(Montréal) La recherche d’un acheteur ou d’un investisseur que s’apprête à effectuer Nemaska Lithium se fera sans Guy Bourassa, qui n’est plus aux commandes de l’entreprise à l’abri de ses créanciers depuis presque deux mois.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Sans aller jusqu’à dire qu’il y avait un conflit avec l’avocat de formation âgé de 61 ans, il valait mieux effectuer un changement pour avoir plus de flexibilité, a expliqué le président du conseil d’administration, Jacques Mallette.

« On se doit de recevoir toutes les propositions possibles, a-t-il expliqué au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Nous ne sommes pas dans un mode où l’on tente de faire la promotion d’un projet spécifique. M. Bourassa était dévoué à la cause qui représentait un mode spécifique. »

M. Bourassa était président et chef de la direction de la société depuis sa fondation, en 2008. Au moment de l’annonce de son départ, jeudi, celui-ci avait déjà quitté l’entreprise.

Il sera remplacé par l’équipe de direction en place et M. Mallette, un ex-dirigeant Québecor World ayant contribué à la restructuration de cet ancien imprimeur et qui a été nommé président du conseil chez Nemaska le 20 janvier dernier.

Nemaska Lithium est à la recherche de 1,1 milliard dans le but de pouvoir transformer, dans une usine électrochimique à Shawinigan, du minerai de spodumène extrait de la mine Whabouchi en sels de lithium à valeur ajoutée. Ces derniers seraient ensuite vendus à des fabricants de matériaux de cathodes destinés aux batteries rechargeables au lithium-ion.

La facture du projet, initialement estimée à 875 millions, a bondi à 1,4 milliard en raison des dépassements de coûts, révélés l’an dernier alors que M. Bourassa était aux commandes.

M. Bourassa avait négocié un investissement potentiel de 600 millions avec la firme londonienne Groupe Pallinghurst, mais celle-ci avait décidé, à la fin décembre, de ne pas prolonger la fenêtre exclusive de discussions.

« Le conseil favorise toujours un refinancement qui permettrait de protéger les actionnaires, mais dans le processus, nous n’avons pas le choix d’étudier toutes les options, a expliqué M. Mallette, en ouvrant la porte à divers scénarios. Cela pourrait être un achat d’actifs. Il pourrait y avoir plus d’une société impliquée. »

Investissement Québec a injecté 130 millions dans l’aventure, dont 80 millions en capital-actions, ce qui a permis au bras financier de l’État d’être le plus important actionnaire de la société, avec une participation d’environ 13 %.

Le processus se mettra en branle le 28 février et les offres pourront être reçues jusqu’au 17 avril. Si tout se déroule comme prévu, la clôture d’une éventuelle transaction pourrait survenir à la mi-août. Il n’y aura pas de nomination d’ici là, a précisé le président du conseil de Nemaska Lithium.

M. Bourassa aura droit à une indemnité de départ, mais M. Mallette a expliqué que les termes de l’entente étaient confidentiels.

Selon un document déposé auprès des autorités réglementaires en décembre, M. Bourassa était admissible à jusqu’à une année de salaire s’il quittait la société « sans cause ». En 2019, son salaire de base avait été de 460 630 $.

L’inscription de Nemaska Lithium a été radiée de la Bourse de Toronto le 6 février dernier.

Dans son rapport de gestion daté du 14 février, l’entreprise a précisé avoir affiché une perte nette de 329 millions pour la période de six mois terminée le 31 décembre, essentiellement en raison de la comptabilisation d’une charge de dépréciation de 267,6 millions à l’égard de ses actifs.