En achetant son compétiteur, Air Canada devrait tout de même préserver la marque Transat, afin de garder la confiance des voyageurs, qui verront vraisemblablement le prix des billets d’avion augmenter pour certaines destinations, estiment les spécialistes interrogés par La Presse.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Avec la conclusion de cette nouvelle entente, le client y perdra-t-il au change ? Tout dépend du lieu de voyage choisi. S’il croit à une possible augmentation des prix, Mohamed Reda Khomsi, professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal, estime qu’« il faut regarder ça marché par marché ».

Il cite en exemple le cas de la ville de Lyon, en France, vers laquelle seules Transat et Air Canada offrent des vols directs à partir de Montréal à raison de 10 départs par semaine. Le spécialiste est convaincu que l’entreprise canadienne ne conservera pas tous les vols des deux compagnies aériennes. Par conséquent, les prix pour cette destination risquent d’être moins compétitifs, analyse-t-il.

Même chose pour Tel-Aviv, marché occupé uniquement par les deux transporteurs. Encore une fois, le professeur prévoit une augmentation « inévitable » du coût du billet d’avion. Cancún et Paris, vers lesquels on compte respectivement 21 et 59 (en été) départs à partir de Montréal-Trudeau, pourraient aussi devenir un peu plus onéreux.

Pour André Desmarais, président de la section Québec de l’Association canadienne des agences de voyages (ACTA), également propriétaire de l’agence Aéroport Voyage, il ne fait pas de doute que la disparition d’une entreprise aérienne aura un impact sur le budget des voyageurs.

« Ça va augmenter les tarifs. Je pense que les clients voyagent parce que les tarifs sont raisonnables. » — André Desmarais

Il craint par ailleurs une diminution de ses ventes si les gens renoncent à boucler leur valise pour mettre le cap sur un pays étranger.

Plus nuancé, Patrick Giguère, directeur de l’agence Voyages Constellation, s’attend à une légère augmentation des prix, sans plus. Il rappelle que d’autres compétiteurs comme WestJet, Corsair et Sunwing sont toujours dans le paysage.

Préserver la marque

Et même une fois la transaction officialisée, ce n’est pas demain la veille que les appareils de Transat seront repeints pour arborer la feuille d’érable rouge d’Air Canada, croit André Desmarais, de l’ACTA. « Ça serait une mauvaise carte d’éliminer totalement Transat, estime-t-il. Je pense qu’ils [Air Canada] vont garder l’entité pendant un bon moment. »

« Qui va intégrer qui ? se demande pour sa part Mohamed Reda Khomsi. L’image de marque de Transat est beaucoup plus forte que celle d’Air Canada Rouge [filiale à bas coût d’Air Canada] », affirme-t-il.

D’après Patrick Giguère, de Voyages Constellation, « les deux entités vont continuer à être gérées de manière autonome ». « Ça ne serait pas à leur avantage de faire disparaître la marque, souligne-t-il. Ça donnerait l’avantage à Sunwing. »

Lien de confiance

Par ailleurs, les voyageurs qui ont déjà réservé leur forfait voyage à Punta Cana pour décembre prochain avec Air Transat peuvent dormir sur leurs deux oreilles : ils s’envoleront comme prévu, répondent d’une même voix les spécialistes interrogés.

« Est-ce qu’il va y avoir un changement d’horaire ? C’est possible, souligne le président de l’ACTA. Est-ce qu’ils vont voyager dans un avion d’Air Canada Rouge ? C’est possible. Mais les contrats vont être respectés. »

« Il n’y a rien qui change aujourd’hui, a tenu à préciser Christophe Hennebelle, vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques de Transat. Les contrats et les réservations seront honorés. »