Des dentistes, optométristes, chiropraticiens et podiatres québécois appellent le gouvernement Legaut à l’aide : ils ont dû fermer boutique ou ne traiter que les urgences depuis un mois, mais n’ont pas droit aux indemnités des assureurs pour leurs pertes de revenus.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Une pétition en ligne lancée par l’Association des chirurgiens-dentistes du Québec, à laquelle s’est jointe une demi-douzaine d’autres associations représentant 7000 professionnels de la santé et 20 000 employés, a recueilli plus de 14 322 signatures en deux semaines. L’objectif : que Québec ordonne « le dédommagement par les assureurs de tous les professionnels de la santé détenant une assurance commerciale contre les pertes d’exploitation ».

En général, les polices d’assurance des entreprises et les polices d’interruption des affaires traditionnelles « n’offrent pas de couverture pour les interruptions d’activité ou les perturbations de la chaîne d’approvisionnement en raison d’une pandémie telle que la COVID-19 », indique par courriel Pauline Triplet, porte-parole au Bureau d’assurance du Canada.

Certaines entreprises et organisations peuvent toutefois avoir souscrit à une couverture « spécialisée » qui pourrait leur valoir une indemnisation, précise-t-elle.

De 100 à 3 patients

Cette interprétation, le DCarl Tremblay, président de l’Association des chirurgiens-dentistes du Québec, ne la partage évidemment pas. « Il n’y a pas d’exclusion formelle dans nos contrats concernant la pandémie. Quand ce n’est pas spécifiquement exclu dans un contrat, c’est parce que c’est inclus. Mais les assureurs ne le voient pas comme nous. On comprend que ça se chiffre pour eux en dizaines, sinon en centaines de millions de dollars en dédommagements. »

Quant aux professionnels de la santé qui auraient pu souscrire à une couverture spécialisée, il affirme n’en connaître aucun. Tous, par contre, sont durement frappés par les pertes de revenus engendrées par la fermeture de leurs cliniques. Il donne en exemple sa propre clinique, à Rouyn-Noranda, dont il est copropriétaire avec sa femme, où cinq dentistes pouvaient recevoir une centaine de patients par jour.

PHOTO JACQUES FRENETTE, FOURNIE PAR L’ACDQ

Le DCarl Tremblay, président de l’Association des chirurgiens-dentistes du Québec

« C’est maintenant uniquement ma femme qui se consacre aux urgences, et il y en a deux ou trois par jour. » Les trois autres dentistes ont cessé leurs activités, ce qui leur donne droit à la Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois. Le DTremblay et sa femme, en tant que propriétaires, n’ont accès qu’à des prêts dans le cadre de divers programmes gouvernementaux pour maintenir la clinique à flot.

En affaires depuis 28 ans, le DTremblay estime qu’il a les reins assez solides pour passer à travers la crise. Ce ne sera pas le cas de bien des professionnels, prévient-il. « Aujourd’hui, pour faire de la médecine dentaire, une clinique doit faire l’achat d’équipements médicaux de pointe qui demandent dès le départ un endettement élevé. Pour les dentistes propriétaires, c’est une situation qui va les rendre très précaires, voire les acculer à la faillite. »

Mesure exceptionnelle

M. Tremblay se félicite que plusieurs professions médicales se soient regroupées pour promouvoir cette pétition, qu’il veut déposer « quand on aura fait le plein de signatures ».

« À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Plus de 14 000 personnes l’ont signée, ce n’est pas rien. » Et si le dépôt de la pétition ne change rien ? Il n’exclut pas de recourir aux tribunaux, à l’instar d’une entreprise montréalaise, PANEX-EL, qui a déposé à la mi-avril une demande d’action collective contre Intact Assurance, qui refuse de la rembourser pour le « sinistre » de la COVID-19.

« Ça peut venir…, dit le DTremblay. Mais aucune action collective n’est autorisée pour le moment et nous, on veut faire avancer les choses avec cette pétition. On est tous dans le même bateau. »