Le détaillant n'a pas déclaré de profits depuis 10 ans

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

La fermeture forcée des centres commerciaux au printemps a fortement nui aux résultats du Château. Alors que les ventes ont fondu de moitié, la perte nette a atteint 13,4 millions au cours du trimestre clos à la fin avril. Encore incapable de rembourser ses dettes, le détaillant réitère que son avenir demeure incertain.

Début juillet, en publiant ses résultats financiers annuels, Le Château avait précisé qu’il existait des « incertitudes importantes » qui remettaient en doute sa capacité à « poursuivre son exploitation ».

Un mois plus tard, la situation n’est guère plus reluisante.

« La capacité de la société à poursuivre son exploitation pour les 12 prochains mois exige qu’elle exerce une part importante de jugement et dépend, notamment, de sa capacité à obtenir le financement nécessaire », affirme l’entreprise montréalaise dans un communiqué diffusé vendredi soir.

Le Château précise devoir « respecter certaines conditions et certains engagements », dont « l’exigence de refinancer sa facilité de crédit renouvelable (de 70 millions) et son emprunt à terme subordonné (de 15 millions), à défaut de quoi un plan d’urgence devra être mis en place ».

Il ajoute que « rien ne garantit » le succès de ses démarches.

Par conséquent, la direction évalue les options qui pourraient s’offrir à elle si ces éventualités [l’incapacité à respecter ses engagements] se matérialisaient.

La direction du Château dans un communiqué

Le détaillant ajoute que la pandémie « a mis à rude épreuve » sa capacité « à retrouver la rentabilité ». Et il prévient ses parties prenantes que « de ce fait, rien ne garantit qu’elle sera en mesure de générer des flux de trésorerie des activités d’exploitation positifs ».

Baisse des ventes de 51 %

La perte nette pour le premier trimestre, qui s’est terminé le 25 avril, s’est établie à 13,4 millions (45 cents par action), comparativement à une perte nette de 10,8 millions (36 cents par action) à la même période l’an dernier.

La fermeture des magasins pendant quelques semaines a fait fondre le chiffre d’affaires à 17,7 millions, ce qui se compare à 36,1 millions au premier trimestre clos en avril 2019. La diminution atteint donc 51 %.

Le Château affirme par ailleurs avoir été en mesure, « en août », de conclure des ententes avec « la majeure partie des locateurs de ses magasins » en ce qui concerne ses loyers des derniers mois.

« L’incidence de ces ententes sera prise en compte dans les états financiers intermédiaires pour le troisième trimestre clos le 24 octobre 2020. »

Mesures exceptionnelles

Pour faire face à la crise, Le Château a mis à pied temporairement la majorité de ses employés, eu recours à la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), ajusté ses niveaux de stocks « en annulant, reportant ou réduisant les commandes », prolongé les modalités de paiement de ses fournisseurs et annulé ou reporté des « investissements non essentiels dans les immobilisations pour le reste de l’année ».

En outre, l’entreprise, qui fabrique environ 30 % de ses collections localement, s’est mise à la conception de chemises d’hôpital. Les revenus tirés de cette nouvelle activité n’ont pas été précisés.

Depuis cinq ans, Le Château a réduit de près de 50 % son réseau de magasins, qui est passé de 243 adresses à 124. Aucune fermeture additionnelle n’a été annoncée. La mise en œuvre du plan stratégique visant à réduire le réseau de vente au détail est « presque entièrement achevée », a-t-on indiqué. De leur côté, les investissements dans le commerce électronique continuent d’augmenter.

Ce n’est pas d’hier que le détaillant éprouve des difficultés financières : ses derniers profits remontent à 2010. En Bourse, son titre est passé en cinq ans de 55 cents à 5 cents environ.

L’enseigne a été fondée en 1959 par Herschel Segal, l’actuel président exécutif et chef de la direction de la chaîne DavidsTea, qui s’est placée à l’abri de ses créanciers au début juillet.