Des propriétaires de cabanes à sucre et de salles de réception crient à l’aide alors que leur calendrier de réservations continue de se vider malgré le processus de déconfinement. Ces entrepreneurs craignent une hécatombe dans leur secteur d’activité sans une aide financière de Québec à très court terme.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

Stéphanie Laurin représente la troisième génération impliquée dans l’entreprise familiale de Sainte-Anne-des-Plaines, le Chalet des érables, et elle espère sincèrement ne pas voir disparaître l’institution fondée par son grand-père.

Elle explique que malgré les assouplissements aux mesures de prévention contre la COVID-19, les gens n’ont pas envie de célébrer des mariages ou des anniversaires en portant un couvre-visage et en demeurant assis. Ainsi, toutes les réservations sont remises à l’an prochain, les unes après les autres.

« Depuis le 13 mars, nos activités ont cessé à 95 %, sinon plus. La saison des sucres a été complètement annulée et la majorité des salles de réception dans l’association réalisent beaucoup d’évènements corporatifs, mariages, banquets, qui ont tous été reportés », rapporte Mme Laurin.

Par ailleurs, rien ne permet d’affirmer hors de tout doute que la situation sera différente en 2021, ce qui ajoute à la gravité du problème selon le vice-président Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), François Vincent.

« Les entreprises ont besoin de prévisibilité. C’est difficile dans cette situation pour de nombreuses entreprises présentes pour créer des moments de vie de famille importants et qui font partie du paysage culturel du Québec », mentionne-t-il.

Selon Stéphanie Laurin, les mesures de soutien aux entreprises offertes jusqu’ici par les deux ordres de gouvernement ne s’appliquent pas à leur modèle. D’une part, la subvention salariale n’est d’aucune utilité puisque les salles sont fermées, et d’autre part, l’aide au loyer est inutile puisque les exploitants sont propriétaires des lieux. Finalement, les prêts aux entreprises en difficulté offrent trop peu et entraînent l’effet pervers de plonger les PME dans l’endettement.

À ce sujet, François Vincent de la FCEI souligne que des mesures d’aide spécifiques ont déjà été prises pour les entreprises touristiques et les entreprises culturelles. « Donc, c’est possible d’avoir une certaine intervention pour répondre à une réalité particulière », affirme-t-il en remerciant les gouvernements pour tous les programmes déjà déployés.

Le groupe d’une quarantaine d’entreprises derrière la sortie publique de mardi a préféré créer sa propre association ad hoc pour défendre les intérêts spécifiques de leur volet de location de salles. Ils ont tout de même pu compter sur l’appui de la FCEI.

Récolte record

En mai dernier, le regroupement Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) annonçait une récolte record de 175 millions de livres de sirop d’érable. Toutefois, cette bonne nouvelle n’apporte que bien peu de réconfort aux érablières qui ont diversifié leur offre de service pour accueillir des groupes tout au long de l’année.

« La majorité du sirop que nous récoltons, nous devons le servir sur nos tables et cette année on n’avait pas de clients alors on a des surplus », résume Stéphanie Laurin du Chalet des Érables.

Des discussions seraient en cours entre PPAQ et Québec afin d’offrir des prêts sans intérêt équivalents à la valeur des surplus de sirop d’érable invendus. L’association qui regroupe les producteurs acéricoles affirme ne pas avoir été informée de la sortie publique de certains de ses membres, mardi matin, mais elle dit comprendre leur détresse.

Selon la directrice des communications corporatives de PPAQ, Hélène Normandin, ce sont 218 des 7400 producteurs de sirop d’érable qui accueillent le public à titre de restaurateurs.

En plus des discussions en coulisses concernant les surplus, d’autres échanges auraient lieu au sujet d’un appui financier pour le volet restauration.

D’après des données recueillies par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, ce sont 30 % des PME du secteur des arts et des loisirs (comme les salles de réception) qui envisagent sérieusement la faillite. Un taux semblable de 27 % des PME de l’hébergement et de la restauration songeraient au même scénario.