Alors que les consommateurs sont de plus en plus soucieux de ce qu’ils mangent, Bonduelle lancera au cours des prochaines semaines une gamme de légumes surgelés « testés pour les résidus de pesticides ». Dorénavant, le maïs sucré, les petits pois et les haricots verts de sa marque Arctic Gardens porteront cette mention, utilisée pour la première fois au Québec pour des aliments distribués à grande échelle.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Chaque lot sera testé par des laboratoires indépendants pour détecter la présence éventuelle de résidus de plus de 300 pesticides.

« C’est une exigence supplémentaire qu’on s’est donnée de façon volontaire », explique Christian Malenfant, vice-président au marketing, à la recherche et développement et à la responsabilité sociale d’entreprise chez Bonduelle. « Ça indique qu’on n’a trouvé aucune trace de pesticides pour plusieurs pesticides qu’on a testés à l’aide de laboratoires indépendants. Et on a exigé les équipements de tests les plus sophistiqués sur le marché. Dans la limite de ces tests, on a mis en marché seulement les légumes pour lesquels on n’a trouvé aucune trace de ces pesticides. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Dorénavant, le maïs sucré, les petits pois et les haricots verts de sa marque Arctic Gardens porteront la mention « testés pour les résidus de pesticides », utilisée pour la première fois au Québec pour des aliments distribués à grande échelle.

La mention « testé pour les résidus de pesticides » est permise par la loi fédérale sur l’étiquetage. Il ne s’agit pas d’une appellation officielle reconnue par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants comme l’appellation « biologique ».

L’allégation "testé pour les résidus de pesticides", c’est un engagement de résultat, contrairement au bio qui est un engagement de moyens. Alors nous, on s’est engagés à avoir un résultat et ce qui compte ici, c’est qu’à la suite de la récolte, on teste et on met en marché seulement ce qui n’a pas de traces de pesticides.

Christian Malenfant, vice-président au marketing, à la recherche et développement et à la responsabilité sociale d’entreprise chez Bonduelle

En France, Bonduelle a lancé une gamme de maïs « testé pour les résidus de pesticides » il y a environ un an. Le premier marché visé par cette approche en Amérique du Nord est celui du Québec.

Pour expliquer ce choix, Christian Malenfant cite un sondage commandé en 2016 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) qui a révélé que 86 % des Québécois se disent préoccupés par la présence de pesticides dans leur alimentation.

« Non seulement on est convaincus que les consommateurs le souhaitent, on est convaincus qu’en ayant une approche d’agriculture raisonnée et durable et des initiatives pour diminuer l’usage de pesticides, en tant qu’entreprise responsable, on est dans la bonne voie. »

Agriculture raisonnée

Agriculture conventionnelle, biologique ou raisonnée : dans quel genre de système agricole les légumes « testés pour les résidus de pesticides » ont-ils été cultivés ?

L’agriculture biologique est soumise à des normes très rigoureuses interdisant le recours aux OGM, aux pesticides synthétiques et aux engrais chimiques. Une production biologique doit respecter les normes d’un organisme de certification.

En revanche, l’agriculture dite conventionnelle permet l’usage d’engrais chimiques, de pesticides et de semences génétiquement modifiées. Les pesticides utilisés servent à combattre les ravageurs des cultures comme les insectes, les mauvaises herbes ou les champignons nuisibles.

De plus en plus d’agriculteurs québécois s’identifient désormais à la mouvance de l’agriculture raisonnée, qui ne rejette pas le recours aux pesticides lorsqu’ils sont jugés nécessaires, mais qui mise plutôt sur des techniques de « lutte intégrée contre les ravageurs ».

Pour sa gamme de produits « testés pour les résidus de pesticides », Bonduelle s’inscrit dans cette dernière catégorie.

« Nous avons plusieurs stratégies qui sont mises de l’avant pour réduire l’utilisation des pesticides », affirme le directeur agricole de Bonduelle Amériques Longue Conservation, Robert Deschamps.

Il cite le désherbage mécanique, l’utilisation de pièges à insectes, la substitution des fongicides par un champignon qui attaque les autres champignons, ainsi que le recours à des insectes prédateurs des insectes qui s’attaquent aux cultures.

« À la base, on s’inscrit dans une démarche de développement durable », explique-t-il.

Rémy Lambert, professeur d’économie agroalimentaire à l’Université Laval et spécialiste des appellations réservées, affirme que les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la provenance des produits qu’ils achètent. S’il voit avant tout l’étiquette « testé pour les résidus de pesticides » comme un positionnement marketing, il estime que des consommateurs seront rassurés par cette mention.

« On va chercher celui qui se préoccupe de la consommation de matières dommageables pour sa santé. On n’interdit pas l’utilisation du pesticide, ce n’est pas ce qui est dit non plus. On montre qu’on l’utilise de façon raisonnable, de façon raisonnée, et en même temps, on dit : « On a fait les tests et il n’y a pas de résidus. » »

La présence de résidus de pesticides est-elle fréquente ?

Les trois quarts des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle analysés par le MAPAQ entre 2016 et 2017 contenaient des résidus de pesticides. Et sur les 544 échantillons analysés, 26 (donc 5 %) comprenaient des particules chimiques à des concentrations qui dépassaient les normes canadiennes. En 2018-2019, la proportion des aliments non conformes était de 3 %.

Qui fera les tests ?

Puisque les laboratoires commerciaux du Québec ne sont pas équipés pour détecter tous les pesticides, chaque lot sera envoyé en France. Ils seront testés par l’entreprise Phytocontrol. Son site web précise que « la majorité des analyseurs est couplée à des détecteurs de spectrométrie de masse en tandem ». La spectrométrie de masse est une technologie qui permet de détecter des seuils très bas de molécules chimiques. La limite de détection est égale à la moitié de la limite de quantification qui s’exprime en centièmes de milligramme par kilogramme pour les molécules testées, nous a précisé Bonduelle.

Pourquoi ne pas utiliser la mention « sans résidus de pesticides » ?

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) juge « trompeuse » l’utilisation de l’allégation « sans résidus de pesticides », considérant la possibilité que les pesticides puissent demeurer ou se déplacer dans l’environnement avant les récoltes. « Des produits frais peuvent être exposés à des pesticides présents dans le sol ou l’eau provenant d’une contamination précédente, de l’air contaminé chimiquement ou par l’écoulement des eaux », souligne l’ACIA.