(Toronto) Rogers Communications prévoit allonger près de 3 milliards en dépenses en capital cette année, mais ce montant pourrait être réduit si l’environnement réglementaire devenait moins favorable, a indiqué mercredi le chef de la direction de l’entreprise, Joe Natale.

David Paddon La Presse canadienne

La société torontoise a publié ses prévisions pour 2020, qui comprennent des dépenses en capital d’entre 2,7 milliards et 2,9 milliards, mais celles-ci présupposent une absence de changements négatifs dans l’environnement réglementaire.

« Si (la réglementation) change, nous réduirons notre investissement. Nous n’aurons pas le choix », a expliqué M. Natale lors d’une entrevue.

« Si nous perdons la confiance des actionnaires, alors par définition, notre coût de financement augmente. Ensuite, par définition, nous pouvons nous permettre d’investir moins. »

Cet avertissement survient alors que le gouvernement Trudeau et l’organisme de réglementation de l’industrie travaillent à tracer la voie à travers plusieurs questions litigieuses qui toucheront Rogers, Bell et plusieurs autres entreprises canadiennes de télécommunications et de médias.

« Alors que nous entrons dans le monde de la 5G, la certitude réglementaire est essentielle à l’investissement », a précisé M. Natale lors d’une conférence téléphonique avec des analystes.

« Nous avons besoin d’une réglementation qui encourage l’investissement et alimente l’innovation. Une réglementation punitive ralentira, ou pire, retardera le déploiement du 5 G et l’expansion de la connectivité rurale se fera à un rythme d’escargot, voire pas du tout. »

À la suite de ces remarques, M. Natale a précisé que la question réglementaire la plus critique pour Rogers était de savoir si les constructeurs des réseaux sans fil et fixes du Canada seraient obligés de vendre l’accès de gros à leurs concurrents à des tarifs trop bas.

Rogers, Bell et leurs pairs mènent des batailles similaires contre les opérateurs de réseaux mobiles virtuels (MVNO) et les fournisseurs de services internet indépendants, qui réclament de faibles tarifs de gros pour accéder à la plus grande infrastructure.

Les partisans des MVNO et des fournisseurs indépendants font valoir que ceux-ci peuvent fournir une option concurrentielle qui incite les géants des télécommunications à proposer aux consommateurs des prix plus bas et des services plus innovants.

Ceux qui s’y opposent affirment plutôt que ces entreprises n’ont pas fait des investissements en capital comparables et que l’accès aux grands réseaux ne devrait pas leur être garanti si cela compromet leur capacité à financer de futurs investissements.

M. Natale a souligné que l’environnement dépendrait d’un examen réglementaire des tarifs de gros des services sans fil, qui n’ont pas encore été fixés, et des appels contre les tarifs de gros des services fixes, établis en août par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Plus tôt mercredi, Rogers Communications a affiché un bénéfice de 468 millions pour son quatrième trimestre, un résultat inférieur aux attentes des analystes qui était en baisse de 7 % par rapport à la même période un an plus tôt.

Le bénéfice net par action de l’entreprise s’est établi à 92 cents, comparativement à celui de 97 cents, ou 502 millions, du quatrième trimestre de 2018.

Le bénéfice ajusté s’est chiffré à 1 $ par action, tandis que les revenus ont atteint 3,95 milliards. En comparaison, le chiffre d’affaires du même trimestre un an plus tôt avait été de 3,94 milliards.

Les analystes visaient en moyenne un bénéfice par action de 1,02 $, ainsi qu’un chiffre d’affaires de 3,95 milliards, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

Les activités sans fil de Rogers ont généré des revenus de 2,49 milliards au cours du trimestre, soit 1 % de plus qu’un an plus tôt, tout en ajoutant un total net de 131 000 abonnés postpayés pendant cette période.