Air Canada a refusé mardi de reporter la date butoir du 15 février à laquelle devait être conclu son achat de Transat, créant un climat d’incertitude et poussant Pierre Karl Péladeau à réitérer son offre concurrente. Il a appelé Transat à se retirer de la transaction et à entamer des discussions avec lui.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

« Il y a un climat d’incertitude autour de cette transaction », analyse Louis Hébert, professeur à HEC Montréal. « Ce n’est pas terminé. Une sérieuse négociation doit se faire. »

Le plus important transporteur aérien au pays se garde la possibilité de retirer son offre d’achat pour Transat A.T. afin de pouvoir en renégocier les termes à son avantage. « Considérant la situation financière précaire de Transat, nous croyons que ce nouveau développement rend plus probable qu’elle ne soit pas achetée pour 5 $ par action », dit Tim James, analyste financier à la Banque TD.

Bien que la transaction ait reçu l’aval des autorités canadiennes, la semaine dernière, il lui manque toujours celui de la Commission européenne. Cette dernière devrait prendre une décision d’ici juin prochain.

Dans une analyse publiée mardi matin, Benoit Poirier, analyste chez Desjardins Marché des capitaux, a dit s’attendre à ce que d’autres prétendants se manifestent, faisant notamment référence à l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau, qui avait déposé une offre non sollicitée de 5 $ par action à titre personnel en décembre dernier.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Karl Péladeau

C’est effectivement ce qu’a fait Pierre Karl Péladeau, mardi après-midi, en réitérant par communiqué « [son] intérêt et [sa] détermination, tout comme [ses] moyens, à [se] porter acquéreur de la totalité des actions de Transat ».

« Je souhaite entreprendre des discussions avec la direction de Transat afin de permettre à l’entreprise québécoise de sortir du grave état d’incertitude dans lequel elle est plongée », affirme M. Péladeau, qui invite Transat à mettre fin elle-même à l’engagement qui la lie à Air Canada.

Négociations difficiles pour Transat

Louis Hébert s’interroge quant à l’intérêt réel que portera Transat à l’offre de M. Péladeau. Il estime que l’entreprise québécoise ne dispose plus de leviers de négociations avec Air Canada. « [Pour Transat], le principal pouvoir de négociations, c’était la crainte que quelqu’un d’autre mette la main sur elle, explique M. Hébert. Il ne semble pas que cet argument-là soit très pertinent encore. »

« Le problème du transport aérien, c’est que c’est très difficile pour quelqu’un d’y entrer, affirme-t-il. Air Transat a besoin d’économies d’échelle pour rentabiliser ses activités, chose qu’un acquéreur financier comme M. Péladeau pourrait difficilement lui offrir. »

Invitée à expliquer sa décision concernant la date butoir, Air Canada a fait savoir, par l’entremise de sa porte-parole Pascale Déry, qu’il n’y avait « aucun fait nouveau à communiquer », tout en rappelant que l’arrangement était toujours en vigueur pour le moment. Les deux entreprises n’ont pas voulu préciser les modalités de leur entente, qui faisaient l’objet de pourparlers.

« [Le fonds d’investissement] Onex [qui est propriétaire de WestJet, compagnie aérienne concurrente] pourrait être un autre candidat », a proposé pour sa part Benoit Poirier, de Desjardins. « Un tel accord prendrait du temps à être finalisé, même s’il y avait moins d’obstacles en matière de concurrence, à notre avis. »

Resserrement des mesures sanitaires

La décision d’Air Canada de ne pas proroger la date butoir survient dans un contexte où les mesures entourant les voyages internationaux ont été resserrées à plusieurs reprises en raison de la pandémie de COVID-19. Les compagnies aériennes ont récemment accepté de cesser d’offrir des vols vers les destinations soleil jusqu’au 30 avril.

« Si la transaction avorte, il est évident que Transat A.T. ne pourra pas poursuivre ses activités. C’est une certitude pour moi », a affirmé le directeur du groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique à l’Université du Québec à Montréal, Mehran Ebrahimi, en soulignant que les activités d’Air Transat étaient actuellement suspendues.

À la Bourse de Toronto, le titre de la société mère d’Air Transat a clôturé en baisse de 7,8 %, ou 0,41 $, à 4,85 $. L’action d’Air Canada a pris 4,9 %, ou 1,09 $, pour terminer sa journée à 23,42 $.

Air Canada propose désormais 5 $ par action de Transat A.T. dans le cadre d’une offre évaluée à 190 millions. Les actionnaires du voyagiste peuvent également choisir 0,2862 action d’Air Canada. À la fermeture des marchés mardi, cette option était évaluée à 6,70 $ pour chacune de leurs actions.

En donnant son feu vert à la prise de contrôle de Transat A.T., la semaine dernière, le gouvernement Trudeau a imposé une série de conditions à Air Canada. Le transporteur aérien devra maintenir le siège social du voyagiste au Québec au moins cinq ans, maintenir au moins 1500 emplois et mettre en place un mécanisme de surveillance des prix, notamment.

– Avec La Presse Canadienne