Ce n’est pas tous les jours qu’une entreprise double de taille en une journée. Et c’est probablement aussi rare qu’une entreprise de Montréal acquiert un compétiteur de la Silicon Valley, comme l’a annoncé l’agence de publicité numérique District M cette semaine.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

En fusionnant avec Sharethrough, établie à San Francisco, la montréalaise District M est passée de 75 à 140 employés, répartis dans huit bureaux aux États-Unis et au Canada. Jean-François Côté, qui a cofondé District M en 2013 avec trois ex-collègues des Pages jaunes et un collaborateur extérieur, demeure PDG de la nouvelle entité, qui conservera son siège social à Montréal, mais pourrait porter un autre nom. Quant au cofondateur et PDG de Sharethrough, Dan Greenberg, il occupera le poste de chef des revenus et deviendra le numéro 2 de l’entreprise fusionnée.

« Pensez-y comme on va être bien positionnés pour embaucher, s’enthousiasme M. Côté. Travailler chez nous et avoir une expérience dans la Silicon Valley incluse, ça vaut de l’or ! »

Coup de foudre… par Zoom

Les deux entreprises sont en fait plus complémentaires qu’anciennes rivales. Sharethrough apporte une expertise plus poussée en vidéo, permettant réellement à District M de présenter une offre multicanal de la télévision à l’ordinateur en passant par la tablette et le téléphone. Elles comptent à elles deux quelque 40 000 sites web et applications dans leur besace, générant plus de 700 milliards d’impressions par mois.

Elles sont spécialisées dans un secteur à la croissance exponentielle, la publicité numérique permettant de cibler en quelques millièmes de seconde un usager et de lui proposer un contenu adapté.

Manifestement, l’équipe montréalaise a eu le coup de foudre pour ses futurs partenaires californiens. « Ce sont deux gars de San Francisco, de l’Université Stanford, le meilleur programme au monde en technologie d’où sont sortis beaucoup de gens de Google et Facebook, dit M. Côté. Ce sont vraiment des visionnaires, ils sont uniques. C’est l’amarrage de la West Coast et de la East Coast, du Nord et du Sud. »

District M tâtait le terrain pour une acquisition aux États-Unis depuis avril 2020 et a entamé les discussions avec Sharethrough le 1er mai. L’offre de rachat des parts des investisseurs de la startup de San Francisco a été signée vendredi dernier. « On a fait la transaction au complet par Zoom !, dit le PDG de District M. Au lieu d’être défensifs, on a choisi d’être offensifs. On est profitables depuis le jour 1. On voulait vraiment acheter un joueur américain pour combiner les forces de chacun. »

Si Sharethrough apporte son expertise technologique, District M a des pratiques de management plus au point, analyse-t-il. « Nous, on est très commerciaux, on a un rythme de travail très élevé. Le mariage des forces de chacun fait que je double ma business en termes de revenus et de clients. » Selon son évaluation, la fusion des deux entreprises en fait une des cinq plus grandes agences non publiques au monde.

Entrée en Bourse

Les montants en jeu pour cette acquisition n’ont pas été dévoilés. Selon le site Crunchbase, Sharethrough aurait levé 38 millions US en financement depuis sa fondation en 2007. Elle a fait sa marque en proposant des publicités natives, des bannières ou des vidéos mieux intégrés aux contenus de chaque site. Son cofondateur Dan Greenberg a été nommé « Top 40 under 40 » par Ad Age et « Top 30 under 30 » par Forbes.

District M, elle, a reçu 39 millions de ses investisseurs en trois rondes de financement depuis 2016, notamment d’Investissement Québec, du Fonds de solidarité FTQ et d’Exportation et développement Canada. Son parcours est jalonné de prix : Entrepreneur de l’année EY en 2017, entrée au classement Fast 50 Canada et Fast 500 en Amérique du Nord de Deloitte, classement parmi les 100 meilleurs employeurs selon MediaCorp Canada.

La prochaine étape, confirme le PDG montréalais, c’est une entrée en bourse. « C’est sûr qu’on regarde ça. Toutes les compagnies de technologie sont en expansion, on a Shopify et Lightspeed qui sont des brise-glace. Mais quand je regarde les données financières des entreprises de notre secteur qui sont publiques, on est dans les mêmes eaux. »

La publicité numérique en chiffres

254 milliards US

Dépenses mondiales en 2019, soit 41 % de l’ensemble

19,2 %

Croissance de la publicité programmatique, donc variable selon l’usager, en 2019 à l’échelle du globe.

12 %

Croissance des investissements publicitaires numériques au Canada en 2019, par rapport à l’année précédente.

Source : Rapport des dépenses publicitaires mondiales de 2019 de Dentsu Aegis Network