(Washington) Le déficit commercial des États-Unis s’est creusé plus que prévu en juin, atteignant un nouveau record à la faveur d’une demande domestique particulièrement soutenue.

Delphine TOUITOU Agence France-Presse

Les exportations américaines peinent, elles, à décoller en raison d’une reprise économique moins forte dans le reste du monde, exception faite de la Chine.

Résultat, le déficit des biens et services de la première puissance économique du monde s’est élevé à 75,7 milliards de dollars, progressant de 6,7 %, avec des importations en hausse de 2,1 % à 283,4 milliards de dollars et des exportations en hausse de 0,6 % à 207,7 milliards, a annoncé le département du Commerce jeudi.

C’est bien plus qu’attendu par les analystes qui tablaient sur un déficit de 72,2 milliards de dollars.

« La croissance économique robuste aux États-Unis et la demande toujours difficile de l’étranger ont entraîné un creusement du déficit commercial pour le deuxième mois consécutif », a souligné Mahir Rasheed, économiste chez Oxford economics dans une note.  

À 75,7 milliards de dollars, il s’agit d’un « nouveau record », précise-t-il.

En avril, où la demande intérieure avait été moins forte et souffert des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, le déficit s’était fortement réduit (-8,2 %).

« Les perturbations des chaînes d’approvisionnement constituent (toujours) un risque, mais les flux commerciaux devraient se rééquilibrer à mesure que les économies dans le monde se redresseront », a réagi Rubeela Farooqi, économiste en chef chargée des États-Unis chez High Frequency Economics dans une note.

Delta et chaînes d’approvisionnement

Au premier semestre, le déficit des biens et services a augmenté de 135,8 milliards de dollars, soit 46,4 %, par rapport à la même période en 2020, précise le département du commerce dans un communiqué.

Ce bond spectaculaire est toutefois à relativiser puisque mars et avril 2020 avaient été marqués par la paralysie de l’activité économique aux États-Unis et dans le monde en raison de la propagation de la pandémie de COVID-19.

Frontières fermées, usines à l’arrêt, chômage galopant, la demande de biens en provenance des partenaires commerciaux des États-Unis s’était alors effondrée.

Le maintien des restrictions de voyages avec l’Europe continue d’ailleurs de peser dans la reprise des exportations.

Toujours pour les six premiers mois de l’année comparés aux six premiers mois de 2020, les exportations ont augmenté de 150,9 milliards, soit 14,3 %, bien moins vite que les importations (+286,7 milliards de dollars ou 21,3 %), ce qui a eu pour effet de creuser grandement le déficit.

Par zone géographique et pour le seul mois de juin, le déficit de biens avec la Chine est en légère baisse, et il recule de 6,1 % avec le Mexique. Mais il grimpe de 15,2 % avec le Canada et de 5,8 % avec les pays de l’Union européenne.

En juin, la demande en fournitures et matériaux industriels a été particulièrement forte (+4,6 milliards de dollars).

En revanche, les Américains ont moins été friands de biens de consommation et de voitures venant de l’étranger.

« À l’avenir, nous prévoyons que le déficit commencera à se réduire à mesure que les flux commerciaux se rééquilibreront au profit des exportations », car la consommation intérieure devrait ralentir quand la croissance en dehors des États-Unis devrait s’accélérer, estime Mahir Rasheed.

Néanmoins, l’incertitude demeure en raison de la propagation du variant Delta dans le monde, qui a conduit certains pays à imposer de nouvelles restrictions.

La détérioration des conditions sanitaires pourrait ainsi contrarier la reprise des échanges commerciaux si les restrictions décidées pour contenir le variant se généralisaient.

Le 27 juillet, le Fonds monétaire international avait dévoilé ses nouvelles prévisions pour le commerce international.

L’institution économique avait alors estimé que la croissance du volume de marchandises et services échangés devrait être plus forte que prévu cette année, « malgré des ruptures d’approvisionnement à court terme ».