C’était le jour de la marmotte, hier, chez Bombardier. Comme il y a trois mois, l’action de l’entreprise s’est effondrée après l’annonce d’une révision à la baisse de ses prévisions financières pour 2019, attribuée aux cinq mêmes projets problématiques. Celle-ci a perdu près de 16 % de sa valeur, hier, à la Bourse de Toronto, après que Bombardier eut annoncé qu’elle prévoyait dépenser de 250 à 300 millions de dollars supplémentaires d’ici la fin de l’année pour régler les problèmes de sa division Transport. État de la situation. 

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Cinq projets maudits

Cinq projets ferroviaires – en Allemagne, en Suisse, à New York et deux à Londres – sont responsables des maux qui affligent Bombardier depuis maintenant près d’un an. Ils attendent, a expliqué hier la direction de l’entreprise, de franchir l’une ou l’autre de ces étapes : la finalisation des logiciels, l’homologation ou l’acceptation par le client.

En attendant, l’entreprise compte maintenant plus de 700 voitures terminées en stock, ce qui pèse lourd sur ses résultats en ce moment. Dans l’état actuel des choses, plusieurs livraisons sont prévues pour la toute fin de l’année. Il n’est pas donc pas exclu que certaines ne surviennent en fait que l’an prochain.

« L’important, c’est que même si la livraison pourrait être retardée, l’argent va éventuellement se retrouver chez Bombardier », a assuré à ce sujet l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

De nouvelles dépenses

Il y a trois mois, Bombardier avait réduit ses projections de revenus pour 2019 de 1 milliard de dollars américains, pour les ramener à 17 milliards. Ses prévisions de bénéfice d’exploitation, elles, étaient passées d’une fourchette de 1,15 à 1,25 milliard à une fourchette de 1 à 1,15 milliard, principalement à cause des cinq projets ferroviaires.

Cette fois, ce sont les dépenses qui augmentent. Bombardier estime qu’elle devra débourser de 250 à 300 millions supplémentaires pour régler les problèmes chez sa division Transport. La marge de profit anticipée de celle-ci est donc ramenée de 8 % à 5 % et le bénéfice d’exploitation prévu est encore réduit (de 700 à 800 millions, plutôt que de 1 à 1,15 milliard).

Pour la première fois hier, la direction a abordé l’impact potentiel du débordement de ces projets problématiques sur les prochains projets dans ses cartons. C’est pour éviter un tel impact qu’elle investit, explique-t-elle, mais elle a déjà réservé une partie des 250 à 300 millions additionnels pour indemniser certains de ces autres clients.

Répercussions sur la crédibilité

Au-delà de l’impact financier direct des nouvelles annoncées hier, ce sont leurs répercussions sur la crédibilité de la direction de l’entreprise qui pourraient affecter le cours du titre de Bombardier à court et à moyen terme.

Le président et chef de la direction, Alain Bellemare, et le chef de la direction financière, John Di Bert, ont fait face hier à un barrage de questions des analystes financiers lors d’une téléconférence.

« L’éléphant dans la pièce, c’est : pourquoi devrions-nous croire qu’il s’agit d’une entreprise qui peut livrer une marge de 8 % de façon constante ? a demandé Ronald Epstein, de Bank of America/Merrill Lynch. Je suis cette entreprise depuis longtemps, c’est un cycle. […] Qui nous dit que dans trois ans, il n’y aura pas cinq autres contrats problématiques ? Et trois ans plus tard, encore cinq autres ? »

Walter Spracklin, de RBC Marché des capitaux, a lui aussi pointé la question de la crédibilité, dans une note par ailleurs plutôt optimiste.

« Nous croyons que les problèmes opérationnels actuels dans ces cinq projets menacent de faire dérailler la crédibilité de la direction. »

« La direction de Bombardier devra rebâtir sa crédibilité auprès des investisseurs avec une bonne exécution dans les prochains trimestres », a de son côté jugé M. Doerksen.

Avions d’affaires : en affaires

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le premier avion d’affaires Global 7500, de Bombardier, lors de son dévoilement en décembre dernier

Voilà plusieurs années que les divisions aéronautiques de Bombardier sont celles qui posent problème. C’était tout le contraire hier, alors qu’il n’y avait à peu près que de bonnes nouvelles de ce côté, en particulier dans le volet des avions d’affaires.

Les résultats de Bombardier Avions d’affaires ont dépassé les prévisions de la plupart des analystes et la demande semble très bonne, comme l’indique la prise de commandes représentant 1,2 fois les ventes au cours du trimestre.

Un client a annulé cinq commandes d’avions CRJ qui devaient être livrés d’ici la fin de l’année, mais l’impact reste marginal, en raison surtout des faibles gains, voire des pertes, réalisés par Bombardier sur chacun d’eux.

Même si seulement trois avions d’affaires Global 7500 ont été livrés dans la première moitié de l’année, et qu’il ne devrait y en avoir que trois autres au troisième trimestre, l’entreprise soutient qu’elle en livrera de 15 à 20 au total cette année. Ces avions sont tous déjà en phase finale d’assemblage à Montréal, assure-t-on.

Vent d’optimisme

Même si le titre a perdu 15,9 % de sa valeur, hier, pour s’établir à 1,91 $ et effacer plus de 765 millions de dollars de valeur boursière, un vent d’optimisme continuait de souffler chez les analystes financiers.

« Nous avons complété une évaluation détaillée des contrats gagnés par Transport depuis trois ans et nous croyons que leur profil de risque est beaucoup plus faible que celui des programmes actuellement en livraison », rassurait ainsi Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

Walter Spracklin, de RBC Marché des capitaux, juge quant à lui que le nouveau patron de la division Transport, Danny Di Perna, réussira à régler les problèmes. Surtout, il voit apparaître une occasion.

« Nous insistons sur le fait que la valeur de cette entreprise est bien plus dépendante des opportunités de croissance dans les avions d’affaires, surtout le Global 7500. En conséquence, nous croyons que la réaction du titre reflète le pire de la situation chez Transport et nous la voyons comme une opportunité de participer à l’important potentiel du Global 7500. »