Le publicitaire Martin Beauvais est convaincu qu’il y a plein de bonnes idées d’affaires qui naissent un peu partout chaque jour, en ces temps de pandémie. Et qui n’attendent qu’un peu d’aide. Des coups de pouce concrets. Et pas juste en argent.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

« C’est sûr qu’il y a beaucoup de pistes partout », me dit en entrevue téléphonique celui que j’ai connu dans une autre vie, quand je rédigeais une chronique hebdomadaire sur la pub et qu’il cartonnait avec ses campagnes pour Le Lait, mettant en vedette la chanson française. Le retour d’Adamo, de Joe Dassin, ça vous dit quelque chose ?

Il était un des principaux « créatifs » derrière ça quand il était chez BBDO.

Puis, en 2006, il est parti à Toronto, a fondé là-bas une agence qui s’appelle Open et, l’automne dernier, il a lancé avec un associé une nouvelle entité nommée Alchimie, Alchemy en anglais, dont le but est d’investir « en capital de risque créatif ».

Ce que ça signifie : Alchemy fait des ententes avec des entrepreneurs en démarrage, les aide à concevoir leur marque, leur identité, leurs stratégies. Et au lieu de se faire payer en liquide, l’agence prend une part dans la nouvelle entreprise. Entre 10 % et 15 %, « mais généralement plus autour de 10 % », explique le publicitaire.

Selon Beauvais, la normalité a tellement changé avec la pandémie qu’il est juste évident que le terreau est actuellement fertile à la réinvention de tout, notamment dans le commerce au détail, en alimentation et en vente directe au consommateur.

PHOTO MICHELLE SIU, ARCHIVES LA PRESSE

Le publicitaire Martin Beauvais a lancé avec un associé une nouvelle entité nommée Alchimie, dont le but est d’investir « en capital de risque créatif ».

On a appelé ça Alchemy parce qu’on espère que si on met tout ça ensemble, leurs idées, nos idées, ça va devenir de l’or.

Martin Beauvais, fondateur d’Open et cofondateur d’Alchemy

« Et on cherche des innovateurs qui ont besoin de services. »

Alchemy vient d’être lancée au Québec, mais ce n’est pas d’hier que Beauvais et son agence aident ainsi les entreprises en démarrage.

Open est, depuis 2011, derrière une jeune pousse devenue grande, Damiva, qui vend maintenant ses produits pour femmes totalement naturels de par le Canada et les États-Unis. Si vous avez ri en lisant « sentez-vous comme une ado, mais avec un meilleur jugement » ou « le baume à lèvre pour vos autres lèvres » sur des boîtes d’hydratant gynécologique, dans les grandes chaînes de pharmacie, c’est grâce à Open.

« Au départ, c’était surtout une idée », explique M.Beauvais. Vendre des produits naturels pour femmes et pas vieux jeu dans un créneau perclus de tabous et de visuels pharmaceutiques déprimants. Pour percer, il fallait transmettre tant par le « packaging » que par la communication autour des produits qu’il s’agissait de quelque chose de moderne, normal, voire cool.

Open s’est aussi engagé dans la société Yesterday Wellness, qui vend notamment des produits pour l’humeur fabriqués à partir de cannabis.

Parfois, ça ne donne rien. Beauvais explique qu’il croyait beaucoup à une entreprise appelée 1867 Supply Co, qui voulait vendre à travers le Canada, notamment dans les aéroports, des objets triés sur le volet, mais incarnant le meilleur du design Canada. « On avait créé la marque et la stratégie », dit-il. Sauf que les entreprises en démarrage, ça ne tient pas toujours la route.

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Marie-Josée Lamothe, ancienne directrice générale de Google au Québec et de toute la stratégie de marque et des produits de consommation de Google au Canada, connaît bien les entreprises en démarrage. Elle dirige maintenant le Centre Dobson pour l’entrepreneuriat de Desautels, la faculté de gestion de McGill. Et à cet égard, veille sur de nombreuses « start-ups ».

Elle voit le projet d’Open, avec Alchemy, de deux façons.

D’abord, du côté d’Alchemy, elle voit un profil intéressant et très peu courant. Celui de l’entreprise de service qui se bâtit uniquement en risque calculé en investissant temps et savoir-faire dans de très jeunes entreprises.

Elle trouve ça audacieux.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Josée Lamothe, ancienne directrice générale de Google au Québec

Ce n’est pas nouveau pour une entreprise de services de prendre une part de l’équité chez un client, mais d’en faire un modèle d’affaires, oui.

Marie-Josée Lamothe, ancienne directrice générale de Google au Québec

De l’autre côté, pour les entreprises en démarrage, il y a un risque aussi, note Mme Lamothe.

Dix pour cent de la propriété de la société, quand on commence, qu’on n’a aucune liquidité pour s’offrir des services de pub et de marketing, pour créer l’identité de la marque, etc., ça peut sembler peu, mais si l’entreprise se développe, c’est autre chose.

« Attention à la négociation du contrat », prévient la femme d’affaires.

Cela dit, quand l’aide professionnelle permet de façonner la nouvelle entreprise, le coup de pouce peut s’avérer énorme, et changer la donne.

Donc, le partenariat peut s’avérer intéressant.

Tant qu’on comprend qu’on navigue dans le risque, le développement, la nouveauté, que la chimie est bonne. Et l’alchimie peut-être aussi.