu’au Canada. La quantité de plastique est énorme. C’est important.

Daniel Solomita, chef de la direction de Loop Industries

L’entreprise devra contribuer financièrement à la construction des usines dans le marché asiatique, mais son grand patron n’a pas voulu s’avancer sur une somme. Loop Industries est également impliquée dans une coentreprise avec la multinationale française Suez entourant la construction d’une usine en France ou en Belgique.

Loop Industries avait été plongée dans la tourmente et secouée en Bourse dans la foulée de la publication, en octobre dernier, d’un rapport très critique de la firme Hindenburg Research, qui s’était appuyée notamment sur le témoignage d’anciens employés.

Celle-ci avait auparavant vendu à découvert des actions de Loop, se plaçant en position de profiter de la chute de son titre, une pratique courante parmi les investisseurs militants. Ce rapport émettait de sérieux doutes sur la technologie de Loop.

L’entreprise avait réfuté ces allégations, et un rapport qualifié d’indépendant signé par Kemitek, centre de recherche de Thetford Mines, était venu confirmer la technologie de l’entreprise.

« SKGC avait déjà commencé sa vérification au préalable avant la publication du rapport », a dit M. Solomita, qui a indiqué que les négociations avaient débuté en juillet 2020. « Cela a quand même pris un peu plus de temps pour conclure la transaction. »

Celui-ci a ajouté que les autorités canadiennes avaient permis à des responsables du conglomérat sud-coréen de se déplacer à Terrebonne en dépit de la pandémie pour évaluer la technologie de Loop.

Dans un premier temps, SKGC achètera 4,7 millions d’actions de Loop Industries au prix unitaire de 12 $ US. Le conglomérat dispose d’options pour bonifier sa participation au cours des trois prochaines années. Cela permettrait à l’entreprise québécoise d’obtenir jusqu’à 130 millions de dollars de plus.

Avec une participation de 10 %, SKGC sera le deuxième actionnaire en importance de l’entreprise, d’après la firme de données financières Refinitiv.