La liste des détaillants frappés par les effets de la pandémie continue de s’allonger. La chaîne montréalaise Ernest, qui compte 37 magasins et 350 employés, s’est placée à l’abri de ses créanciers vendredi.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Spécialisé dans les complets et les vêtements décontractés, le détaillant fondé il y a 52 ans affirme que ses « difficultés financières sont attribuables à la COVID-19 ». La crise a réduit ses ventes, augmenté ses dépenses, affecté sa chaîne d’approvisionnement et ses liquidités.

Au cours des six premiers mois de l’année, les ventes ont totalisé 7,5 millions, ce qui est de « 63,5 % inférieur au niveau de vente enregistré à la même période de l’année précédente », précise le rapport du contrôleur, Ernst & Young (EY). Les dépenses ont pu être réduites, mais pas suffisamment. En conséquence, le détaillant a subi une perte avant intérêts, impôts et dotations aux amortissements (BAIIDA) de 3,6 millions.

Au cours de l’exercice clos le 31 janvier 2020, Ernest avait réalisé des ventes de 47 millions et un bénéfice avant intérêts, impôts et dotations aux amortissements de 1,35 million.

En entamant une restructuration en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, Ernest pourra fermer des magasins et réduire ses effectifs, mais aucun détail à ce sujet n’est fourni dans le document présenté au juge vendredi. On y apprend cependant que la Banque HSBC joue le rôle de prêteur intérimaire.

« Les prévisions de flux de trésorerie suggèrent [qu’Ernest] aura besoin de fonds supplémentaires au-delà de sa ligne de crédit actuelle auprès de la HSBC [qui est aussi un créancier garanti]. La prévision de flux de trésorerie suggère que les besoins de financement totaliseront environ 2 millions de dollars au maximum au cours des 13 prochaines semaines », précise aussi le rapport d’EY.

Collections majoritairement dessinées à Montréal

Contrairement à bon nombre de boutiques, Ernest propose majoritairement (80 %) ses propres collections (Anthony of London et Orvieto). Tout est dessiné à Montréal, tandis que la confection est confiée à des usines en Asie et en Turquie qui fournissent aussi de grandes marques internationales comme Hugo Boss, Diesel et Lacoste, avaient dévoilé les dirigeants à La Presse au cours d’un entretien il y a cinq ans.

Ernest est une entreprise familiale dont la première boutique a été ouverte en 1958 rue Sainte-Catherine Est par Ernest Iarrera.

En 2016, le président Marc Anthony Iarrera et sa sœur Carolyn (directrice des achats), enfants d’Ernest Iarrera (mort en 2014), voulaient profiter des baisses de loyer dans le marché pour ouvrir de nouveaux magasins, nous avaient-ils confié.

Ils avaient aussi décidé de revoir le marchandisage (l’art de présenter les produits en magasin), d’ajouter des écrans tactiles en magasin, de vendre des habits sur mesure et d’embaucher du personnel supplémentaire pour accroître la présence d’Ernest sur les réseaux sociaux.

> Relisez notre texte sur les ambitions d’Ernest

Jusqu’ici, le coronavirus a forcé une dizaine d’entreprises québécoises dans le secteur de la vente au détail à se placer à l’abri de leurs créanciers : Aldo, Reitmans, SAIL, DavidsTea, Laura, Tristan, Lolë (Coalision), Frank And Oak (Modasuite), etc.