La performance de début d’exercice présentée mercredi par la Banque Nationale a épaté analystes et investisseurs. Ces derniers ont poussé l’action de la plus grande institution bancaire québécoise en hausse de 5 %, à un nouveau sommet.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Visiblement impressionné, Sohrab Movahedi, de la BMO, a demandé au PDG de la Nationale durant la vidéoconférence organisée en marge de la présentation des résultats s’il était possible d’imaginer que la banque puisse produire de meilleurs résultats encore.

« Les tendances sont toujours présentes », a répondu Louis Vachon. « Mais il faut garder l’œil ouvert au niveau de la gestion de risques », a-t-il ajouté.

Louis Vachon s’est dit « très satisfait » de la performance, qui a bénéficié du « dynamisme » de tous ses secteurs d’activité.

La Banque Nationale a généré des profits en hausse de 25 %, à 761 millions, pour les mois de novembre, décembre et janvier. Le bénéfice par action ajusté de 2,15 $ dépasse largement le consensus des analystes, qui s’élevait à 1,71 $.

« Quand on obtient des résultats comme ceux-là, on ne dit pas qu’on est satisfait, on dit plutôt qu’on est en extase ou fou de joie », a lancé Sohrab Movahedi à Louis Vachon.

« Nous sommes des banquiers. Nous devons nous montrer prudents », a répondu Louis Vachon du tac au tac.

Mario Mendonca, de la TD, a lui aussi interpellé le patron de la Nationale. « Vous êtes en poste depuis longtemps. Vous avez vu plusieurs cycles économiques. Vous allez être d’accord pour dire que personne n’aurait pu prédire que la Banque Nationale pourrait générer un bénéfice par action supérieur à 2 $ pour un trimestre 12 mois après le début d’une pandémie. Les banques centrales ont créé un bel environnement pour les institutions bancaires (peu de pertes sur prêts et des occasions de faire de l’argent sur les marchés financiers). Qu’arrivera-t-il le jour où contexte changera ? » a demandé l’analyste.

« Avant d’arriver là, il faudra revenir au plein emploi, a répondu Louis Vachon. Et il y aura eu reprise économique. Il faudra alors être très bons dans la gestion de la volatilité sur les marchés financiers. »

Le PDG de la sixième banque en importance au pays précise toutefois qu’il faudra probablement encore attendre « quelques années, au plus tôt », avant que le contexte change réellement.

« Lorsque ça arrivera, la volatilité sera forte », prévient Louis Vachon. « Avoir une culture de gestion de risque forte est particulièrement important dans une période de forte reprise économique, car c’est habituellement à ce moment que les plus grandes erreurs sont commises. »

En entrevue téléphonique, Louis Vachon affirme de pas voir de problème, pour le moment, dans le marché immobilier « très actif » au Québec.

« Parce qu’on peut expliquer l’effervescence du marché. La pandémie a créé une demande très forte. Il y a un surplus d’épargne dans le système pour les raisons qu’on connaît. Et il y a très peu d’inventaires. L’offre n’est pas là. Beaucoup de gens qui normalement vendraient leur maison pour déménager dans un condo ou une résidence pour personnes âgées ne le font pas. Il ne faut pas s’inquiéter à court terme. »

Louis Vachon note par ailleurs de l’« exubérance irrationnelle » dans le marché boursier, en faisant référence aux récentes poussées des cryptomonnaies et du titre de GameStop.

À propos de l’économie du Québec, il calcule que 85 % de l’économie s’est bien adaptée durant la pandémie. « Mais il y a 15 % de l’économie plus discrétionnaire — les restaurants, les hôtels et le divertissement — qui est frappée de plein fouet par les restrictions et le couvre-feu. Mais même dans ce segment, certaines entreprises se sont assez bien adaptées. C’est pour ça que l’impact du deuxième confinement est moins grave que celui du printemps passé », dit-il.

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Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale

Le message d’espoir qu’on a, c’est que des sondages sur les intentions de dépenses nous indiquent qu’au niveau de la restauration et des voyages, la reprise devrait être extrêmement forte. Le plus gros enjeu de l’économie du Québec en 2022 sera le même qu’en 2019, c’est-à-dire le manque de main-d’œuvre. Ça sera le plus gros problème parce que l’économie discrétionnaire va rebondir de façon très forte.

Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale

Interrogé sur son départ à la retraite, Louis Vachon précise qu’aucune date précise n’est prévue en raison de la pandémie. « Ça va dépendre de l’évolution de la situation durant l’année, dit-il. Une quinzaine d’années à la tête d’une société publique est un terme extrêmement long. C’est le temps de faire autre chose. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’il compte faire, il répond qu’il n’en a aucune idée. « Je ne me cherche pas un emploi pendant que j’en ai un. Je verrai après la fin de mon mandat. »

Laurent Ferreira a récemment été nommé chef de l’exploitation, un poste traditionnellement créé de façon temporaire à la Banque dans un processus de succession.

L’action de la Nationale, qui avait glissé jusqu’à 38,67 $ en mars dernier, a gagné 3,67 $ mercredi pour clôturer à 79,48 $ à Toronto.

Avant la présentation des résultats, seulement 3 des 11 analystes qui suivent la banque suggéraient d’acheter le titre. Leur cours cible moyen sur 12 mois était de 78,91 $.