En temps normal, le Groupe OEC s’organise pour que ses clients reçoivent dans les meilleurs délais ce qu’ils ont acheté à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, cet expert en logistique est plutôt forcé d’entreposer des conteneurs pleins sur des terrains dénichés d’urgence. Car les commerces et les usines, fermés pour la plupart, ne sont pas en mesure de recevoir leur marchandise.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Vêtements, pièces d’auto, meubles, équipement sportif, matières premières pour l’industrie aérospatiale, nourriture, produits pharmaceutiques… La liste de ce que la montréalaise OEC fait transiter d’un continent à l’autre est longue.

Et le ballet qui implique plusieurs modes de transport – camions, bateaux, trains, avions – et d’énormes sommes d’argent est minutieusement rodé afin que l’économie tourne rondement.

Mais en pleine pandémie, ça se corse.

Le président et chef de la direction, Marc Bibeau, donne l’exemple de la mode puisqu’il compte Tristan, Reitmans, Aldo, Michael Kors et TJX (Winners) parmi ses clients.

Avant le Nouvel An chinois (le 25 janvier cette année), qui s’accompagne d’une semaine de vacances, les usines mettent toujours le paquet pour terminer les collections de printemps et d’été destinées au marché canadien.

Cette année encore, tous ces vêtements ont pris la mer au cours de la première semaine de février, pour un voyage de 29 jours (jusqu’au port de Vancouver). Un trajet de sept jours supplémentaires en train, jusqu’à Montréal, attendait ensuite la marchandise.

Entreposage inopiné

Ces tonnes de robes et de chaussures sont donc arrivées ici au moment même où Québec décidait de tout fermer, c’est-à-dire le 13 mars, raconte M. Bibeau. « Pour la vente au détail, ça a vraiment eu un impact énorme. Ils ne savaient pas s’ils pouvaient opérer leur entrepôt. »

Résultat, le téléphone d’OEC (pour Overseas Express Consolidators) s’est mis à sonner. « J’ai 10, 20, 50 conteneurs, je fais quoi avec ça ? », lui demandait-on.

On a pensé outside of the box. On a trouvé des cours pour garder leurs biens en sécurité avec des gardiens jusqu’au jour où ils pourraient les reprendre. […] On a signé des contrats avec des transporteurs [entreprises de camionnage] qui ont aussi de l’espace. […] Ça nous a beaucoup aidés.

Marc Bibeau

Les conteneurs ont été empilés, jusqu’à six de haut. Les espaces utilisés par OEC en comptent actuellement « des centaines ». Mais partout au Canada, les grosses boîtes pleines qui attendent la réouverture de l’économie se comptent par milliers.

Explosion de « coûts inutiles »

Cet entreposage inhabituel occasionne évidemment des coûts additionnels importants. Tant pour les détaillants (ouverts, mais dont les entrepôts débordent car les ventes en ligne ne compensent pas celles perdues en magasin) que pour les entreprises manufacturières qui ne peuvent pas récupérer leurs biens puisqu’elles sont fermées.

Les lignes maritimes veulent ravoir leurs conteneurs après cinq jours. Si vous les gardez, ils vous chargent.

Marc Bibeau, qui compte 37 ans d’expérience dans le domaine de la logistique

Ces entreprises en ont besoin pour transporter des choses en Asie ou veulent rapporter les conteneurs vides en Asie au plus vite pour que l’usine du monde puisse continuer d’exporter.

OEC doit aussi payer des assurances et des gardiens. La facture est refilée aux clients. « Ce n’est pas un centre de profit pour nous », précise M. Bibeau, qui déplore ces « coûts inutiles » pour tout le monde.

Certains conteneurs ont pu être livrés à des détaillants qui vendent en ligne, notamment. Mais les vider tout en respectant les règles de distanciation physique n’a pas été une mince affaire. « Au lieu de prendre 90 minutes à vider, ça prenait 5 heures ! C’était le bordel ! »

En plus de leur travail habituel, les quelque 300 employés d’OEC au Canada s’affairent à faire entrer au pays de l’équipement de protection pour les employés du réseau de la santé. Un premier vol a quitté la Chine à destination de Toronto le 1er avril avec 86 tonnes de matériel médical. Depuis, d’autres arrivent chaque semaine, notamment à Montréal.

Le Groupe OEC se décrit comme « un leader mondial dans le secteur de la logistique et de la chaîne d’approvisionnement ». L’entreprise de l’arrondissement de Saint-Laurent dessert plus de 260 emplacements sur six continents.