Les promoteurs du controversé projet de centre commercial et de divertissement entament une ronde de consultations avec la population dans le but de le bonifier en y intégrant un volet résidentiel. Les détails du Royalmount 2.0, au coin des autoroutes 15 et 40 à Mont-Royal, seront dévoilés après coup à l’automne.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

L’annonce sera faite cet après-midi par Andrew Lutfy, président de Carbonleo, promoteur du projet multimilliardaire, dans le cadre du 13e forum stratégique sur les grands projets de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui se tient au Palais des congrès. L’événement, d’abord prévu le 29 mars, a été reporté en raison d’une panne d’électricité.

« On a entendu les préoccupations de la population. On comprend les inquiétudes. On vous écoute, Montréal, et on apprend », a dit Andrew Lutfy dans un entretien avec La Presse vendredi dernier. Depuis janvier, il dit avoir multiplié les démarches auprès de la Ville de Montréal, de la province, du ministère des Transports et d’autres acteurs pour susciter l’adhésion à son projet.

Le projet d’investissement est sur pause depuis le dépôt du rapport dévastateur de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, en janvier dernier. Le document recommandait la redéfinition complète du projet. En attendant que les modifications prennent forme, la Commission demandait un temps d’arrêt obligatoire, et en cas de refus du promoteur d’obtempérer, elle exhortait la Ville de Montréal et l’agglomération d’utiliser les outils légaux pour suspendre le projet.

M. Lutfy ne s’en cache pas : le rapport de la Commission et la presse négative concernant l’investissement privé d’envergure mondiale l’ont momentanément ébranlé. Il a aussi dû consacrer pas mal d’énergie à rassurer ses partenaires étrangers, L Catterton Real Estate notamment, incrédules devant la tournure des événements. Mais le spleen a été de courte durée.

« Ça a duré une petite soirée, confie-t-il. On respire par le nez. J’ai 54 ans. Je brasse des affaires à Montréal depuis 36 ans. Je n’en suis pas à mes premiers défis. » — Andrew Lutfy

« Oui, il y a un conflit. Il faut prendre le temps d’écouter et rester ouverts d’esprit. On va les trouver, les solutions », assure celui qui copréside la campagne de financement de Centraide du Grand Montréal cette année.

Dans les prochains mois, Royalmount mènera des consultations en personne et sur le web avec les citoyens. L’objectif est d’arriver à une vision d’un projet à échelle humaine où les gens se sentent bien, d’expliquer M. Lutfy. Des tables rondes auxquelles seront conviés des experts seront aussi mises en place. Les détails seront publiés sur le site web de Royalmount prochainement.

Des travaux dès cette année

Quant à savoir si cette période additionnelle de consultations retardera la réalisation du projet, M. Lutfy répond que la première phase du projet, la partie commerciale qui correspond à moins de 20 % de l’ensemble, ira de l’avant en 2019 comme prévu. L’excavation va d’ailleurs commencer sous peu. Jusqu’à maintenant, deux bâtiments en bordure de Décarie ont été démolis, en recyclant 90 % des matériaux.

Toutefois, le reste du terrain de 4 millions de pieds carrés situé en zone industrielle dévitalisée aura sans doute davantage une vocation résidentielle que ce qui était prévu initialement, dans l’hypothèse où le zonage est modifié en conséquence.

À ce sujet, le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, confirme que Carbonleo a déposé une demande de changement de zonage en vue d’y bâtir des logements. La Ville a mandaté des experts pour analyser les impacts d’une telle décision. M. Roy attend leurs conclusions. Le conseil municipal doit rendre une décision en juin.

À l’origine, Royalmount prévoyait 5 hôtels, 2 salles de spectacle, un mail fermé de 200 boutiques et de 100 restaurants et 4 tours de bureaux totalisant 1,5 million de pieds carrés.