Pierre Shoiry, vice-président du conseil d’administration du géant québécois du génie-conseil WSP Global, fait face à de sérieuses accusations déontologiques. L’ex-grand patron de la firme, autrefois appelée Genivar, devra se défendre la semaine prochaine devant le conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). 

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’ingénieur Pierre Shoiry est accusé de cinq infractions à son code de déontologie ou au Code des professions, selon le rôle d’audience du Conseil de discipline de l’OIQ. Le syndic de son ordre professionnel lui reproche de s’être engagé à verser un avantage, une ristourne ou une commission en vue d’obtenir un contrat ou lors de l’exécution de travaux d’ingénierie.

L’ingénieur est également accusé de s’être prêté à des procédés malhonnêtes ou douteux dans ses fonctions ou d’avoir toléré de tels procédés, d’avoir incité un confrère à commettre une infraction, d’avoir commis des actes dérogatoires à l’honneur ou à la dignité des membres de sa profession et de ne pas s’être acquitté de ses obligations professionnelles avec intégrité.

L’OIQ ne précise ni le contexte de ces infractions déontologiques ni la période au cours de laquelle elles auraient été commises.

Une audience publique est prévue vendredi prochain devant le comité de discipline de l’ordre professionnel. Pierre Shoiry a été PDG pendant plus de 20 ans de la firme d’ingénierie Genivar, devenue WSP Global il y a quelques années.

Un ancien dirigeant de Genivar, l’ingénieur François Perreault, a été reconnu coupable en mai dernier de plusieurs infractions déontologiques en lien avec un système de répartition de contrats entre les firmes d’ingénierie à la Ville de Montréal de 2002 à 2009. Son ancien collègue Yves Lortie de Genivar a plaidé coupable à des infractions similaires cette année.

Enquête Fronde de l’UPAC

Le nom du haut dirigeant de WSP Global se retrouve dans le mandat d’arrêt déposé en 2017 dans le cadre de l’enquête Fronde de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur un stratagème de répartition de contrats en échange de financement politique qui aurait été en vigueur entre 2004 et 2009 à Montréal. Pierre Shoiry ne fait toutefois face à aucune accusation criminelle.

Les accusés dans cette affaire, Robert Marcil, Kazimierz Olechnowicz, Bernard Poulin, Dany Moreau et Normand Brousseau, sont soupçonnés d’avoir comploté avec une dizaine de personnes, dont Pierre Shoiry, entre novembre 2001 et novembre 2009 pour commettre une fraude dans le cadre de l’attribution de contrats de services professionnels sur appels d’offres publics. Leur procès devait s’amorcer cet automne, mais les accusés réclament maintenant l’arrêt du processus judiciaire. L’ex-numéro deux de la Ville de Montréal Frank Zampino a déjà bénéficié d’un tel arrêt.

Jointe par La Presse, une porte-parole de WSP Global s’est abstenue de commenter l’affaire et nous a plutôt dirigé vers les états financiers 2018 de l’entreprise. WSP y indique avoir été informée en décembre 2018 d’une plainte déposée par le Bureau du syndic de l’OIQ contre M. Shoiry « relativement à des omissions, négligences et autres actes dérogatoires allégués » de nature déontologique.

« La plainte n’est ni dirigée ni formulée contre la Société. La Société s’emploie à prendre des mesures pour régler toutes autres éventualités liées à ce qui précède », peut-on lire dans le document, sans qu’y soit nommé directement M. Shoiry.

Le 20 septembre dernier, Pierre Shoiry a exercé des options pour ensuite vendre 307 184 actions à 78 $ chacune pour 24 millions de dollars. Il avait levé 307 184 options à des prix d’exercice entre 35 $ et 43 $. La différence entre ce montant et 24 millions de dollars donne le gain brut réalisé.

— Avec Richard Dufour, La Presse