Le syndicat des débardeurs du Port de Montréal menace de déclencher dès lundi une grève de quatre jours.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Les 1125 débardeurs du Port, représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique, sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2018. Ils sont employés par l’Association des employeurs maritimes (AEM), et non par le Port lui-même.

Les négociations ont été longtemps interrompues dans l’attente d’une décision du Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) à savoir s’ils avaient ou non le droit de grève.

L’AEM a déposé en octobre 2018, avant même l’échéance de la convention, une requête visant à faire déclarer l’ensemble des activités des débardeurs comme essentielles, ce qui leur aurait interdit la grève.

Une décision en la faveur des syndiqués a été rendue le 8 juin dernier, soit plus de sept mois après la dernière des 32 journées d’audience – record canadien selon le syndicat –, tenues entre février et octobre 2019 ; 25 de ces journées avaient été consacrées à la présentation de la preuve de l’employeur. Les trois membres du Conseil appelés à trancher la question avaient aussi visité les installations du port.

Les syndiqués ont utilisé ce droit de grève pour la première fois pendant 40 heures, entre les 2 et 4 juillet dernier, sur deux terminaux de la Société Terminaux Montréal Gateway.

Le nouveau préavis de grève, transmis vendredi, prévoit un arrêt des activités sur l’ensemble du territoire du Port de Montréal, y compris à Contrecœur, à compter de 7 h, lundi matin, et jusqu’à 7 h, le vendredi suivant, soit quatre jours.

Comme ils s’y étaient engagés lors des audiences devant le CCRI, les syndiqués précisent qu’ils continueront d’effectuer « du travail de débardage relié aux opérations de navire céréalier ou à l’approvisionnement de Terre-Neuve-et-Labrador ». De nombreux biens essentiels parviennent à Terre-Neuve par l’intermédiaire de navires d’Oceanex, qui la relient régulièrement au port de Montréal. Les activités liées au vrac liquide ne seront pas non plus touchées.

L’AEM « extrêmement déçue »

Dans un bref communiqué, l’AEM s’est dite « surprise et extrêmement déçue » de la décision du syndicat de déclencher une nouvelle grève, « alors que les discussions allaient bon train ». Des négociations avaient lieu encore jeudi. Ni l’AEM ni le syndicat n’ont voulu accorder d’entrevue pour commenter la situation ou l’état des négociations.

« L’Administration portuaire de Montréal est préoccupée par cette situation, car les activités portuaires sont essentielles à la bonne marche de l’économie et, dans certains cas, pour la santé et la sécurité du public », a pour sa part écrit le Port de Montréal. « Un arrêt ou un ralentissement prolongé des opérations portuaires n’est pas souhaitable pour la chaîne logistique et d’approvisionnement ni pour les entreprises et citoyens qui bénéficient du transit des marchandises. Nous suivons donc la situation de près et nous espérons que l’employeur […] et le Syndicat seront en mesure d’en venir rapidement à une entente. »

Le conflit survient à un moment où, pour la première fois après six années consécutives de records, le volume de marchandises transitant par le port de Montréal affiche une baisse. Selon les données publiées par le Port, le transport de marchandises en vrac accusait un recul de 9 % à la fin de juin, tandis que celui des marchandises diverses était en baisse de 1,4 %.

Bien que la répartition soit relativement équilibrée, le mois d’août est généralement l’un des mois les plus occupés de l’année pour le transport de conteneurs au port de Montréal.