Les supermarchés ont connu une année record marquée par une hausse des ventes de nourriture sans précédent de 13 %, au Québec. Leur quotidien a aussi été pimenté par une série de phénomènes inattendus, comme la mode du pain maison, encore loin d’être évaporée. De nouvelles données dévoilées par la firme NielsenIQ lèvent le voile sur une série d’autres comportements inédits des consommateurs.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

2,3 milliards de plus

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Le bond de 2,3 milliards des ventes d'aliments en 2020 au Québec est 4,6 fois plus élevé que celui enregistré en 2019.

Il s’est vendu pour près de 22 milliards de dollars d’aliments au Québec en 2020 dans les supermarchés, les grandes surfaces et les pharmacies. Ce bond – de 2,3 milliards – est 4,6 fois plus élevé que celui enregistré en 2019. En retirant l’effet de l’inflation, la hausse est encore « autour de 8 à 9 % ». Cette trajectoire spectaculaire s’explique évidemment par la consommation à domicile, au détriment des restaurants. Mais cela ne veut pas dire que les entreprises qui remplissent les tablettes des supermarchés nagent dans l’argent, affirme Sylvie Cloutier, DG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). En général, l’année a été « plus difficile », car il fallait compenser les pertes de ventes au secteur institutionnel (restaurants, hôtels, traiteurs) et jongler avec de nouveaux coûts. Mais certains « ont battu des records », dit-elle.

Encore la levure !

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Faire son pain : une activité encore et toujours prisée par les Québécois.

Surprise, la mode du pain maison ne s’essouffle guère. Tous les ingrédients nécessaires pour en cuire continuent d’être très prisés. Lors de la semaine terminée le 2 janvier, les ventes de levure ont explosé de 121 %, celles de farine, de 40 %. « La levure, c’est une petite catégorie. Mais c’est l’une des plus fortes croissances », a commenté Francis Parisien, vice-président pour l’est du Canada chez NielsenIQ, au cours d’un webinaire. On concocte aussi plus de desserts. Ainsi, le sucre (+ 17 %) et les pépites de chocolat (+ 38 %) continuent d’être très populaires. En fait, on cuisine plus tout court : le sel, le vinaigre, le poivre, les épices, le riz, les pâtes et les sauces pour la cuisson ont tous connu des hausses de plus de 20 %. Est-ce que ces habitudes vont demeurer après la pandémie ? C’est la grande question que toute l’industrie agroalimentaire se pose.

Moins de dinde, plus de sushis

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La dinde a baissé en popularité pendant la période des Fêtes... au profit des sushis, notamment.

En l’absence de grands rassemblements familiaux, la préparation de la traditionnelle dinde a connu une baisse de popularité, le recul des ventes étant de 10 % au Québec. Les canneberges en conserve ont connu le même sort (- 8 %). Par contre, les restrictions sanitaires ont rendu la fondue très populaire, nous apprend NielsenIQ. Les ventes de viande ont bondi de 43 %, celles de bouillons, de 26 %, et l’intérêt pour les petits pots de sauce a augmenté de 33 %. Les Québécois ont aussi jeté leur dévolu sur les sushis vendus en épicerie, avec des ventes en très forte progression (48 %). Dans les pharmacies et les grandes surfaces, la popularité d’un produit en particulier est digne de mention : la crème solaire. Les ventes ont bondi tout le mois de décembre, même si les voyages sont fortement déconseillés.

Du « touski » après Noël

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Les restes de table étaient plus imposants cette année après la période des Fêtes.

Depuis le début de la pandémie, les Québécois achètent pour plus de 500 millions de dollars de nourriture par semaine. En mars 2020, il y a eu une pointe à près de 700 millions quand les consommateurs se sont massivement mis au stockage. Un tel niveau a également été atteint la semaine de Noël (675 millions). Mais la progression par rapport à 2019 a été marquée par une pause inopinée lors de la semaine du 26 décembre au 2 janvier ; les ventes ont reculé de 2 % (- 9 millions). « D’habitude, c’est le contraire, c’est une belle semaine de vente », nous a précisé Francis Parisien, étonné par ses propres chiffres. Son hypothèse est que nous avons mangé des restes après avoir, sans doute, trop acheté de nourriture dans un contexte où on ne pouvait pas recevoir.

Toujours plus de tofu

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Au début de l'année 2021, les ventes de tofu ont bondi de 22 % par rapport à la même période, un an plus tôt.

Déjà grandissante avant la pandémie, la popularité du tofu continue d’exploser. La première semaine de l’année 2021, les ventes ont bondi de 22 % par rapport à la même période un an plus tôt. Même scénario en ce qui concerne les boissons de soya et autres laits végétaux (+ 21 %). Les aliments généralement consommés au déjeuner comme les œufs (+ 18 %), le gruau (+ 13 %), les céréales (+ 10 %) et le miel (+ 25 %) continuent eux aussi d’être très prisés puisqu’on déjeune beaucoup moins à l’extérieur en télétravail. Les données recueillies par NielsenIQ montrent aussi un fort engouement pour les aliments surgelés (+ 25 %), la viande fraîche (+ 16 %), le café, le thé et la tisane (+ 16 %) ainsi que la boulangerie (+ 15 %).

Les dépanneurs en profitent

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Les dépanneurs semblent tirer leur épingle du jeu depuis la fermeture des commerces non essentiels.

Il est tôt pour tirer des conclusions, mais la fermeture des commerces non essentiels, imposée par Québec depuis le 25 décembre, semble profiter aux dépanneurs. Pour la semaine terminée le 9 janvier, NeilsenIQ a observé une hausse des ventes de 23 % dans ce type d’établissements. On se rappellera que les dépanneurs avaient aussi connu un grand engouement au printemps 2020, les consommateurs voulant éviter les files d’attente à l’épicerie. Pendant ce temps, les ventes des magasins de marchandise générale (comme Walmart) ont reculé de 34 % et celles des pharmacies, de 16 %. Ces dernières vendent beaucoup moins de cosmétiques (- 82 %) et de confiseries (- 15 %). Les soins capillaires affichent toutefois une hausse de 8 %.