Vidéotron a lancé hier Helix, une nouvelle plateforme appelée notamment à remplacer illico. Handicapée depuis quelques années par un retard technologique sur sa rivale Fibe, de Bell, Vidéotron se croit maintenant armée pour renverser la tendance et mieux résister à l’érosion des abonnements à la télévision traditionnelle. 

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Pour Vidéotron, Helix, c’est plus qu’un simple nouveau service télé. C’est un écosystème complet, conçu pour faire taire les chants des sirènes du désabonnement, a fait valoir son président et chef de la direction Jean-François Pruneau.

Achetée à l’américain Comcast, plus grand câblodistributeur en Amérique du Nord, la plateforme Helix permet à Vidéotron d’entrer dans l’ère de la télévision par protocole IP, ouvrant ainsi la voie à une série d’améliorations technologiques. Elle crée aussi un écosystème qui, espère l’entreprise, va ralentir ou freiner la tendance à délaisser la télé traditionnelle pour se tourner uniquement vers les plateformes Web.

« On pense que l’intégration des plateformes de visionnement en ligne, du Web et de la télé traditionnelle dans le même écosystème va faire en sorte que les gens vont rester, parce qu’ils vont vouloir l’engin de recherche, parce qu’ils vont vouloir la télécommande vocale, parce qu’ils vont vouloir la maison connectée… Ça va favoriser qu’ils restent dans l’écosystème, plutôt que de les voir partir », a plaidé M. Pruneau dans une entrevue en marge de la conférence de presse du lancement d’Helix. 

En misant son avenir sur la plateforme X1, Vidéotron s’est-elle installée à la remorque de Comcast et a-t-elle perdu le contrôle de son propre développement ? Ça n’inquiète pas vraiment M. Pruneau.

Premièrement, Comcast est le plus gros câblodistributeur en Amérique du Nord, donc ils comprennent bien les besoins et les attentes des consommateurs. Ça, ça me donne beaucoup de confiance sur les développements technologiques futurs. Mais notre marché n’est pas une copie carbone de celui des Américains.

Jean-François Pruneau

« La bonne nouvelle, c’est qu’au Canada, il y a Rogers et Shaw qui utilisent la même plateforme. Ensemble, on a un pouvoir d’influence important. Il y a des choses qu’on a fait rajouter sur la plateforme auxquelles Comcast n’avait même pas pensé. »

Shaw (BlueSky) et Rogers (Ignite) ont lancé leurs plateformes inspirées de X1 en 2017 et 2018 respectivement. Il a fallu un peu plus de temps à Vidéotron, surtout pour s’assurer que la commande vocale, autour de laquelle s’articule une grande partie du marketing de la plateforme, comprenne les Québécois.

Ces efforts importants en vaudront la peine, croit M. Pruneau.

« Tu l’essaies, tu ne t’en passes plus. Ça facilite tellement la navigation, la recherche de contenus. Aujourd’hui, tu rentres dans un menu, par exemple “Club illico”, tu rentres dans “Séries”, tu te mets à te promener. Avec ça, tu dis “La servante écarlate”, il apparaît et il part tout de suite. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Achetée à l’américain Comcast, plus grand câblodistributeur en Amérique du Nord, la plateforme Helix permet à Vidéotron d’entrer dans l’ère de la télévision par protocole IP, ouvrant ainsi la voie à une série d’améliorations technologiques.

Il est bien conscient que la patience des utilisateurs avec les systèmes de commande vocale est limitée. Deux ou trois essais infructueux et elle sera mise au rancart, ce qui annulera un élément distinctif sur lequel on mise beaucoup.

« Effectivement, et j’ai bien confiance que ce ne sera pas le cas. »

Des questions sur la 5G

Helix lancé, la prochaine grande phase de développement technologique de Vidéotron devrait être le déploiement d’un réseau 5G.

Même si les normes technologiques de la 5G n’ont pas encore été tout à fait fixées, Vidéotron est déjà « en mouvement » dans ce dossier, selon son président.

« On est en choix de fournisseur à l’heure actuelle. C’est un projet à long terme, ce n’est pas un projet dont on va accoucher dans les 12 prochains mois, mais on est en action. De mémoire, notre premier site devrait être déployé d’ici la fin de l’année. »

L’important déploiement de capital nécessaire à la construction d’un réseau 5G incite plusieurs fournisseurs partout dans le monde à « se questionner sur la taille de l’investissement versus le bénéfice économique », reconnaît-il.

Il y a toutefois de nouvelles avenues à exploiter pour dégager des revenus, envisage-t-il.

« La 5G va amener plus de vitesse, plus de capacité, mais aussi une réduction de la latence. Et avec cette latence, il y a de nouvelles applications qui vont se présenter pour dégager des revenus additionnels. On peut, par exemple, penser à la capacité d’opérer quelqu’un à distance.

« Le fait d’ajouter plus de capacité au réseau ouvre la voie à l’internet des objets massif, un marché dans lequel nous ne sommes pas à l’heure actuelle. Le jeu vidéo exige des réseaux avec très peu de latence. Aujourd’hui, nous ne sommes pas très forts là-dedans. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Helix est un écosystème complet, conçu pour faire taire les chants des sirènes du désabonnement, a fait valoir le président et chef de la direction de Vidéotron, Jean-François Pruneau.

