(Toronto) Les constructeurs automobiles canadiens affirment surveiller de près le conflit de travail chez General Motors aux États-Unis, alors que les travailleurs participaient mardi à une deuxième journée de grève. 

Ian Bickis
La Presse canadienne

Aux États-Unis, plus de 49 000 travailleurs syndiqués ont débrayé lundi, alors que leurs négociations achoppent sur diverses raisons, notamment les salaires, les soins de santé et la sécurité d’emploi. Il s’agit de la première grève chez le constructeur américain en plus de 10 ans. 

Selon l’analyste Dennis DesRosiers, les chaînes d’approvisionnement intégrées font en sorte que certains constructeurs canadiens en ressentent probablement déjà les effets, même si l’ampleur dépendra en grande partie de la durée de la grève. 

« Il y a un impact immédiat sur les fournisseurs au Canada, les Magna de ce monde fournissent des usines de GM aux États-Unis, et je suppose que dès hier, ils recevaient des instructions pour interrompre la production et attendre que la grève soit réglée. » 

Scott Worden, porte-parole de Magna International, a indiqué dans une déclaration que le fabricant de pièces était en mode attentiste et continuait de surveiller la situation, mais il a refusé de décrire l’impact du conflit jusqu’à maintenant. 

« Bien que Magna fournisse des produits GM à un certain nombre de programmes à l’échelle mondiale, il serait prématuré de se prononcer sur l’impact potentiel sur nos activités à l’heure actuelle », a-t-il affirmé par courrier électronique. 

D’autres fabricants de pièces, Linamar et Martinrea International, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires sur la grève. 

La porte-parole de GM Canada, Jennifer Wright, a affirmé que la société continuait de surveiller la situation et que ses activités au pays se poursuivaient normalement sur tous ses sites. 

Un porte-parole du syndicat des travailleurs unis de l’automobile (United Auto Workers) a indiqué mardi que les pourparlers avec le constructeur se poursuivaient, sans toutefois donner de détail sur les divergences entre les deux parties. 

Jonathon Azzopardi, président de l’association canadienne des fabricants de moules, a indiqué que les fournisseurs secondaires ne ressentiraient pas les impacts immédiats autant que les fournisseurs directs de pièces, mais s’inquiétaient des effets potentiels à long terme. 

« Ce qui nous préoccupe est davantage le potentiel effet boule de neige », a expliqué M. Azzopardi. 

Il a ajouté que si la grève avait un impact significatif sur la rentabilité, cela se traduirait peut-être par une diminution des investissements dans de nouveaux programmes et plateformes de véhicules qui stimulent les manufacturiers, comme les fabricants de moules. 

Les travailleurs américains de GM avaient débrayé pour la dernière fois pendant deux jours en 2007. Une autre grève, en 1998, s’était étirée sur 54 jours. 

La grève actuelle pourrait se prolonger, car les travailleurs ont beaucoup plus de poids grâce à la profitabilité récente des entreprises, par rapport aux difficultés rencontrées par le secteur en 2007, a souligné M. Azzopardi. 

« C’est la raison pour laquelle cette grève pourrait devenir moche, car la dernière fois que nous avons eu ce type de situation, l’effet de levier était lourdement du côté des [constructeurs automobiles], mais pas vraiment cette fois-ci. » 

Il a ajouté que la grève survenait à un moment délicat pour l’industrie, car les ventes d’automobiles devraient ralentir par rapport à leurs récents sommets et que le conflit de travail ne fera qu’aggraver les choses. 

« Lorsqu’on commence à avoir des perturbateurs comme celui-ci, cela rend la situation d’autant plus fragile. » 

M. DesRosiers a affirmé qu’il ne s’attendait pas à ce que cette grève dure très longtemps. 

« Je pense que les gens vont ultimement garder la tête froide […] et que la crise sera relativement courte. » 

Toutefois, il a ajouté que si les prévisionnistes avaient raison et si les ventes d’automobiles continuaient de diminuer, les négociations de l’année prochaine au Canada, entre Unifor et GM, seraient encore plus difficiles que celles en cours aux États-Unis. 

Le président d’Unifor, Jerry Dias, a affirmé lundi que les travailleurs canadiens de GM pourraient faire la grève l’année prochaine, car ils se sentent « trahis » par la société. 

GM mettra fin à la production de son usine d’assemblage d’Oshawa plus tard cette année, ce qui entraînera la perte de 2600 emplois syndiqués. La société envisage de convertir une partie de l’installation en une usine d’assemblage de pièces, ce qui permettra de sauver environ 300 postes.