En début de semaine, St-Hubert a vendu des canettes de gin tonic prêts à boire Romeo’s Gin pour accompagner la livraison de ses repas de poulet rôti… dans l’illégalité. La loi ne permet pas aux restaurateurs de vendre des spiritueux à emporter ou en livraison. Un règlement qualifié d’« archaïque et ridicule » par Nicolas Duvernois, grand patron de Duvernois Esprits Créatifs, l’entreprise derrière le Romeo’s Gin et la marque Pur Vodka.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Ce n’est pas comme si on vendait une bouteille de Jack Daniel’s sans nourriture, illustre M. Duvernois, qui admet ne pas saisir le bien-fondé de la loi. [Le Romeo’s Gin] n’est pas un spiritueux. C’est dans la catégorie des prêts-à-boire. Le vin, ça représente deux fois le pourcentage d’alcool de notre produit. »

« Je crois qu’il faut changer la loi, ne serait-ce que pour l’été », ajoute-t-il. Normalement, près de 20 % des ventes de cocktails Romeo’s Gin se font en restauration et dans les festivals. Or, la fermeture des salles à manger et l’annulation des grands évènements en plein air auront un impact sur les ventes. La nouvelle entente avec St-Hubert permettait à l’entreprise de donner de la visibilité à son produit. « On essaie tous de sauver quelque chose en ce moment », tient à souligner Nicolas Duvernois, qui a multiplié les appels jeudi avec le gouvernement pour tenter de mieux comprendre la loi.

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Nicolas Duvernois, grand patron de Duvernois Esprits Créatifs, l’entreprise derrière le Romeo’s Gin et la marque Pur Vodka

Selon l’article 28 de la Loi sur les permis d’alcool, les restaurants peuvent vendre, « pour emporter ou livrer, des boissons alcooliques accompagnées d’un repas, sauf la bière en fût, les alcools et les spiritueux », rappelle Joyce Tremblay, avocate et porte-parole de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). Il est donc possible pour les clients qui commandent du poulet, de la pizza ou d’autres plats à emporter d’ajouter à leur facture une bouteille de vin et de la bière en canette ou en bouteille. « [Mais] seule la SAQ peut faire la livraison de spiritueux », souligne Mme Tremblay.

C’est après avoir annoncé en grande pompe, jeudi, cette nouvelle collaboration avec M. Duvernois que la chaîne de rôtisseries a été rappelée à l’ordre par la RACJ. On a indiqué à St-Hubert que le cocktail, préparé avec du gin, était considéré comme un spiritueux. Tant du côté de St-Hubert que du côté de Duvernois Esprits Créatifs, on se défend en disant que l’on ignorait que le cocktail Romeo’s Gin – contenant 7 % d’alcool – ne faisait pas partie des catégories permises. Les canettes de gin tonic québécois apparaissaient déjà au menu de livraison offert en ligne depuis le début de la semaine.

À peine quelques heures après avoir reçu une lettre de la part de la RACJ, la chaîne a retiré le cocktail Romeo’s Gin de son menu. « Nous avions tellement hâte de proposer ce nouveau produit québécois, explique Josée Vaillancourt, directrice des communications du Groupe St-Hubert. Le produit sera disponible dès la réouverture de nos salles à manger. »

Même scénario à La Cage

En apprenant jeudi que St-Hubert n’avait pas le droit de vendre ses canettes de gin tonic, Jean Bédard, président de Sportscene, groupe qui gère La Cage–Brasserie sportive, a vite compris qu’il devait lui aussi retirer de son menu à emporter le Spritz Les Îles, autre prêt-à-boire québécois, également considéré comme un spiritueux, confirme la RACJ.

Ça m’a fait réaliser qu’on n’était pas corrects. Je vais envoyer une note à mes équipes pour suspendre temporairement les ventes. L’intention était bonne. On le faisait surtout pour aider les entreprises québécoises.

Jean Bédard

Jean Bédard ajoute qu’il a l’intention d’avoir des discussions avec le gouvernement à ce sujet. « On va demander au gouvernement de nous permettre [de vendre ces produits]. On va pousser. »

« L’histoire du Romeo’s Gin, un produit du Québec en plus, qui ne peut être livré avec un repas par un restaurant parce que fait de spiritueux, contrairement à la bière ou au vin, est un symbole pathétique de la lourdeur réglementaire en matière de vente et de service des boissons alcooliques et confirme la désuétude législative, écrit quant à lui François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec (ARQ), dans un courriel envoyé à La Presse. Le gouvernement a l’occasion de démontrer maintenant qu’il a de la considération pour nous. »