L’inflation s’incruste au pays en dépit des discours réconfortants des autorités politiques et monétaires. En fait, l’inflation de base, celle qui exclut les secteurs volatils comme l’énergie et la nourriture, s’accélère alors qu’elle a commencé à ralentir aux États-Unis, notent les économistes de Desjardins.

Publié le 18 mai
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Du côté de la Banque Nationale (BN), les prévisionnistes s’attendent désormais à ce que la situation se détériore un peu plus le mois prochain. « Il est maintenant probable que l’inflation annuelle continuera à augmenter en mai. L’essence a augmenté de 11 % jusqu’à présent au cours du mois, tandis que l’IPC [indice des prix à la consommation] du gaz naturel pourrait encore augmenter. Il est aussi probable qu’il faudra plus de temps que nous ne le pensions pour revenir à un niveau plus confortable pour les banques centrales », écrit l’équipe d’économistes de la BN, menée par Stéfane Marion, économiste et stratège en chef.

En avril, les prix à la consommation au Canada ont augmenté de 6,8 % d’une année à l’autre. Il s’agit d’une légère hausse par rapport à mars (+ 6,7 %), a dévoilé Statistique Canada mercredi matin. L’augmentation d’une année à l’autre observée en avril est principalement attribuable aux prix des aliments et du logement. La hausse des prix de l’essence a été plus faible en avril qu’en mars.

La croissance des prix, à l’exclusion des aliments et de l’énergie, s’accélère au Canada depuis quelques mois, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis.

Royce Mendes, directeur général et chef de la stratégie macroéconomique, et Tiago Figueiredo, associé – stratégie macroéconomique, chez Desjardins

« La variation annualisée sur trois mois des prix désaisonnalisés, excluant les aliments et l’énergie, se situe à 6,9 % au Canada, alors que cette même mesure est de 5,7 % au sud de la frontière, poursuivent-ils. La moyenne des trois mesures de base de la Banque du Canada a également grimpé en flèche en avril, atteignant maintenant une moyenne de 4,2 %, en forte hausse par rapport à 3,8 % en mars. »

La Banque du Canada traque trois indicateurs de l’inflation censés refléter l’inflation de base. C’est entre autres sur la base de l’évolution de ces trois indicateurs que la banque centrale ajuste sa politique monétaire en relevant ou non ses taux directeurs.

La moyenne de ces trois mesures en avril a atteint son plus haut niveau depuis mars 1990, soulignent les économistes de la Banque Nationale. « [Leur] rythme plus récent est encore plus effrayant. Nos réplications internes montrent que [deux de ces indices] ont atteint un rythme annualisé de 7 % et 6,5 % respectivement au cours des trois derniers mois. »

Ceux-ci ont fait part de leurs inquiétudes à la clientèle de l’institution financière dans une analyse publiée mercredi. « Pour le quatrième mois consécutif, l’IPC fut plus fort que ce que le consensus des économistes attendait. Après la publication de mars, il y avait des raisons de croire que nous avions vu le pic de l’inflation annuelle étant donné la chute des prix de l’essence et un effet de base favorable en jeu en avril. Ce scénario ne s’est pas concrétisé, et l’inflation est restée très présente en raison de gains généralisés. »

Le pouvoir d’achat diminue

L’invasion de l’Ukraine par la Russie à la fin du mois de février a continué d’influencer les prix de l’énergie, des produits de base et des aliments. Le marché du travail avec le chômage au plus bas exerce une pression à la hausse sur les salaires. En avril, le salaire horaire moyen des employés s’est accru de 3,3 % d’une année à l’autre, ce qui signifie que, en moyenne, la croissance des prix a dépassé celle des salaires et que le pouvoir d’achat des Canadiens a diminué.

Les prix montent de 10 % au supermarché

Les Canadiens ont payé 9,7 % de plus en avril pour les aliments achetés en magasin comparativement à avril 2021. L’augmentation du prix des aliments, qui dépasse les 5 % pour le cinquième mois consécutif, est la plus marquée depuis septembre 1981.

Les prix des aliments ont continué à augmenter à un rythme effarant.

Extrait d’une analyse publiée par la Banque Nationale

Quelques produits alimentaires touchés par la hausse des prix

Pâtes alimentaires : + 19,6 %

Produits céréaliers : + 13,9 %

Pain : + 12,2 %

Viande : + 10,1 %

Fruits frais : + 10 %

Riz : + 7,4 %

Tasse de café : + 13,7 %

Source : Statistique Canada

Et les loyers

« Les prix du loyer ont augmenté en avril (+ 4,5 %) comparativement au même mois en 2021. La hausse des prix dans les provinces les plus peuplées du Canada, soit l’Ontario (+ 5,3 %), le Québec (+ 4,3 %) et la Colombie-Britannique (+ 6,4 %), est en partie à l’origine de l’augmentation des prix du loyer », rapporte StatCan.