La popularité des boîtes-repas signées Marché Goodfood a été propulsée par la pandémie, ce qui a permis à l’entreprise montréalaise d’enregistrer une hausse de ses ventes de 74 % et de générer ses premiers profits depuis sa fondation en 2014.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Au cours du trimestre clos le 31 mai, Marché Goodfood a réalisé un bénéfice net de 2,8 millions sur un chiffre d’affaires de 86,6 millions. Cela se compare à une perte nette de 3,6 millions au cours de la même période un an plus tôt, sur des ventes de quelque 50 millions.

Sur une base annualisée, les revenus atteignent « un niveau record de 418,1 millions », une hausse de 116 millions en un an.

Ce chiffre de ventes était attendu « en 2023 », a précisé le cofondateur et chef de la direction, Jonathan Ferrari, au cours d’un entretien avec La Presse.

La crise a accéléré certains changements chez les consommateurs. Les années se sont transformées en mois.

Jonathan Ferrari, cofondateur et chef de la direction de Marché Goodfood

Pour démontrer l’ampleur des nouveaux comportements, M. Ferrari, manifestement heureux de profiter de la situation, précise qu’en début d’année, il évaluait que le marché canadien de l’épicerie en ligne atteindrait 10 milliards de dollars en 2023. Sa prédiction est maintenant de 23 milliards. La somme inclut les ventes réalisées par les supermarchés et les entreprises spécialisées dans les boîtes de repas en tous genres.

Paniers plus nombreux et plus remplis

Depuis le mois de mars, Marché Goodfood observe que ses clients — plus nombreux — remplissent davantage leur panier, possiblement pour limiter le nombre de sorties à l’épicerie. La valeur moyenne des commandes a ainsi augmenté « d’environ 10 % ».

Il faut savoir qu’en plus de ses repas prêts à cuisiner, l’entreprise a élargi son offre en début d’année pour y inclure 200 aliments de marque privée et une centaine de repas prêts à manger. Ces catégories ont eu un impact notable sur la croissance des revenus. La volonté est de faire grimper le nombre de produits « complémentaires » à 4000, a confié M. Ferrari.

Pour le moment, du moins, seuls les clients de Marché Goodfood peuvent voir cette nouvelle offre en ligne. Impossible pour les curieux de faire du lèche-vitrine. « On ne veut pas attirer des clients qui veulent juste faire leur épicerie », justifie Jonathan Ferrari.

L’offre inclut notamment du lait, des fromages, des fruits coupés (ananas, pamplemousse) et des pains à des prix semblables à ceux d’un supermarché traditionnel. Les repas qu’il suffit de faire réchauffer (quiche, saumon, pâtes) sont offerts à plus de 12 $ la portion.

La croissance des revenus a également été stimulée par une augmentation du nombre de nouveaux abonnés et une hausse du taux de commandes. Au 31 mai 2020, Marché Goodfood comptait 272 000 abonnés actifs, ce qui se compare à 189 000 à pareille date en 2019.

Défis et coût additionnels

Jonathan Ferrari se dit particulièrement fier d’avoir démontré que Marché Goodfood était « capable de faire des profits en amortissant [ses] coûts fixes sur des revenus plus élevés ».

Sans vouloir s’avancer sur les résultats des prochains trimestres, l’entrepreneur dit ne pas s’attendre à ce que les consommateurs reprennent leurs vieilles habitudes, car « les comportements renforcés pendant 30 jours ont tendance à devenir permanents ».

Malgré ces résultats financiers réjouissants, réalisés au cours d’un trimestre entièrement marqué par un confinement généralisé au pays (à quelques jours près), tout n’a pas uniquement été une partie de plaisir. « C’est difficile de comprendre pour les actionnaires en regardant les chiffres à quel point ces mois ont été difficiles pour notre équipe », a confié M. Ferrari.

À l’instar d’autres entreprises du secteur de l’agroalimentaire, Goodfood a dû mettre en place des protocoles sanitaires coûteux et composer avec les aléas d’une chaîne d’approvisionnement « significativement mise à l’épreuve ».

Certains de ses fournisseurs ont arrêté leurs activités temporairement ou roulaient au ralenti faute de personnel. Les approvisionnements en fruits et en légumes importés ont été particulièrement difficiles. En outre, un certain nombre d’employés ne voulaient pas rentrer au travail. Cette « pénurie énorme » a alors forcé le recours à des agences temporaires de personnel alors que le volume de ventes explosait.

La hausse du coût des aliments et de la main-d’œuvre (en raison des primes offertes) a pesé sur le bilan de l’entreprise. En somme, les coûts directs de la pandémie pendant le trimestre se sont élevés à 2,4 millions de dollars.

L’entreprise, dont la mission est « de réaliser l’impossible, de la ferme à la cuisine », a vu la valeur de son titre atteindre un sommet historique mercredi matin, à 6,44 $, pour clôturer la séance à 6,02 $ en hausse de 0,33 $ (+ 5,8 %).