Il y a un an, le président et chef de la direction de CAE, Marc Parent, faisait partie des automobilistes coincés dans les bouchons de circulation en raison de l’importante manifestation pour le climat à laquelle avait notamment participé Greta Thunberg. Aujourd’hui, l’entreprise qu’il dirige annonce qu’elle est maintenant carboneutre.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Je regardais tous ces gens-là qui marchaient, j’ai pris mon téléphone et j’ai écrit à tous les vice-présidents pour leur dire qu’on devait en faire plus », se souvient M. Parent, père de trois enfants « très préoccupés » par ces questions.

L’objectif de faire de CAE une entreprise carboneutre est officiellement né et a été annoncé peu de temps après, en novembre 2019.

M. Parent admet sans problème que la tâche n’était pas aussi imposante qu’elle le serait pour d’autres entreprises du secteur aéronautique. CAE est surtout reconnue pour ses simulateurs de vol. À ce titre, deux de ses trois principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre sont l’énergie consommée dans ses bâtiments un peu partout dans le monde et les voyages de ses employés.

Mais l’entreprise se définit avant tout comme une spécialiste de la formation des pilotes dans son ensemble, ce qui inclut de la formation en vol, à bord d’une flotte comptant plus de 200 petits appareils. Les émissions de celle-ci constituent le deuxième poste d’émissions de CAE.

Pour parvenir à la neutralité, l’entreprise a d’abord cherché à réduire ses émissions, explique M. Parent.

Nous avons investi dans l’énergie solaire pour certains bâtiments. Trois d’entre eux fonctionnent uniquement au solaire, en Australie, en Inde et à Dubaï, et nous sommes en train d’en bâtir un autre à Tampa.

Marc Parent

Les panneaux solaires y seront installés au-dessus du stationnement de l’édifice, ce qui aura en plus l’avantage de laisser les voitures à l’ombre.

CAE devra néanmoins compenser des émissions annuelles d’environ 90 000 tonnes de gaz à effet de serre qu’elle n’est pas en mesure d’éliminer pour le moment. Elle le fera par l’acquisition de certificats d’énergie renouvelable et de crédits de carbone.

« J’espère que ça va lancer un message au reste de l’industrie », affirme maintenant M. Parent.

De bonnes perspectives

Il n’y a « rien de positif » pour CAE dans la pandémie qui a très durement touché tout le secteur aéronautique au cours des derniers mois. L’entreprise montréalaise est quand même en position d’être moins touchée que les transporteurs aériens et les équipementiers.

« Pour nous, le meilleur indicateur, c’est le nombre d’avions qui volent », résume M. Parent. Peu importe le nombre de passagers qu’ils transportent. Les services de CAE ou de ses simulateurs sont requis à intervalles réguliers, environ tous les six mois, par les pilotes afin de maintenir leurs compétences à jour.

Or, le nombre de vols a chuté de façon moins draconienne que le nombre de passagers.

« Présentement, il y a encore environ le tiers de la flotte mondiale qui est clouée au sol, mais les deux tiers sont utilisés. »

Les mécanismes liés à l’ancienneté dans les conventions collectives des pilotes favorisent aussi indirectement CAE. Même s’ils gardent leur poste, de nombreux pilotes sont forcés de changer de type d’appareil, ce qui les force à passer par le simulateur.

CAE forme aussi des pilotes d’avions d’affaires, un secteur qui a été beaucoup moins durement touché.

Selon M. Parent, les investissements importants — environ 1 milliard — réalisés au cours des cinq dernières années dans les technologies numériques ont grandement facilité la conversion des activités au travail à distance.

« Non seulement on a été capables de passer à l’ère numérique, ça nous donne une longueur d’avance pour le travail à distance. On va pouvoir opérer beaucoup plus efficacement. »