Le départ de Car2Go (Share Now) de Montréal et de toute l’Amérique du Nord, annoncé une semaine avant Noël, ne signifie pas la fin de l’autopartage dans la métropole. 

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Communauto, l’entreprise québécoise fondée par Benoit Robert en 1994, est toujours là, rentable, solidement ancrée dans nos habitudes de partage de voitures ponctuel. 

Et sachant qu’elle n’a maintenant plus à partager le marché avec la société allemande, l’entreprise fondée à Québec va même ajouter 120 véhicules à son parc de voitures destinées au volet « Flex » dès janvier. Flex, c’est le programme de partage très souple du même type que Car2Go/Share Now qu’offre Communauto depuis 2013.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Communauto, l’entreprise québécoise fondée par Benoit Robert en 1994, est toujours là, rentable, solidement ancrée dans nos habitudes de partage de voitures ponctuel », écrit notre chroniqueuse.

Puis elle commandera et ajoutera de 200 à 300 véhicules au printemps pour répondre à la demande que créera le départ de l’entreprise allemande. 

Il n’a pas été long et ardu de décider de faire cet investissement.

« À Montréal, on a le luxe de savoir que les clients de Car2Go étaient là », explique Marco Viviani, vice-président au développement stratégique et porte-parole de la société, avant de me rappeler que le type de service d’autopartage spontané proposé par Car2Go/Share Now était déjà offert par Communauto six mois avant l’arrivée à Montréal de cette entreprise appartenant à Daimler, maintenant fusionnée au service d’autopartage de BMW, et qui s’appelle Share Now. 

Ce n’est donc pas une nouveauté pour les Québécois.

Communauto s’est lancée dans ce projet dès qu’elle a su que les Allemands s’en venaient ici.

Pourquoi alors est-ce que la marque de l’ancien Car2Go semblait si forte dans ce créneau précis ? 

Communauto a des voitures argentées, des Toyota de modèles moins excentriques que les Smart blanc et bleu de Car2Go, donc moins visibles, moins typées, moins frappantes. Les communications de la société ont traditionnellement toujours été plus efficaces et centrées du côté des francophones, de sorte que la présence de la marque était moins connue dans certains marchés, notamment anglophones, de la métropole, propose Marco Viviani comme début d’explication. 

Reste que l’entreprise, même si elle était plus discrète, contrairement à celle qui quitte Montréal faute de rentabilité, est, elle, profitable. Et ce, depuis longtemps. En deux ans, après le début de Flex, l’entreprise atteignait ses objectifs d’utilisation, affirme M. Viviani.

Pourquoi ?

Probablement parce que l’entreprise québécoise s’est positionnée différemment côté prix, explique son porte-parole. 

Au lieu de faire concurrence au marché du déplacement court, très bien servi par les transports en commun ou les taxis ou encore les Uber de ce monde, Communauto s’est toujours concentrée sur sa prémisse de base : offrir une solution de rechange à l’achat d’une voiture.

Le service Flex ne propose donc pas juste de pouvoir prendre une voiture pour une demi-heure ou une heure — au lieu de prendre le taxi ou le métro — à des prix intéressants, mais propose aussi des locations pour un jour ou deux ou trois, à des tarifs qui font concurrence aux entreprises de location de voiture traditionnelles. Et ce faisant, on répond à une demande différente : on donne aux clients le même sentiment que celui d’avoir une auto, pour un moment, pour la période où on en a besoin. « Nous, c’est 50 $ par jour, et 35 $ pour la deuxième journée. Pour tout un week-end, c’est abordable », note Marco Viviani. « La garder plus longtemps n’est pas prohibitif. »

Le service occupe donc un créneau dans l’écart entre faire appel à Uber (ou au bus, au taxi ou au métro) ou bien louer une voiture à l’ancienne.

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Communauto a été fondée en 1994 à Québec par Benoit Robert. « Il s’est dit : il doit y avoir moyen de partager les autos, et les Allemands le faisaient déjà », raconte Marco Viviani, expliquant que le but a toujours été, dès le départ, de trouver des façons de réduire le parc automobile global en optimisant l’utilisation de celui-ci. 

Au départ, le service était très simple. Un parc de voitures garées dans des stationnements spécifiques, à réserver pour un créneau horaire précis. 

La souplesse de type Car2Go ou BIXI — je prends mon auto sans la réserver, où je peux et veux, et je la rapporte quand moi j’ai décidé que c’était fini — est arrivée avec Flex, plus tard. 

Aujourd’hui, l’entreprise a 3000 voitures en circulation, dont 1100 au Québec — Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau —, 150 à Paris, ainsi qu’ailleurs au Canada – Ottawa, Edmonton, Halifax, Toronto, le sud-ouest de l’Ontario. « Et on regarde Calgary », ajoute Marco Viviani. En outre, le développement va bon train grâce à une nouvelle ronde de financement conclue à l’automne, qui a vu Investissement Québec prendre 24 % des parts de l’entreprise, et où la firme MacKinnon, Bennett & Co a aussi injecté des fonds. Communauto, dit Marco Viviani, s’est aussi dissociée du groupe Peugeot-Citroën, qui avait investi dans la société québécoise en 2016. Raisons ? Objectifs différents. 

Et que réserve l’avenir, outre la récupération des clients de Car2Go/Share Now ? Plus de véhicules électriques, bien sûr, une tendance déjà amorcée avec l’ajout constant de véhicules hybrides ou tout électriques. Les Corolla et Yaris à essence sont de plus en plus rares, remplacées par des Prius, des Leaf, bientôt des Niro de Kia. « Mais en Amérique, l’électrification n’est pas aussi facile qu’en Europe », note M. Viviani. Question d’infrastructures. De densité. 

Bref, l’autopartage ne cessera certainement pas avec le départ de Car2Go/Share Now. Mais 100 % électrique ? Ça, ce n’est pas pour demain.