(New York) En pleine bataille mondiale pour le développement de l’internet 5G, le patron du régulateur américain des télécoms a recommandé lundi la fusion entre les opérateurs T-Mobile et Sprint, affirmant qu’elle pourrait permettre une large couverture des États-Unis dans cette technologie du futur.

Ali BEKHTAOUI
Agence France-Presse

« A la lumière des engagements pris par T-Mobile et Sprint et des éléments dont nous disposons à ce jour, je pense que cette opération est dans l’intérêt du public et je compte recommander à mes collègues une approbation de la FCC » à l’opération de fusion, a affirmé Ajit Pai dans un communiqué.

L’approbation du patron de la FCC ne signifie toutefois pas encore un feu vert du régulateur américain des télécoms en tant que tel. Pour y parvenir, le président de la FCC va présenter un projet d’ordonnance en ce sens, a précisé le régulateur.

La transaction entre les deux groupes reste par ailleurs soumise à un feu vert du ministère américain de la Justice (DoJ). Celui-ci est plutôt défavorable au mariage, a rapporté lundi l’agence Bloomberg, en raison des incertitudes que fait peser cette fusion sur la concurrence.

T-Mobile et Sprint, les troisième et quatrième opérateurs américains de téléphonie mobile, ont annoncé il y a un an leur projet de mariage, qui a connu de nombreux retards depuis en raison des inquiétudes sur une concentration trop grande des acteurs. Les deux entreprises ont déjà essuyé un premier échec de leur projet de fusion il y a quelques années.

Si les deux groupes s’unissent, ils compteront environ 127 millions d’abonnés à leurs différents services aux États-Unis, dont quelque 100 millions dans la seule téléphonie mobile, et rivaliseront avec les géants du secteur que sont Verizon et AT & T. Ces deux groupes ont pris un peu moins de 2 % en Bourse lundi en raison des perspectives de consolidation du secteur.

T-Mobile a quant à lui avancé de 3,9 % et Sprint a bondi de 18,8 %. Ce dernier titre a toutefois été brièvement suspendu après avoir brusquement décroché de dix points de pourcentage en l’espace de deux minutes.  

Parmi les principaux engagements pris par T-Mobile et Sprint ayant séduit le patron de la FCC, la promesse d’une large couverture du territoire en 5G aux États-Unis une fois le mariage consommé, en référence à la future génération ultrarapide de l’internet mobile.

Couverture

Sprint et T-Mobile se sont ainsi engagés à couvrir le territoire américain en 5G à 97 % dans les trois ans après la fusion et à 99 % dans les six ans.  

« Deux des priorités principales de la FCC sont de refermer la fracture digitale dans l’Amérique profonde et de faire progresser l’avance américaine en matière de 5G, la prochaine génération de connectivité sans fil », a noté la FCC dans son communiqué.

« Les engagements pris par T-Mobile et Sprint augmenteraient significativement chacun de ces deux objectifs », a-t-elle ajouté. Les deux groupes se sont par ailleurs engagés à ne pas augmenter les prix durant trois ans et à vendre Boost Mobile, un opérateur mobile de services prépayés.

Le projet de mariage et ses perspectives sur la 5G s’inscrivent dans un contexte de compétition mondiale féroce, notamment face à la Chine, pour le développement de cette technologie qui permettra de faire fonctionner et relier entre eux la plupart des appareils connectés à l’avenir.

En pleine guerre commerciale entre Pékin et Washington, Donald Trump a notamment interdit mercredi aux réseaux de télécommunications américains de se fournir en équipements auprès de sociétés étrangères jugées à risque, une mesure ciblant Huawei, le géant chinois des télécommunications, qui dicte le ton dans le développement de la 5G.  

Acteur incontournable des réseaux mobiles, il est accusé par les États-Unis d’espionner au profit du gouvernement chinois. Google, dont le système Android équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde, a coupé les ponts avec Huawei.

La fusion T-Mobile/Sprint avait par ailleurs suscité des inquiétudes car Huawei a des liens commerciaux aussi bien avec l’allemand Deutsche Telekom (DT), maison mère de T-Mobile, qu’avec le japonais SoftBank, qui possède Sprint.

Le patron de T-Mobile, John Legere, a affirmé en février devant le Congrès que son entreprise n’utilisait pas d’équipements Huawei au sein de son réseau. Softbank devait quant à lui cesser d’utiliser Huawei, selon des affirmations de presse en fin d’année dernière. Interrogé par l’AFP lundi, le groupe n’a pas donné suite.

Le patron de la FCC a par ailleurs précisé lundi que si les engagements des deux groupes de télécom n’étaient pas tenus en cas de fusion, les conséquences seraient lourdes puisqu’elles se chiffreraient en milliards de dollars d’amende à verser au département américain du Trésor.