Mitsubishi Aircraft confirmera demain l’ouverture dans la région de Montréal d’un centre d’ingénierie. L’acheteur du CRJ de Bombardier compte ainsi profiter de l’expertise locale pour peaufiner son propre avion régional.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

La multinationale japonaise avait indiqué dès juin dernier, à l’occasion de la tenue du Salon aéronautique du Bourget, son intérêt pour l’expertise québécoise.

« Nous croyons en Mirabel », avait alors indiqué, en entrevue à La Presse, le chef du développement chez Mitsubishi Aircraft, Alex Bellamy.

M. Bellamy a lui-même travaillé pendant cinq ans au développement de la C Series pour le compte de Bombardier, à Mirabel, avant de passer chez Mitsubishi. Sa famille habite toujours dans la couronne nord de Montréal.

L’expertise québécoise sera bien utile au sein de l’entreprise japonaise, qui tente depuis plus de 10 ans de lancer un nouvel avion régional, maintenant connu sous le nom de SpaceJet.

Le premier modèle de SpaceJet, le M90, devait à l’origine être livré en 2013. Il attend toujours sa certification et son entrée en service est maintenant prévue pour 2020. Mitsubishi a aussi annoncé au printemps le lancement d’un autre modèle, le M100, visant particulièrement le marché américain. C’est là que l’expertise québécoise, développée entre autres au sein du programme CRJ, pourrait lui être le plus utile.

« Des gens de talent »

« C’est difficile de mettre la main sur des gens de talent. On veut les faire travailler là où ils le veulent et les relier par la technologie », avait expliqué M. Bellamy en juin, quelques jours avant que son entreprise fasse l’acquisition du programme CRJ de Bombardier, transaction sur laquelle les deux entreprises avaient déjà confirmé travailler.

« La force de Montréal, c’est la flexibilité de penser des gens, rappelait-il à l’époque. Ils tendent à régler les problèmes de façon naturelle. Au sein de l’équipe de la C Series, il y avait cette mentalité d’“arrange-toi pour que ça marche”. On trouvait une façon de surmonter les obstacles. C’est ça, bâtir un avion, c’est surmonter les obstacles. »

Mitsubishi a déjà commencé à faire circuler une invitation en vue d’une journée de recrutement organisée samedi, à Montréal.

« Nous recrutons dans une gamme diversifiée d’expertises, en particulier des candidats avec une grande expertise en aviation, aérospatiale et gestion de projet », y indique simplement l’entreprise.

Registre des lobbyistes

Mitsubishi avait attiré l’attention, il y a quelques semaines, en s’inscrivant au registre des lobbyistes du gouvernement du Québec « afin de bénéficier d’une subvention, prêt ou autre forme de soutien financier à l’entreprise lié au programme aéronautique et/ou de recherche et développement liés à l’aéronautique ».

« L’industrie aéronautique québécoise est un bassin important de talent et de ressources, donc il est normal pour Mitsubishi Aircraft d’avoir des conversations exploratoires avec les dirigeants locaux », avait alors indiqué un porte-parole.