Le président chinois Xi Jinping a dénoncé avec virulence mercredi le «protectionnisme» de son homologue américain Donald Trump, mettant en garde contre les dangers d'une guerre commerciale généralisée dont personne ne sortira «vainqueur».

Béatrice Debut AGENCE FRANCE-PRESSE

«L'unilatéralisme et le protectionnisme progressent et portent un coup sévère au multilatéralisme et au commerce multilatéral», a déclaré M. Xi en ouverture du sommet annuel des chefs d'État et de gouvernement des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à Johannesburg.

«Nous sommes confrontés à un choix entre coopération et confrontation», a insisté le numéro 1 chinois.

«Une guerre commerciale doit être rejetée parce qu'elle n'aurait aucun vainqueur», a-t-il prévenu, «ceux qui mènent une guerre commerciale en paieront le prix».

Ces derniers mois, le président Trump a déclenché les hostilités commerciales contre Pékin, Bruxelles et Moscou notamment, dont il a fait des «ennemis».

Après les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium visant surtout la Chine, Washington menace désormais de surtaxer les importations automobiles européennes, de sanctionner les pays qui commercent avec l'Iran et de taxer de façon punitive la totalité des importations chinoises.

En 2017, les États-Unis ont accusé un déficit commercial de 376 milliards de dollars avec la Chine, qu'ils sont bien décidés à réduire.

Pékin a déjà riposté en imposant de nouvelles taxes sur des produits américains.

Mercredi, Donald Trump a dénoncé l'attitude «malveillante» de Pékin, accusé de pratiques commerciales «déloyales».

«Nous assistons à des changements majeurs dans le monde, du jamais vu depuis un siècle», lui a répondu quelques heures plus tard M. Xi. «L'économie mondiale traverse une période de transition et de changements profonds. Et c'est seulement en s'ouvrant que les pays peuvent parvenir à des bénéfices mutuels et un développement durable», a-t-il estimé.

De l'autre côté de l'Atlantique, la guerre commerciale devrait aussi être au coeur de la rencontre sous haute tension prévue entre le président américain et le chef de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker.

«Sans précédent»

Dans ce contexte, le dirigeant chinois a plaidé à Johannesburg pour un renforcement de la coopération au sein des Brics, qui rassemblent plus de 40 % de la population de la planète et s'efforcent de contrebalancer des règles du jeu économique écrites par les Occidentaux.

Les Brics doivent «collectivement conduire l'économie globale vers une plus grande ouverture et des résultats gagnant-gagnant pour tous», a souligné le président chinois.

Leur rôle est d'autant plus important que les marchés émergents et les pays en voie de développement contribuent déjà à hauteur de 80 % à la croissance mondiale, a-t-il rappelé.

Son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, hôte du sommet, a lui aussi insisté sur les «défis sans précédent» auxquels est confronté le commerce international.

Il a fait part de son «inquiétude devant la montée de mesures unilatérales incompatibles avec les règles du commerce international et leur impact, en particulier sur les pays en voie de développement».

Le conflit commercial entre les États-Unis et leurs partenaires menace «à court terme» la croissance mondiale, a d'ailleurs prévenu la semaine dernière le Fonds monétaire international (FMI).

Selon une note de Morgan Stanley publiée cette semaine, 2018 pourrait être l'année la plus volatile pour les marchés depuis la crise économique de 2008.

Les bouleversements des règles du commerce international doivent monopoliser les débats jusqu'à vendredi à Johannesburg, où les présidents chinois et sud-africain sont réunis avec leurs homologues russe Vladimir Poutine, brésilien Michel Temer et le premier ministre indien Narendra Modi.

Les Brics ont «un intérêt collectif à promouvoir le commerce» entre eux, a estimé à l'AFP Sreeram Chaulia, doyen de l'école des relations internationales de Jinda en Inde.

Et l'expert de citer la réponse de l'Union européenne (UE) qui a signé, en représailles à la politique américaine, un accord de libre-échange préférentiel avec le Japon.

De son côté, la Russie voit dans cette guerre commerciale une bonne raison de développer le commerce en devises nationales entre les pays des Brics.

«Dans tous les pays des Brics, on comprend de plus en plus qu'il faut s'orienter activement» vers des échanges hors dollar, a relevé la semaine dernière le ministre russe de l'Économie Maxime Orechkine.

En plus des dirigeants des Brics, de nombreux chefs d'État, dont le Turc Recep Tayyip Erdogan, le Rwandais Paul Kagame, l'Angolais Joao Lourenço ou encore l'Ougandais Yoweri Museveni sont attendus d'ici vendredi en Afrique du Sud.

L'occasion, ainsi que l'a souligné mercredi M. Ramaphosa, de renforcer la coopération entre les Brics et l'Afrique.