Jean-François Pruneau en bref

Nommé à la tête de Vidéotron au tout début de l’année 2019, Jean-François Pruneau était jusque-là le chef de la direction financière de la société mère Québecor, un poste qu’il occupait depuis 2010. « J’ai rarement vu un chef de la direction financière avec un sens des affaires et des opérations aussi développé », avait indiqué Pierre Karl Péladeau dans le communiqué annonçant sa nomination chez Vidéotron. M. Pruneau travaille chez Québecor depuis 2001, toujours dans des postes liés aux finances. Il avait auparavant brièvement occupé des postes chez Bell et au CN.

Jean-François Pruneau à propos de…

Huawei

Comme d’autres pays occidentaux, le Canada hésite à permettre à ses opérateurs sans fil d’utiliser les équipements de la chinoise Huawei, par crainte d’espionnage. C’est embêtant pour Vidéotron, qui soupèse actuellement ses options. « Présentement, on n’utilise Huawei dans aucune de nos composantes réseau. On vend des téléphones, mais rien dans le réseau. S’ils décident de les interdire, on n’a pas à défaire des choses. On va laisser les politiciens prendre cette décision. Mais ce n’est pas facile, on a hâte qu’une décision soit prise. »

illico

Peu d’entreprises peuvent se permettre de tourner le dos à une marque aussi connue qu’illico. « On ne va pas le faire du jour au lendemain. On va laisser les Québécois s’adapter à cette nouvelle marque. Mais compte tenu de la valeur technologique de l’écosystème Helix, il nous semblait très important de vraiment créer une nouvelle marque pour séparer le système, montrer la cassure technologique. »

Les revendeurs

Le CRTC a annoncé il y a quelques jours une décision fort impopulaire parmi les grands opérateurs de télécommunications. Celle-ci réduit les tarifs que doivent leur verser les petits fournisseurs qui revendent l’accès à leur réseau. « On est très déçus de la décision, on pense qu’il y a des éléments de l’analyse qui ont été escamotés et on regarde l’ensemble de nos recours. Ceci dit, les petits fournisseurs vont arriver avec une connectivité et un prix. Nous, on arrive avec quelque chose qui va les déclasser d’un point de vue technologique. Ce n’est pas juste une connectivité qu’on rentre dans la maison, c’est un écosystème. »

Le développement hors Québec

Sauf Ottawa, où son réseau mobile est offert, Vidéotron n’est active qu’au Québec, où sa position devient de plus en plus importante. À long terme, faudra-t-il en sortir pour maintenir la croissance ? « On avait illico, maintenant Helix, dont la cible est surtout les familles. On a développé un nouveau produit, Fizz, qui vise une cible totalement différente, mais toujours dans notre marché. Mais oui, peut-être qu’à un moment donné, on va se dire qu’on a moins d’opportunités au Québec et qu’il faut aller à l’extérieur. Si ça fait du sens économiquement, clairement, ce n’est pas exclu. »

Plus que du rattrapage

Handicapée pendant des années par un certain retard technologique sur sa grande concurrente Bell Fibe, la plateforme télévisuelle de Vidéotron fait un important rattrapage avec le lancement d’Helix.

« Illico, tel qu’il existait et existe encore, concurrençait et continue de concurrencer très bien Fibe, affirme le président et chef de la direction de Vidéotron, Jean-François Pruneau.

« Bon, il y a des fonctionnalités à gauche et à droite que nous n’offrions pas, mais il était en mesure de concurrencer parce que nous avons été capables de créer un écosystème de contenu, par exemple avec Club illico ou illico sur demande, qui se différenciait de celui de Bell.

« Là, on s’en va complètement ailleurs. C’est inégalé. »

Regarder intégralement une émission attrapée après son début (fonction « Rejouer »), télécharger des enregistrements pour une écoute hors ligne sur des appareils mobiles et un terminal télé sans fil sont quelques-unes des fonctionnalités offertes par Bell auxquelles les clients de Vidéotron auront maintenant accès.

Helix va aussi plus loin avec sa télécommande vocale, l’intégration directe à ses résultats de recherche de résultats provenant de services internet comme Netflix ou YouTube, l’accès à des statistiques sportives ou encore des suggestions de contenus faites à la main par une équipe consacrée à cette tâche.

Un meilleur accès à l’internet

Le service Helix comprend aussi une borne d’accès à l’internet améliorée, qui offre entre autres des possibilités de gestion facile à distance et de contrôle parental. Ceux qui disposent d’une maison grande ou peu accueillante pour le signal sans fil pourront aussi y ajouter de petits modules d’extension pour créer un réseau maillé, comme le permettent de plus en plus de routeurs sans fil depuis quelques années.

« L’introduction d’Helix met la table pour une nouvelle bataille de la guerre de la connexion filaire au Québec », a écrit hier l’analyste Adam Shine, de la Financière Banque Nationale.

« Le lancement d’une plateforme de télé IP par Vidéotron arrive alors que Bell accélère depuis le début de 2019 son déploiement de fibre optique au Québec et, ce faisant, améliore sa compétitivité en termes de vitesse de connexion, où elle était derrière le câblodistributeur jusqu’à présent. »