(Toronto) La pandémie de COVID-19 a pesé sur le deuxième trimestre de la Banque Scotia, entraînant une chute de ses profits et une augmentation de ses provisions pour pallier les mauvaises créances.

Tara Deschamps
La Presse canadienne

La banque établie à Toronto a affiché mardi un bénéfice de 1,32 milliard pour le trimestre clos le 30 avril, en forte baisse par rapport à il y a un an.

Les provisions pour pertes sur prêts de la banque ont totalisé près de 1,85 milliard pour le trimestre, soit plus du double de celles de 873 millions de la même période l’an dernier.

« Ce n’est pas une récession habituelle. […] Nous n’avons jamais vécu cela auparavant », a affirmé le chef de la direction de la Scotia, Brian Porter, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes.

« Nous sommes prudents. Il ne s’agit pas d’un évènement d’un ou deux trimestres. Le secteur bancaire ramassera des coquilles d’œufs cassés pendant plusieurs trimestres. »

M. Porter a reconnu que les résultats de la Banque Scotia avaient été touchés de façon importante par la COVID-19, mais a rappelé aux analystes que la banque et toutes ses divisions d’exploitation continuaient d’être rentables.

Il a ajouté que la banque était en bonne position du point de vue de ses capitaux et des liquidités, et qu’elle avait mis de côté les réserves appropriées pour affronter les éventuelles pertes sur créances.

Le profit de la Scotia pour le trimestre clos le 30 avril a atteint 1,00 $ par action, ce qui se comparait à un bénéfice de près de 2,26 milliards, ou 1,73 $ par action, pour le même trimestre l’an dernier.

Sur une base ajustée, la banque a indiqué avoir gagné 1,04 $ par action au cours du trimestre, comparativement à un bénéfice ajusté de 1,70 $ par action l’an dernier.

Les analystes s’attendaient en moyenne à ce que la Scotia fasse état d’un profit ajusté de 98 cents par action, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

La banque a passé la plus grande partie du trimestre à offrir des reports de remboursements de prêts et d’hypothèques à des clients aux prises avec les conséquences de la COVID-19 et son impact sur l’économie.

« J’ai souvent dit que le rôle des banques était d’agir comme un amortisseur en temps de crise. C’était vrai dans les périodes de difficultés précédentes et c’est certainement vrai aujourd’hui », a souligné M. Porter.

La Banque Scotia a offert un soutien total aux prêts d’environ 100 milliards, qui comprenait un allégement financier à plus de 300 000 clients au Canada pour des prêts totalisant plus de 40 milliards.

Dans l’Alliance du Pacifique, la banque a traité plus de deux millions de demandes de service client pour des prêts totalisant 20 milliards et pour soutenir les petites entreprises et les clients commerciaux, elle a accordé des prêts supplémentaires de plus de 45 milliards.

Les demandes de reports commencent à diminuer, après avoir atteint un sommet au Canada au cours de la première semaine d’avril, a noté M. Porter.

Entre-temps, la banque connaît une forte croissance au sein de sa filiale numérique Tangerine et de sa firme de courtage à escompte en ligne iTrade.

Gabriel Dechaine, analyste à la Financière Banque Nationale, a affirmé dans une note aux investisseurs que la performance de la banque était conforme à ses attentes, mais il garde un œil sur le rapport entre son portefeuille de prêts et les reports de paiement par rapport aux autres banques.

« À plus long terme, nous ne pensons pas que (la Scotia) ou une autre banque progressera sur une base soutenue jusqu’à ce qu’il y ait de la lumière au bout du tunnel du cycle de crédit », a-t-il ajouté.

L’analyste de Barclays, John Aiken, qui s’était attendu à ce que l’impact de COVID-19 sur les banques soit « laid », a estimé que les bénéfices de la Scotia étaient meilleurs que prévu parce que le crédit était meilleur que prévu.

Il soupçonne que la banque sera probablement récompensée pour ces résultats, mais prévient qu’il ne s’agit encore que des premières étapes du développement du crédit.

« Nous pensons que de plus grosses provisions sont plus probables dans les prochains trimestres », a-t-il affirmé.

« Les attentes voudront probablement que des provisions supplémentaires soient inscrites au cours des prochains trimestres, lorsque le véritable impact de la pandémie se fera sentir. »

L’action de la Banque Scotia a pris mardi 3,85 $, soit 7,4 %, à la Bourse de Toronto, où elle a clôturé à 55,84 $.