L’entreprise maritime de Québec poursuit son expansion en faisant l’acquisition de la montréalaise Arrimage Empire, spécialisée dans les conteneurs

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Le plus grand opérateur de terminaux portuaires du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs, la québécoise QSL, pénètre finalement le marché montréalais en mettant la main sur Arrimage Empire. L’entreprise de logistique établie à Québec continue ainsi ses acquisitions le long du Saint-Laurent et poursuit son expansion dans les ports américains.

« C’est deux fleurons québécois avec leur siège social au Québec qui s’unissent », affirme Robert Bellisle, PDG de QSL, en entrevue avec La Presse.

Peu connue du grand public, QSL emploie 2000 personnes dans 35 terminaux maritimes, la plupart le long du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Fondée à Québec en 1978, elle a été dirigée par son fondateur Denis Dupuis jusqu’en 2017, avant qu’il ne passe le relais à M. Bellisle.

Surtout spécialisée dans la manutention de marchandises en vrac, comme le sel et le sucre, et de marchandises non transportées en conteneurs, l’entreprise de Québec fait désormais une incursion dans le domaine de la manutention de conteneurs.

Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé par les entreprises. En entrevue avec La Presse l’an dernier, le PDG de QSL estimait ses revenus à 400 millions de dollars. L’achat d’Empire permet à QSL de croître d’environ 20 à 25 % sur le plan de sa main-d’œuvre, selon M. Bellisle.

« C’est avec un pincement au cœur que je tourne la page sur cette histoire familiale, mais je sais que M. Bellisle et son équipe mèneront encore plus loin le rêve de mon grand-père », a déclaré Andrew Chodos, président et chef de la direction d’Arrimage Empire, dans un communiqué publié jeudi.

C’est l’absence de relève au sein de l’entreprise familiale montréalaise qui a poussé son président à vendre Arrimage Empire à QSL, afin d’assurer sa pérennité.

« Une relation très proche »

L’expansion de QSL, alors appelée Arrimage Québec, en dehors du terminal de L’Anse-au-Foulon a commencé dans les années 1980 avec l’aide de la famille Chodos, propriétaires d’Arrimage Empire. Les Chodos sont depuis restés les seuls actionnaires extérieurs de QSL.

« C’est une relation très proche qui existe depuis les tout débuts de l’entreprise QSL », raconte Robert Bellisle.

Arrimage Empire (aussi connue comme Empire Stevedoring) a été fondée à Montréal en 1931 par Sam Chodos, immigrant arrivé d’Europe de l’Est. Le contrôle de l’entreprise est resté dans les mains de la famille Chodos depuis. Malgré l’acquisition par QSL, les activités d’Arrimage Empire seront gérées de Montréal par Andrew Chodos, petit-fils de son fondateur.

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Robert Bellisle, PDG de QSL

Empire est présente dans le port de Montréal, où elle gère entre autres la manutention de conteneurs pour l’approvisionnement de Terre-Neuve-et-Labrador à partir du terminal Bickerdike, situé à l’extrême ouest du port de Montréal, non loin de l’édifice de Farine Five Roses et d’Habitat 67.

Ailleurs au Canada, Empire gère des terminaux portuaires à Toronto et à Thunder Bay, en Ontario, ainsi qu’à Saint John, au Nouveau-Brunswick, et à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

« La beauté de cette union, c’est que les deux entreprises coopèrent depuis 40 ans et qu’elles ont une belle complémentarité au niveau de l’empreinte géographique. Il n’y a pas de dédoublement », précise M. Bellisle.

Grâce à cette complémentarité, le PDG de QSL ne prévoit pas que la transaction mène à des mises à pied. Au contraire, il espère plutôt avoir à embaucher pour poursuivre sa croissance.

PHOTO FOURNIE PAR QSL

QSL était déjà présente au Canada et aux États-Unis. Cette acquisition lui permet de poursuivre son expansion.

Expansion aux États-Unis et croissance

L’entreprise de Québec gère une douzaine de terminaux portuaires sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent, entre Sainte-Catherine, au sud de Montréal, et Gaspé, ainsi que plusieurs autres en Ontario et dans les provinces atlantiques. Elle est présente à Chicago, porte d’entrée vers le Midwest américain, depuis 2006, et à Houston, sur le golfe du Mexique, depuis 2019.

L’acquisition d’Empire permet à QSL de poursuivre son expansion dans le marché américain avec de nouveaux terminaux à Houston ainsi qu’à l’embouchure du Mississippi, à Baton Rouge et à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane.

L’entreprise espère toujours arriver à doubler sa taille d’ici 2026, que ce soit par d’autres acquisitions, la croissance organique de ses installations existantes ou la rénovation en installations portuaires de friches industrielles, comme cela se fera à Sorel-Tracy sur le site d’une ancienne centrale d’Hydro-Québec.

Une année 2020 remplie d’incertitudes

Étant considérée comme un service essentiel, la manutention portuaire a pu continuer durant la dernière année marquée par la pandémie de COVID-19. Robert Bellisle s’estime chanceux d’avoir pu traverser l’année sans avoir à faire de compressions ni de suppressions d’emplois.

Après quelques mois d’incertitude au printemps dernier, QSL a pu « maintenir le cap sur la croissance », selon son PDG. L’entreprise en a profité pour mener à bien un vaste projet de modernisation et d’informatisation de ses terminaux.

« Ça nous a permis de voir que notre modèle d’affaires a beaucoup de résilience », conclut M. Bellisle.