Il a eu beau être tombé 30 centimètres de neige sur la région de Montréal depuis une semaine, il ne reste plus que deux mois à patienter avant de pouvoir s’élancer sur les parcours dans le sud-ouest de la province. Et la saison promet.

Publié le 8 févr. 2021
André Dubuc
André Dubuc La Presse

« Toute l’industrie du golf est fébrile et toute la communauté golfique est fébrile », dit Martin Ducharme, président de l’Association des clubs de golf du Québec, sur le ton du joueur qui vient de caler sa balle avec un roulé de 60 pieds.

Liste d’attente pour devenir membre, réouverture de parcours, réinvestissements, réservations hâtives de forfaits et de groupes pour la fin de l’été, les gestionnaires de clubs sont sur un nuage.

Le nombre de rondes jouées au Québec a bondi de près de 20 % en 2020, en dépit d’une saison amputée de quelques semaines en avril et en mai pendant le Grand Confinement. En raison des règles sanitaires en vigueur, le golf a en effet été l’un des rares loisirs auquel la population a pu s’adonner avec un minimum de contraintes l’été dernier.

« On a dépassé les 9 millions de rondes l’an dernier, précise M. Ducharme. Je vous garantis que ça ne sera pas moins en 2021, ça pourrait même être plus parce que la saison va commencer plus tôt que l’an dernier, soutient celui qui est aussi directeur général du Golf Château Bromont. On l’a réalisé en fin de saison par la demande accrue de gens voulant devenir membres d’un club de golf. »

À son club de Bromont, tous les abonnements se sont envolés. « On est revenus à une liste d’attente, ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas eu. »

L’engouement se fait également sentir dans la réservation de forfaits golf-hôtel pour des groupes allant jusqu’à 24 personnes. « Les gens s’y prennent un mois plus vite que d’habitude. J’ai déjà des dates en juin où l’hôtel affiche complet », explique M. Ducharme. Golf Château Bromont accepte aussi des réservations en août et en septembre pour des tournois de moins de 250 participants.

Son organisation applique une politique d’annulation souple en cas de resserrement des règles sanitaires ou pour des cas de COVID-19 qui se déclareraient à la dernière minute.

Pas le 6/49, sauf que…

La COVID-19 a surtout permis de sortir l’industrie d’une série noire pour laquelle personne ne semblait avoir de solution. Or, l’an dernier, non seulement les membres de la génération de Tom Watson ont renoué avec bonheur avec leur passion, mais la conjoncture a eu pour effet de faire découvrir le sport aux milléniaux.

Dans le détail, les parcours publics s’en sont très bien sortis l’an dernier au point de pouvoir payer de vieilles factures qui traînaient et de penser même à acheter de nouveaux équipements pour 2021, de souligner M. Ducharme.

Pour les clubs privés, le bilan est plus mitigé puisque, dans leur cas, les revenus excédentaires proviennent exclusivement des tournois, réceptions et autres évènements qui n’ont pas pu se tenir en 2020, sauf exception.

Avec une campagne de vaccination qui va cahin-caha, la saison 2021 semble partie pour être un copier-coller de la précédente.

Réouverture d’un golf à Lévis

L’optimiste est tel qu’un club de Lévis va rouvrir cette saison après qu’il eut fermé ses portes au printemps dernier.

Véronique Girard et l’hôtelier Jean-Guy Sylvain sont les nouveaux propriétaires du Club de golf Beaurivage dans le secteur de Saint-Étienne-de-Lauzon. Le parcours de neuf trous accueillera à nouveau les sportifs en juin prochain, après des travaux pour remettre le terrain en état.

PHOTO FOURNIE PAR GOLF MEDIA-INFO EN LIGNE

Véronique Girard, DG et copropriétaire du Club de golf Beaurivage, à Lévis

« Avec la pandémie, les golfs ont eu une croissance, explique à La Presse la femme d’affaires de 26 ans. Cette tendance va se maintenir parce qu’on est encore dans la même situation pour l’été 2021 et on veut bénéficier de la croissance de cette industrie. La situation de l’été dernier a fait en sorte d’attirer sur les parcours une clientèle plus jeune. Avec eux, on est bons pour quelques années. »

La nouvelle de la réouverture de Lévis est d’abord sortie sur le site internet de Martial Lapointe, journaliste retraité du Journal de Québec. Son site de nouvelles sur l’industrie du golf entre dans sa huitième année. Il profite de l’intérêt pour le sport pour moderniser son média numérique en le rebaptisant Golf Media-info en Ligne.

« Il ne serait pas surprenant d’en voir d’autres rouvrir au cours des prochains mois », soutient M. Lapointe dans un communiqué annonçant que son site fait peau neuve.

D’autres fermetures à prévoir

Malgré toute cette effervescence, les fermetures de clubs vont néanmoins se poursuivre en 2021, notamment en raison de la rareté de terrains à lotir, dit Marcel Pigeon, copropriétaire du Golf Belle Vue à Léry, en Montérégie.

Il s’attend à ce que Le Métropolitain à Anjou ferme son dernier parcours de neuf trous. Le Grand Portneuf passera de 36 à 27 trous. Il est aussi question de cesser l’exploitation du parcours La Belle à Saint-Jovite.

Depuis 2006, M. Pigeon a dénombré la disparition de 465 trous, l’équivalent de 42 parcours et demi de 18 trous, principalement dans le sud-ouest du Québec.

Le temps d’investir ?

Ce ne sont pas juste les clubs de golf qui ont profité de la manne en 2020, les équipementiers aussi, souligne Martial Lapointe, auteur du site d’infos sur l’industrie Golf Media-info en Ligne.

De fait, le titre d’Acushnet (GOLF, à New York), détenteur de la marque Titleist, a gagné 50 % en un an, passant de 30,79 $ US à 45,92 $ US. Le titre de son concurrent Callaway (ELY, à New York) a aussi bien fait, partant de 20,20 $ US pour se rendre à 30,78 $ US. Il faut remonter à la fin des années 1990 pour voir Callaway au-dessus des 30 $ US.

Une exposition indirecte à l’industrie peut se faire en misant sur les détaillants comme Big Five Sporting Goods (BGFV, à New York). Le titre a été multiplié par 5 en 12 mois, de 3,42 $ US à 15,34 $ US. Il se vend néanmoins à moins de 10 fois les profits passés. Dick’s Sporting Goods (DKS, à New York), a gagné 72 % dans la dernière année, tandis que le commanditaire de Tiger Woods, Nike (NKE, à New York), est en hausse de 46 % en un an, à 145,11 $ US.