(Washington) Après les livres, l’habillement, l’ameublement, le streaming, et les produits frais, il ne manquait plus qu’un champ d’action majeur au géant de la distribution en ligne Amazon : les médicaments.

Virginie MONTET
Agence France-Presse

La lacune est comblée avec l’annonce mardi du lancement de son service de pharmacie en ligne pour les États-Unis, Amazon Pharmacy, qui permet de commander sur l’internet des médicaments sur ordonnance.

« Alors que de plus en plus de gens cherchent à faire leurs courses du quotidien depuis leur domicile, la pharmacie est un ajout important et nécessaire à la boutique en ligne Amazon », a déclaré dans un communiqué Doug Herrington, responsable des services aux clients en Amérique du Nord.  

Cette offensive dans le secteur de la pharmacie place le colosse du commerce électronique, basé à Seattle (nord-ouest), en concurrence directe avec les géants de la pharmacie comme CVS Health Corp ou Walgreens Boots Alliance, les deux plus grandes chaînes de drugstores aux États-Unis.  

« Ce service de pharmacie intégrée comble un des rares secteurs où l’offre du groupe n’était pas présente », a souligné Art Hogan, analyste pour National Securities.

Cette annonce a fait plonger les titres des chaînes concurrentes à l’ouverture de la Bourse. À 12 h 45, CVS et Walgreens perdaient plus de 9 %, tandis que Rite Aid plongeait de 16 %.  

Les actions des distributeurs de médicaments comme Cardinal Health (-6,6 %) ou McKesson (-6,5 %) tanguaient également.

L’action du groupe de Jeff Bezos gagnait elle 0,50 %.

Amazon pourrait rapidement grignoter des parts de marché en proposant, en temps de pandémie, un service évitant de faire la queue dans les officines.

Le groupe avait déjà fait une entrée remarquée dans la livraison de médicaments il y a deux ans quand il avait racheté le distributeur PillPack pour 753 millions de dollars. Ce site spécialisé dans la distribution de produits pharmaceutiques livre et conditionne les ordonnances aux malades chroniques nécessitant de multiples médicaments chaque jour.

Transparence

Désormais Amazon voit plus large.  

Il propose une nouvelle section sur son site dédiée à la pharmacie, permettant aux clients de remplir une ordonnance depuis leur ordinateur ou leur téléphone.  

Ils pourront y enregistrer les informations de leur assurance santé sur un profil sécurisé et demander à leur médecin d’envoyer les ordonnances directement à Amazon Pharmacy.  

Alors qu’il y a une forte demande de transparence de la part des consommateurs américains vis-à-vis des prix des médicaments et que des programmes de cartes de réduction tel GoodRx commencent à faire florès, Amazon mise visiblement sur son effort d’information sur les prix pour conquérir ce marché.

Les internautes pourront ainsi comparer les différences de prix en fonction de leur assurance. Ils pourront aussi voir les différentes marques de génériques existantes et les divers dosages possibles.  

Amazon précise qu’il ne livrera pas certains médicaments, comme ceux à base d’opiacés.

Pour séduire les abonnés à son service Prime, le groupe va proposer la livraison gratuite des médicaments en deux jours ainsi que des rabais quand ils paieront certains médicaments sans assurance.

« En lançant cette pharmacie numérique et en offrant des rabais à ses membres payants, c’est l’avancée la plus importante qu’Amazon ait jamais faite dans la vente de médicaments sur ordonnance », a noté Art Hogan, de National Securities. « C’est la première fois que les acheteurs peuvent commander directement leurs remèdes sur Amazon ».  

Pour Craig Garthwaite, professeur à l’école de business de Northwestern University, « ce lancement d’Amazon représente une menace significative pour les officines physiques de pharmacie ». « ces comptoirs de pharmacie doivent désormais offrir plus qu’un accès aux médicaments prescrits », a ajouté cet expert.

L’entrée du géant de Seattle promet de faire réagir les chaînes de drugstores traditionnelles. Il y a deux ans, lorsqu’Amazon avait fait ses premiers pas dans le secteur avec PillPack, la chaîne CVS avait cassé sa tirelire pour s’offrir l’assureur Aetna pour 69 milliards de dollars et se développer en aval vers l’assurance-santé.