Jugeant que les négociations avec ses fournisseurs se font « de façon éthique et avec respect », le grand patron de Metro, Eric La Flèche, ne voit pas l’utilité d’un code de conduite instauré par le gouvernement. L’entreprise est par ailleurs prête à vacciner les Québécois contre la COVID-19 dans ses pharmacies Jean Coutu et Brunet.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« On négocie de bonne foi »

Tandis que les provinces et Ottawa réfléchissent à la mise en place d’un code de conduite pour réguler les relations entre détaillants et fournisseurs, Metro juge qu’une intervention gouvernementale n’est pas « nécessaire ».

« On a toujours eu des relations gagnant-gagnant avec nos fournisseurs. Ça se fait de façon éthique et avec respect. On a eu une belle croissance chez Metro et ça a permis à nos fournisseurs d’avoir une croissance aussi », a déclaré Eric La Flèche mardi, en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires.

C’était la première fois que le dirigeant exprimait publiquement son point de vue sur cette question qui préoccupe l’industrie alimentaire depuis des mois.

Son confrère Michael Medline, président et chef de la direction de Sobeys (IGA), s’était au contraire montré favorable à un code compte tenu de l’état actuel de la situation entre les fournisseurs et les supermarchés.

C’est la pire relation que j’ai jamais vue dans mes deux décennies dans le commerce de détail.

Michael Medline, président et chef de la direction de Sobeys, dans une déclaration faite en octobre

À son avis, cela n’est « pas sain » et « décourage l’innovation pour les produits », car les fournisseurs ont moins d’argent pour la recherche et le développement.

La vision d’Eric La Flèche est complètement différente.

« On négocie de bonne foi pour obtenir des prix coûtants concurrentiels pour nous battre à armes le plus égales possible dans le marché », a indiqué le haut dirigeant en précisant que Metro n’avait « pas imposé de frais ou de charges » à ses fournisseurs, contrairement à certains de ses concurrents.

Rappelons qu’en juillet, La Presse a révélé que Walmart Canada ferait payer à ses fournisseurs une partie de ses investissements en leur imposant de nouveaux « frais de développement ». D’autres détaillants ont ensuite accentué la pression financière sur leurs fournisseurs, ce qui a amené les ministres de l’Agriculture de toutes les provinces à créer un comité pour réfléchir à un code de conduite régulant les relations.

Vaccin contre la COVID-19

Propriétaire des chaînes Jean Coutu et Brunet, Metro a annoncé que ses pharmacies étaient prêtes à participer à l’effort de vaccination contre la COVID-19. Des discussions en ce sens ont lieu avec le ministère de la Santé du Québec, mais pour le moment, il n’y a pas assez de doses disponibles.

« À l’automne, la vaccination antigrippale a été un succès, alors les pharmaciens sont équipés pour prendre des rendez-vous et offrir les services de vaccination », a indiqué M. La Flèche. L’exercice ne sera pas une source de revenus pour Metro.

Ventes moins payantes

Avec la pandémie, les ventes en ligne de Metro « ont pratiquement triplé du jour au lendemain », ce qui occasionne des coûts, notamment en technologie. « Avec le volume qui a augmenté, ça nous permet de dégager une légère marge de profit positive. Mais ce n’est pas aussi payant pour nous, alors il faut vraiment être efficaces », a confié M. La Flèche.

D’ici la fin de l’année, le ramassage en magasin sera possible dans 170 magasins Metro du Québec et de l’Ontario. L’épicerie desservira ainsi « les trois quarts de la population du Québec et la moitié de celle en Ontario » avec ce service qui s’ajoute à la livraison.

Adonis et Première Moisson

Metro a ouvert une première épicerie Adonis dans la région de Québec il y a quelques jours, et ce sera la seule inauguration de l’exercice en cours. Mais « il y a de la place pour en ouvrir d’autres », assure M. La Flèche. Adonis compte 11 succursales au Québec et 4 en Ontario.

Au sujet de Première Moisson, les efforts sont actuellement concentrés sur l’innovation, c’est-à-dire la création de nouveaux produits offerts dans les boulangeries et les supermarchés. La pandémie complique l’ouverture de nouvelles succursales, puisque la restauration occupe une place importante dans le chiffre d’affaires des boulangeries Première Moisson. Mais il y a « quelques » projets dans les cartons.

Résultats du premier trimestre (clos le 19 décembre)

Chiffre d’affaires : 4,28 milliards (+ 6,2 %) Ventes comparables des supermarchés : + 10 % Ventes comparables des pharmacies : + 1,3 % Bénéfice net : 191,2 millions (+ 12,3 %) Bénéfice net dilué par action : 0,76 $ (+ 13,4 %) Dividende : + 11 %, à 0,25 $/trimestre

« Les ventes totales sont inférieures de 3 % à notre estimation et au consensus [des analystes]. Les ventes aux franchisés ont été touchées par le conflit de travail au centre de distribution de Jean Coutu [à Varennes, pendant huit semaines], ce qui a eu un effet sur les ventes totales », a écrit Chris Li, de Desjardins, dans une note aux investisseurs.