L'attirance pour une personne, qu'elle soit physique ou totale, peut devenir envahissante. Lorsque l'objet de nos désirs est un collègue de travail, la situation peut s'avérer délicate à gérer. Surtout si le sentiment d'attraction est à sens unique.

Mis à jour le 11 nov. 2013
Samuel Larochelle LA PRESSE

«Un béguin envahit nos pensées et nos émotions parce qu'il fait appel à l'aspect passionnel de l'amour, explique Josée Jacques, psychologue spécialisée en relations interpersonnelles en milieu de travail. C'est encore plus difficile à gérer au boulot parce qu'on est constamment en présence de la personne qui nous intéresse. On la voit, on l'entend et on collabore souvent avec elle. Notre désir est constamment réactivé.»

Alors que certains se révèlent pour vérifier la réciprocité de leur intérêt et éviter de rester pris avec des attentes grandissantes, Mme Jacques suggère la patience. «Il faut d'abord tenter de déchiffrer si l'attirance est mutuelle et s'assurer de bien interpréter les signaux, dit-elle. On peut être attiré rapidement par le corps de l'autre, mais ça prend généralement plus de temps pour savoir si on est à l'aise dans l'intimité, dans les échanges et avec nos pairs.

«En lançant une invitation pour une activité à l'extérieur du travail, on peut vérifier si l'autre est intéressé ou fuyant, ajoute-t-elle. S'il y a rencontre, il faut en profiter pour découvrir d'autres sphères de sa personnalité et aller plus loin que le béguin initial. C'est aussi l'occasion de vérifier si la personne est intéressée par une aventure d'un soir ou du long terme, si elle est célibataire ou encore si elle est de la même orientation sexuelle que nous.»

En cas d'un intérêt à sens unique, une période de deuil est inévitable. «Lorsqu'on perd l'objet de nos fantasmes ou de notre amour, on peut passer à travers les mêmes étapes qu'après la mort d'une personne, à différents degrés», souligne la psychologue.

Dans une telle situation, les rapports entre les deux personnes risquent de se compliquer. Le malaise peut également être ressenti par les collègues de travail, auprès de la personne qui s'est déclarée et auprès de celle qui a fermé la porte. «C'est pire si la personne non intéressée s'en vante à ses collègues. Celui ou celle qui avait un intérêt peut alors être blessé dans son estime de soi, avoir l'impression que son image a été ternie et même avoir de la difficulté à prendre parole devant les autres.»

Inévitable proximité

Déjà considérée comme une épreuve dans la vie de tous les jours, la peine d'amour est d'autant plus difficile si on côtoie l'autre dans notre quotidien professionnel. «Dans un contexte de proximité, on n'a pas de pause pour prendre le temps de cicatriser notre blessure. Ça rend le travail souvent plus difficile.»

Faut-il en discuter avec son patron pour justifier un changement à notre rendement de travail?

«Rien ne nous oblige à en parler, répond la psychologue Josée Jacques. Tout dépend du lien de confiance établi avec notre supérieur. Certains travailleurs préfèrent nommer leur peine et parler de ce qui leur arrive par souci de transparence. Mais il existe aussi des patrons qui ne sont pas capables d'empathie et qui ne sauront pas recevoir l'information. Avant de parler de ce qui se passe, il faut évaluer les répercussions possibles en se demandant, par exemple, s'il y a un risque de perdre certains mandats.»

Si le contexte est intenable, une réflexion approfondie est nécessaire avant de chercher un nouvel emploi ou d'envisager un changement d'unité. «Il faut voir quelles sont les motivations de notre choix. Éviter un problème, ce n'est pas toujours la bonne solution.»