Vous n’avez probablement jamais entendu parler de SITA, une entreprise qui emploie environ 4700 personnes dans plus de 135 pays, dont 300 à Montréal. Mais si vous avez déjà pris l’avion, il est presque certain qu’elle a déjà entendu parler de vous.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Établie à Genève, SITA fête cette année son 70e anniversaire. En mars dernier, elle a annoncé son intention de faire de Montréal, où elle employait déjà 290 personnes, son centre d’excellence en intelligence artificielle.

L’entreprise est pratiquement un incontournable du domaine de l’aéronautique. Ses produits sont partout, même si son nom est presque invisible. Dans le « meilleur » des scénarios pour SITA, un passager entre en contact avec elle, directement ou indirectement : 

– en achetant son billet d’avion auprès d’une compagnie aérienne qui utilise son système de réservation ;

– en s’enregistrant en ligne la veille de son vol ;

– en utilisant un terminal d’enregistrement à l’entrée de l’aéroport pour imprimer ses étiquettes de bagage ;

– en confiant sa valise à un point de dépôt libre-service ;

– en consultant les tableaux d’affichage de l’aéroport pour savoir si son vol est à l’heure ;

– lorsque l’employé de la compagnie aérienne utilise un terminal partagé à la porte d’embarquement ;

– quand il achète un droit d’accès au réseau WiFi de l’appareil, puis quand il utilise ce réseau ;

– quand les informations à son sujet parviennent aux autorités gouvernementales de son pays de destination avant son arrivée ;

– pour retrouver sa valise si elle ne l’a pas suivi à destination.

Entre-temps, les pilotes de son avion pourront aussi avoir utilisé des logiciels et équipements de SITA pour établir leur plan de vol avant le départ, le modifier si nécessaire en cours de route ou recevoir des informations importantes sur leur terminal ACARS par ondes radio durant le vol.

Les logiciels utiles aux pilotes, qui font partie de la filiale SITAONAIR, sont d’ailleurs l’une des spécialités du bureau montréalais de SITA.

« La moitié de SITAONAIR est à Montréal », résume Stéphane Villeneuve, vice-président aux affaires commerciales pour l’Amérique de SITAONAIR.

Des données à la tonne

Dans un monde où les données sont décrites comme étant la ressource ayant la plus grande valeur, SITA est assise sur une montagne de données provenant des avions eux-mêmes, des systèmes de gestion des bagages, des déplacements des passagers dans les aéroports, etc.

Un avion moderne peut générer de 30 à 35 Go de données pour un seul vol.

Stéphane Villeneuve

C’est la raison pour laquelle l’entreprise a commencé à dynamiser ses efforts en intelligence artificielle, particulièrement à Montréal. Il y a notamment des efforts à faire pour optimiser la circulation à l’intérieur des aéroports et le temps que passe un avion au sol avant de reprendre les airs, puisque le trafic aérien est appelé à doubler au cours des 20 prochaines années, mais que le nombre d’aéroports progresse beaucoup plus lentement.

Les outils de prédiction conçus par SITA ont permis à l’aéroport de Singapour de faire passer sa période de visibilité sur les arrivées de 45 minutes à 5 heures. En ayant une meilleure idée des vols qui arriveront en retard ou en avance, il peut réduire les délais au sol, explique Jean-Paul Isson, chef de la science des données et de l’intelligence artificielle pour SITA.

Centre de surveillance

C’est aussi à Montréal que SITA a installé l’un de ses deux centres de surveillance. En alternance avec celui de Singapour, avec lequel le décalage horaire est précisément de 12 heures, quelques dizaines d’employés veillent en tout temps à l’intégrité des multiples systèmes de l’entreprise.

Un peu moins d’une centaine d’employés montréalais sont affectés à ce centre, inauguré en 2010. Ils y gèrent à distance pas moins de 260 aéroports. La tâche peut être banale, comme avertir un technicien sur place qu’une borne d’enregistrement manque de papier, ou plus significative, quand elle touche par exemple aux systèmes de gestion des bagages.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Gustavo Romero, directeur des opérations du centre de surveillance de SITA

« Les règles de sécurité imposent que l’on sache exactement où est chaque bagage en tout temps, pour éviter qu’il reste à bord si un passager ne monte pas dans l’avion », précise Gustavo Romero, directeur des opérations du centre de surveillance.

L’entreprise fondée par des transporteurs aériens fonctionne un peu à la manière d’une coopérative. Pour en être client, il faut en être membre. Plus un client génère de revenus, plus grande est sa part de l’entreprise. Celle-ci compte actuellement environ 400 membres. La moitié de ses clients sont des transporteurs, le quart sont des aéroports.