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Loop Industries veut aider Pepsi et Coke à prendre le virage vert

Daniel Solomita... (PHOTO RYAN REMIORZ, PC)

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Daniel Solomita

PHOTO RYAN REMIORZ, PC

STÉPHANE BLAIS
La Presse Canadienne
Montréal

Les fabricants de bouteille d'eau et de boisson gazeuse utilisent peu ou pas de plastique recyclé dans la fabrication de leur produit, mais certains géants de l'industrie comme Pepsi, Coca-Cola, L'Oréal, Unilever et Danone se tournent maintenant vers Loop Industries, une entreprise de Terrebonne, pour fabriquer des bouteilles qui seraient « entièrement recyclées et entièrement recyclables ».

Daniel Solomita voit grand pour l'entreprise qu'il a démarrée dans le garage de sa résidence de Lorraine, dans Lanaudière, en 2014.

À l'époque, l'ingénieur et un partenaire, le chimiste Hatem Essaddam, ont construit un laboratoire de fortune, fabriqué avec des produits achetés à la quincaillerie locale, dans le but d'y faire des expériences. Ils espéraient développer une nouvelle technologie pour recycler le plastique de type PET (polyéthylène téréphtalate), utilisé dans la fabrication de bouteilles de plastique.

Après un an, le duo réussit un exploit et parvient à recréer du plastique vierge de type PET à partir de déchets de plastique de toutes sortes. Essentiellement, il a mis au point un procédé qui permet de « dépolymériser » le plastique PET pour revenir à ses molécules de base, ce qui permet de le recycler indéfiniment.

« C'est là qu'on a compris qu'on détenait quelque chose d'intéressant », lance Daniel Solomita, en entrevue avec La Presse canadienne.

Les deux hommes fondent alors Loop Industries et ouvrent une usine-pilote à Terrebonne. Ils décident ensuite d'approcher l'un des plus grands fabricants de plastique PET au monde, l'entreprise thaïlandaise Indorama.

M. Solomita se souvient de la réaction du principal financier d'Indorama, lorsque le duo lui a présenté sa nouvelle technologie : « Il m'a dit : "si ce que vous dites est vrai, vous méritez un prix Nobel ! " »

Les gros joueurs de l'industrie agroalimentaire, qui tentent de réduire l'impact de leurs produits sur l'environnement, ont bien saisi le potentiel de la technologie de Loop Industries, dont les actions sont inscrites depuis novembre 2017 à la cote de la Bourse américaine du NASDAQ.

Selon un récent rapport de Greenpeace, les six premiers embouteilleurs dans le monde, dont Coca-Cola et Pepsi, utilisent une moyenne combinée de seulement 6,6 % de plastique recyclé dans leurs bouteilles. Montrées du doigt par les environnementalistes, plusieurs de ces entreprises ont décidé d'agir.

En novembre 2018, Coca-Cola a conclu un accord avec Loop Industries pour la fourniture de plastique recyclé, qui sera utilisé dans la fabrication de ses bouteilles. « Des investissements comme celui-ci soutiennent notre objectif d'utiliser au moins 50 % de plastique recyclé dans nos bouteilles en PET », avait alors expliqué Ron Lewis, directeur des achats de Coca-Cola pour l'Europe, dans un communiqué de presse.

Pepsi, Unilever, L'Occitane et Danone, qui produit notamment les bouteilles d'eau Évian, ont aussi conclu des accords avec Loop ces derniers mois. Daniel Solomita et ses partenaires d'affaires ont donc décidé de construire une nouvelle usine en Caroline du Sud afin de répondre à la demande croissante.

Selon M. Solomita, non seulement Loop Industries va révolutionner la façon de fabriquer les bouteilles de plastique en les rendant « recyclables à l'infini », mais l'entreprise peut aussi aider à nettoyer les océans des millions de tonnes de déchets plastiques qui les polluent. « Dans les océans, il y a beaucoup de plastique dégradé par le sel et le soleil. Ce sont des déchets plastiques qui n'ont plus de valeur, il n'y a pas de marché pour ça. Mais notre technologie permet de recycler ce plastique en matière vierge, on peut donc en refaire des bouteilles de haute qualité. »

Favoriser le suprarecyclage à l'infrarecyclage

Selon l'Association canadienne des eaux embouteillées, les bouteilles de plastique PET sont actuellement recyclées pour ensuite être utilisées dans la fabrication de produits comme des tapis, des vêtements de polar ou encore des sacs de couchage, faisant ainsi de l'infrarecyclage. « Ils prennent du matériel qui a une grande valeur (PET) pour en faire du plastique qui a peu de valeur, car au cours de cette opération, le plastique se dégrade et perd de sa qualité, explique M. Solomita. Il y a donc seulement un petit pourcentage qui peut être utilisé pour fabriquer d'autres bouteilles. »

Ali Nazemi, professeur au département de chimie de l'UQAM, croit que Loop Industries peut permettre non seulement à de grandes entreprises comme Pepsi de réduire leur empreinte environnementale en évitant d'utiliser du pétrole dans leur fabrication, mais aussi d'entraîner « une petite révolution » dans le monde des bouteilles de plastique.

« La dépolymérisation peut avoir un impact énorme sur la façon de gérer les déchets plastiques de type PET et à ma connaissance, actuellement, il n'y a pas d'autre entreprise que Loop Industries qui puisse faire du "upcycling" (suprarecyclage), à l'échelle industrielle, avec le plastique PET », a noté M. Nazemi.

Marc Olivier, chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle, soutient que la dépolymérisation s'inscrit dans un mouvement ou « tous les embouteilleurs se mettent au vert et annoncent la fin de l'utilisation du pétrole dans la fabrication de leurs bouteilles ».

Toutefois, le chimiste émet certaines réserves au sujet de cette technologie. « C'est une façon de faire du recyclage qui est dispendieuse et qui implique d'accumuler, de transporter, de purifier la matière et aussi de l'acheminer dans de grandes usines. Plusieurs endroits dans le monde n'auront jamais la possibilité de mettre en place les équipements de dépolymérisation. » Il est d'avis que cette technologie sera « l'une des branches de l'avenir » qui va permettre de fabriquer du plastique sans utiliser de pétrole, mais que ça ne sera pas la norme.

Loop Industries a l'intention d'acheter des déchets plastiques à différents centres de tri ou auprès d'autres intermédiaires pour en recycler une certaine quantité, mais M. Solomita convient que dans un avenir rapproché, il est utopique de croire qu'on puisse recycler entièrement toutes les bouteilles en circulation. « On ne peut pas acheter chaque bouteille pour les recycler à l'infini, mais éventuellement, c'est sûr que ça serait génial de pouvoir le faire », souligne-t-il.

Loop devrait franchir une étape importante en 2020, année à laquelle M. Solomita prévoit que les premières bouteilles d'eau Évian faites « entièrement de plastique recyclé », fabriquées dans sa nouvelle usine américaine, feront leur apparition sur le marché.




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