Arrivé en poste le 12 mars, le nouveau président de Canadian Tire, Greg Hicks, n’a connu que la gestion en temps de crise. En plus de devoir composer avec la fermeture de tous les magasins en Ontario et de négocier des facilités de crédit de 650 millions avec quatre banques, il a été forcé d’améliorer rapidement son site web qui a enregistré un bond de 1500 % des commandes.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Je dois vous dire que Greg Hicks a plus appris en deux mois que la plupart des nouveaux PDG peuvent en apprendre en deux ans ! », a lancé la présidente du conseil d’administration, Maureen Sabia, en félicitant sa recrue « de classe mondiale ».

Jeudi, Canadian Tire a dévoilé ses résultats du premier trimestre clos le 28 mars et a tenu la première assemblée annuelle virtuelle de son histoire. Ce fut l’occasion d’en apprendre sur les défis rencontrés par le nouveau grand patron et les marchands, et sur les conséquences financières de la pandémie.

« La meilleure chose à faire, pour bien comprendre ce trimestre, est de le séparer en deux. Il y a la période avant le 11 mars, et celle après », a dit Greg Hicks. Avant son arrivée en poste, les ventes comparables consolidées du groupe étaient en hausse, et toutes les enseignes enregistraient de bonnes performances.

À partir du 12 mars, les choses ont changé. À cause de la COVID-19.

D’abord, des centaines de fermetures d’un bout à l’autre du pays ont été ordonnées. Si les Canadian Tire ont pu demeurer ouverts au Québec, ils ont été contraints de fermer par le gouvernement ontarien au début d’avril (après avoir bénéficié de quelques jours de grâce). Le détaillant compte 203 magasins sous cette enseigne en Ontario, soit 40 % du réseau.

De plus, les Sports Experts/Sport Chek et L’Équipeur/Mark’s de tout le pays ont dû cesser d’accueillir les clients à la mi-mars.

L’impact financier des fermetures

Ces deux semaines ont plombé les résultats. Les ventes au détail du groupe ont reculé de 2,7 % (pour atteindre 2,76 milliards). Il faut dire que le détaillant a aussi été affecté par la baisse du prix de l’essence. Sur une base comparable, une donnée clé dans l’industrie, les ventes ont régressé de 0,3 %.

Dans les magasins Canadian Tire, le chiffre d’affaires a légèrement grimpé. Mais les enseignes Sports Experts/Sport Chek et L’Équipeur/Mark’s affichent des baisses de quelques points de pourcentage.

En somme, le groupe a déclaré une perte nette attribuable aux actionnaires de 13,3 millions, ce qui se compare à un bénéfice net de 69,7 millions à la même période en 2019. Ce résultat inférieur aux attentes a légèrement fait reculer le titre en Bourse (- 0,8 %).

Le mois d’avril a été difficile, avec une baisse des ventes de 19 %. L’enseigne Canadian Tire fait mieux que les autres – puisqu’elle est ouverte, notamment au Québec – avec un petit recul de 1,8 %.

Jusqu’à 110 000 commandes par jour

En ligne, les ventes ont explosé de 44 % au cours du 1er trimestre. L’enseigne Canadian Tire, qui a introduit la livraison à l’auto dans tous ses magasins au pays, enregistre une croissance de près de 80 %.

Le volume moyen de commandes en ligne sur le site de Canadian Tire est passé de 5000 par jour avant la crise de la COVID-19 à plus de 80 000 en avril. Et un pic à 110 000 le samedi 2 mai a été enregistré, a précisé Greg Hicks, abasourdi par l’ampleur de la demande.

C’est comme si, du jour au lendemain, nous avions fait un saut dans l’avenir !

Greg Hicks

La plateforme informatique du détaillant n’a évidemment pas été en mesure de répondre à la demande. Des investissements additionnels dans les capacités numériques ont été réalisés.

Canadian Tire a précisé quels étaient ses produits les plus prisés au moment où les Canadiens s’équipent pour passer les prochains mois à la maison : trampolines, paniers de basket, structures de jeux à installer dans sa cour et tapis roulants.

L’entreprise ontarienne a par ailleurs obtenu, auprès de quatre banques canadiennes, des facilités de crédit additionnelles totalisant 650 millions. Elle a suspendu son programme de rachat d’actions et reporté certains investissements prévus en 2020.