Ils y songeaient. Puis le confinement a ouvert la porte. Depuis le 1er avril, leur plateforme de couvre-planchers couvre tout le Canada – une phrase qui nécessite quelques explications.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Ils ont lancé leur plateforme transactionnelle de couvre-planchers le 1er avril. Le lendemain, une transaction s’inscrivait à Labrador City. Yellowknife n’a pas tardé. Les commandes — une palette de lames de parquet, par exemple — ont été déposées « dans l’entrée de garage », selon l’expression du cofondateur Sébastien Ball.

De Sherbrooke, FloorBox (thefloorbox.ca) offre 30 000 produits livrables partout au Canada. Vraiment partout.

Élie Ouzilleau et Sébastien Ball ont tous deux 33 ans et sont amis de longue date.

Élie a racheté en 2016 la boutique de revêtement de sol VN Planchers Experts à Sherbrooke. Sébastien est copropriétaire de la firme WIPTEC, spécialisée en logistique et préparation de commandes pour le commerce électronique.

« On avait déjà commencé à réfléchir à un projet de vente en ligne pour du plancher », relate Sébastien Ball.

L’idée se heurtait cependant à deux obstacles : le poids des commandes et le désir des consommateurs de voir la marchandise avant de l’acheter.

« On a créé une première plateforme prototype, qu’on a mise en ligne il y a quelques mois, et quand la COVID-19 est arrivée avec les fermetures, on a mis les gaz. » Ou le pied au plancher, si vous préférez.

La première plateforme, rudimentaire, n’offrait encore que 350 produits, mais des contacts préliminaires avaient été établis avec plusieurs grands distributeurs et manufacturiers canadiens.

On travaillait en mode projet. Et quand la fermeture des entreprises a été annoncée, le téléphone s’est mis à sonner : ce sont nos fournisseurs qui nous appelaient pour voir comment on pouvait accélérer le processus. La pression s’était inversée.

Sébastien Ball

Car avec le confinement, le magasinage en ligne était devenu viral.

Rapidement, des ententes ont été signées avec une douzaine d’entreprises, dont les entrepôts étaient judicieusement répartis dans une bonne partie du Canada.

« Ça nous a donné deux semaines de travail intense pour mettre en ligne la nouvelle version, poursuit Sébastien Ball. Deux programmeurs ont travaillé d’arrache-pied pour reprogrammer la nouvelle plateforme et la connecter aux inventaires de chacun de nos fournisseurs. »

Livrer la marchandise

Restait à régler l’autre partie du problème. « Le plus gros défi a été de créer un réseau de logistique et de livraison à domicile », souligne Sébastien Ball.

Avant la mi-mars, la plateforme initiale comptait deux transporteurs. Le réseau en réunit maintenant une vingtaine.

« J’ai développé des partenariats avec des transporteurs dans chaque province, et même plusieurs transporteurs par province, pour être capable de former des réseaux logistiques qui livraient à domicile des palettes de plancher. »

Ni Purolator ni Postes Canada n’ont cette délicatesse : « On parle d’une palette de 2000 livres. »

« Je suis un petit gars de Sherbrooke, et quand on se met à vendre en ligne à travers tout le Canada, ça nous scie les jambes de voir comment le pays est grand, ajoute-t-il. Mais il s’agit de trouver les bons joueurs et les connecter ensemble. » En effet, c’est tout simple. Surtout en période de crise.

La plateforme FloorBox est liée aux bases de données des partenaires, pour que la livraison soit effectuée à partir de l’entrepôt le plus près du client. Ces précautions ne leur épargnent toutefois pas les exploits logistiques.

Une commande est partie de Mississauga et a été livrée à Yellowknife. On a pris toutes les précautions pour que la palette soit déposée dans l’entrée de garage du client.

Sébastien Ball

Le problème d’inspection visuelle du produit avant l’achat a été réglé avec un programme d’envoi gratuit d’échantillons à domicile, que les clients peuvent conserver.

Élie et Sébastien ont pris conscience de l’importance d’un service comme le leur dans des régions éloignées où l’accès aux produits est difficile et coûteux. « On reçoit beaucoup de commandes dans les Maritimes, dans le coin de Terre-Neuve, dans le nord de certaines provinces de l’Ouest », dit-il.

Mais justement, comment FloorBox compose-t-elle avec les coûts de livraison aux confins du pays ?

« On facture quand même des frais de transport au client, mais on en absorbe une grosse partie pour ne pas être hors de prix, explique-t-il. Comment on y arrive ? Notre structure de coûts est totalement différente de celle d’un magasin. »

L’entreprise de Sherbrooke compte six employés. « On veut déjà recruter parce que nos gens travaillent sept jours sur sept, constate l’entrepreneur. Ça nous fait un peu rêver. On veut gérer cette croissance, mais après, on songe même à déployer notre solution aux États-Unis. »

Curieusement, cette porte s’est ouverte à leur insu, ce qui les incite d’autant plus à plancher sur ce projet.

« En avril, on a expédié deux commandes aux États-Unis, indique-t-il. Notre site web est un site “.ca”, nos prix sont en dollars canadiens, et on n’a pas de politique de livraison aux États-Unis. Mais on a vendu une commande de bois franc en Californie et une commande de vinyle dans l’État de New York ! »