(Londres) La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu inchangé son taux directeur à 0,1 %, un plancher historique, tout en dopant sa prévision de croissance pour cette année à 7,25 % grâce à une « activité plus forte qu’attendue ».

Véronique DUPONT Agence France-Presse

Elle a également maintenu son programme de rachat d’actifs à 895 milliards de livres, a-t-elle annoncé dans un communiqué jeudi.

« Dans le scénario central du comité de politique monétaire, le PIB britannique rebondit fortement tout au long de 2021, quoique seulement à ses niveaux d’avant la COVID-19 », a commenté le gouverneur de la BoE Andrew Bailey lors d’une conférence de presse virtuelle.

Selon lui, la « demande est dynamisée par un déclin des risques sanitaires, une baisse de l’incertitude, et des stimuli budgétaires et monétaires ».  

Le gouvernement britannique a injecté des centaines de milliards de livres pour maintenir l’économie à flot pendant la pandémie, avec notamment un programme de chômage partiel qui a protégé des millions d’emplois.

À partir de l’an prochain, le rythme de croissance du PIB « devrait ralentir à mesure que le coup de fouet émanant de ces facteurs s’évanouit », poursuit la BoE dans son communiqué.

Il reste toutefois des « incertitudes sur l’évolution de la pandémie » notamment « les nouvelles vagues d’infections au Royaume-Uni et dans d’autres pays », en particulier le risque de variants résistants aux vaccins actuels, poursuit le rapport de la Banque.

Elle voit dans son scénario central la hausse des prix à la consommation accélérer « temporairement au-dessus de 2 % vers la fin 2021 » à cause des prix de l’énergie, qui ont rebondi fortement après s’être effondrés l’an dernier.

C’est un rythme nettement plus élevé que lors de la dernière évaluation officielle publiée en mars, c’est-à-dire une inflation à 0,7 %.

À moyen terme, selon ce scénario, l’institution monétaire voit toutefois l’inflation revenir à un niveau se situant autour de 2 %, son objectif.

Exubérance ?

La prévision de croissance pour cette année au Royaume-Uni est nettement relevée comparé à février, souligne l’institution dans son rapport de politique monétaire, grâce à « une activité plus forte qu’attendu » ces dernières semaines notamment avec l’« allègement des restrictions » sanitaires.

Elle relève par conséquent fortement sa prévision de croissance pour cette année à 7,25 % contre 5 % attendus en février.

Pour le premier trimestre, quand le Royaume-Uni était encore en confinement strict (seules les écoles ont rouvert le 8 mars), la BoE table sur une baisse du PIB de 1,5 %.

Depuis, les commerces non essentiels ont rouvert, comme les restaurants et bars en extérieur ainsi que les salles de gymnastique, entre autres, tandis que les Britanniques ont le droit de se déplacer dans le pays.  

La prochaine étape le 17 mai devrait voir la réouverture des restaurants en intérieur et des hôtels, et un début d’autorisation des voyages internationaux.

« La Banque d’Angleterre prévoit qu’une frénésie de consommation va alimenter une reprise explosive cette année, financée par le trésor de guerre des économies réalisées pendant la pandémie », remarque Laith Khalaf, analyste chez AJ Bell.

La forte révision à la hausse du PIB par la Banque d’Angleterre a été accueillie avec prudence par Yael Selfin, économiste du cabinet d’audit KPMG UK, qui juge qu’elle est peut-être « exubérante », notamment en raison « du risque potentiel d’augmentation des faillites ».

Les programmes d’aides gouvernementales vont notamment être progressivement retirés, notamment les versements de chômage partiel qui devraient se terminer en septembre.

La BoE a toutefois revu également en nette baisse sa prévision de taux de chômage en moyenne pour cette année à 5 % contre 6,5 % auparavant.

« Si la Banque d’Angleterre est clairement plus optimiste sur l’économie britannique à court terme, le comité de politique monétaire voit des incertitudes importantes sur les perspectives à long terme et ne semble pas pressé de resserrer sa politique monétaire », estime Howard Archer, économiste de EY Item Club.

Il y a une possibilité « croissante que la Banque d’Angleterre resserre sa politique monétaire en 2022 », mais juge que « début 2023  semble plus probable ».

La livre sterling perdait un peu de terrain face au dollar après la décision de la BoE (-0,17 % à 1,3882 dollar vers 10 h 05) et pâtissait surtout d’un euro en forme, celui-ci cédant dans le même temps 0,70 % à 86,94 pence.